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Pierre Rabhi: «Nous courons à la catastrophe!»

Par L'Economiste - Stéphanie JACOB - | Edition N°:4537 Le 01/06/2015
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Pierre Rabhi est un agriculteur biologiste, inventeur du concept «Oasis en tous lieux», appuyé par l’agroécologie

Grand défenseur d’une société tournée vers l’humain et la terre, Pierre Rabhi soutient le développement de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement et de nos ressources naturelles. A la fois poète, romancier et agriculteur biologiste, il nous parle de l’état actuel de la planète et de ses espoirs pour l’avenir.
- L’Economiste: Vous parlez de la terre mère massacrée. Quel bilan dressez-vous de nos sociétés actuelles?
- Pierre Rabhi:
L’agriculture, qui est censée nourrir les générations actuelles et futures, est touchée par tant de pollutions. Même situation pour l’eau, qui n’est pas adaptée à notre organisme, alors que nous voyons également disparaître plusieurs espèces de plantes et d’animaux. Sur le plan général, les pratiques humaines, qui dominent nos sociétés depuis des décennies, sont à l’origine de ces tristes constats. Il est donc plus que temps d’inverser la logique et de se diriger vers une agriculture alternative. Tous nos actes qui engendrent une régression de l’ordre naturel de notre planète, sont une régression pour l’humain. Si nous ne changeons pas nos manières de faire, nous courons à la catastrophe. Plus que général, j’espère un changement de conscience personnel, en chacun de nous.
- Ce changement personnel de comportement, dont vous parlez, était-il au cœur de votre engagement politique au sein du Mouvement Colibris, que vous avez fondé en 2007?
- Le thème de notre campagne allait bien au-delà de cette vision nouvelle de l’agriculture. Il s’agissait avant tout d’attirer l’attention sur des sujets, tels que l’éducation des enfants. Nos sociétés les enferment dans la compétition. Pourquoi leur imposer la réussite absolue, l’obligation d’être meilleur que les autres, plutôt que leur apprendre la solidarité? J’ai aussi beaucoup parlé de la femme, car je suis scandalisé de la voir en permanence subordonnée à l’homme, alors que ce sont ces deux énergies qui font la vie. Ensemble, et non l’une plus que l’autre. Nous sommes bloqués dans un système qui nous stérilise sans parvenir à nous en sortir.
- La route vous semble-t-elle longue à parcourir vers ce changement?
- L’espoir réside chez ceux qui pensent qu’une autre logique, une autre façon de faire et de penser, est possible. Chez ceux qui ne souhaitent pas rester conformes au modèle actuel imposé. Vous savez, lorsqu’avec ma femme, nous avons décidé de nous extraire de la vie urbaine pour nous installer à la campagne, nombreux sont ceux qui ont essayé de nous décourager. S’improviser agriculteurs, métier que nous ne connaissions pas, était un projet complètement fou pour certains. Sans cette conviction très forte qui nous habitait, nous nous serions sûrement laissé convaincre de cet échec annoncé, avec pour conséquence de ne pas vivre en conformité avec ce que nous sommes vraiment. Ce que j’appelle l’abdication de soi.
 - La sécurité alimentaire est une préoccupation générale pour l’avenir. L’utilisation modérée et plus réfléchie des engrais est-elle une des pistes à suivre pour vous?
- Je ne crois pas, non. L’important est de multiplier les lieux de production, les structures à taille humaine. Nous sommes dans un système qui a désertifié nos campagnes pour les villes. Il faut nous réorganiser pour que le patrimoine qui nous nourrit, la terre, soit épanoui et respecté. Assurer la sécurité alimentaire de demain ne passe certainement pas par les grosses exploitations, mais par les petits producteurs. J’en veux pour preuve qu’en parallèle de cette agriculture chimique, que nous prônons depuis des décennies, la faim dans le monde ne fait que grandir. Certaines décisions politiques vont à l’inverse de nos besoins. Prenons le cas de l’Algérie, qui a tout misé sur le pétrole, au détriment de l’agriculture. Résultat, le pays est maintenant obligé d’importer 80% de son alimentation. Si grâce au profit de leurs ressources pétrolières, ils avaient su stabiliser les populations et appuyer la paysannerie, ils ne seraient pas dans cette situation. Imaginez les conséquences qu’aurait le moindre embargo de l’Algérie... Une catastrophe.
- Se tourner vers l’agroécologie n’est-t-il pas une utopie?
- Nous commençons doucement à entendre les politiques en parler. Je pense au ministre français de l’agriculture, qui intègre l’agroécologie dans son discours. Un acte courageux car il se met à dos les grosses firmes de production d’engrais. Va-t-il arriver à imposer le sujet en dépit de tous les intérêts financiers qu’il bouscule? C’est la grande question! En admettant que l’agroécologie devienne une politique nationale, comment va-t-il l’appliquer? Il faudra former un nombre incroyable d’exploitants agricoles, reconvertis en paysans. Faire machine arrière puisque notre système actuel a transformé les paysans en industriels de la terre. Il s’agit donc d’arriver à remettre en question l’ensemble de ce fonctionnement, et la tâche est si ardue qu’il faut s’y mettre immédiatement.
Propos recueillis par Badra Berrissoule & Stéphanie Jacob
 

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