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Chronique

Ramadan, cet inconnu
Par le Pr. Abderrahmane LAHLOU

Par L'Economiste | Edition N°:4310 Le 03/07/2014 | Partager

Après une carrière de vingt ans en tant qu’opérateur privé de l’Education scolaire et universitaire, et président fondateur d’associations dans l’enseignement et le Conseil en formation, Abderrahmane Lahlou a fondé ABWAB Consultants, spécialisé dans l’Education et la Formation.
Il est expert auprès du Groupe Banque Mondiale pour le programme e4e au Maroc, et expert agréé auprès de la BID. Il réalise également des études pour le compte de ministères et d’organismes privés nationaux et internationaux dans les trois domaines de la formation universitaire, professionnelle et scolaire. Il est conférencier international en management, économie et éducation, et professeur visiteur dans des universités françaises

Par paliers de onze jours chaque année, le mois de Ramadan glisse lentement en dehors de la période «sacrée» des vacances d’été. Les hôteliers, inquiets les deux dernières années, voient leur horizon d’affaires se dégager. Arrive le tour des candidats au baccalauréat, qui plancheront l’année prochaine en plein début du mois de jeûne, ainsi que les années suivantes. Ceux dont c’est le souci aujourd’hui sont résolument les footballeurs du Mondial, car c’est la seule coupe depuis trente ans qui rencontre le mois sacré, mais le «conflit de calendrier» ne concerne que la minorité de joueurs musulmans. Le reste du monde en fait peu de cas. Et les autres, quels sont leurs soucis avec Ramadan?
La faim, la soif, la perte de rendement au travail, l’abstinence frustrante des autres plaisirs et addictions. Autour de soi, l’ambiance de privation ne manque pas de provoquer contrariétés, disputes et autres brutalités désobligeantes.
Les plus prévenants pratiquent l’éclipse sociale, dans de trop grasses matinées ou d’interminables siestes. Je ne parlerai pas des éclipses territoriales, pour se cacher du Ciel sous d’autres cieux.  Enfin, certains de nos concitoyens jeûneurs sont dans l’ambiance sociale sans questionnement existentiel et attendent, tous les jours que Dieu fait, la table trop garnie du crépuscule et les séries télévisées, ponctuées de messages d’appels à la surconsommation. Si les entreprises alimentaires se font leur beurre, le bilan mensuel dans beaucoup de foyers urbains en est le surpoids, quelques gastrites, et des excès budgétaires certains.

La troisième dimension

Ce mois sacré n’est-il alors que source d’esquives, de gênes, de suralimentation et de conflits avec les intérêts des gens? Pourquoi se donner tant de mal? diraient certains. On a tout faux à l’examen diraient les autres. A se référer à la tradition du Prophète, qui affirme: «Jeûnez, vous vous en ferez une meilleure santé » ou celle qui recommande: «Si l’un de vous est en journée de jeûne, qu’il dise à quiconque vient l’insulter, se quereller avec lui ou le combattre: je suis en état de jeûne!», il y a assurément maldonne quelque part. Dans toutes les sociétés musulmanes et de tous temps, il y a ceux qui s’astreignent aux obligations religieuses par mimétisme social et ceux qui leur donnent du sens. Les premiers continueront soit à pâtir de la pression sociale insensée, soit à chercher des soupapes dans les coups de colère ou trouver des compensations dans les plaisirs nocturnes. Quant aux autres, en donnant du sens à leurs pratiques, sont dans une autre dimension. Le jeûne du mois de Ramadan est l’occasion saisonnière pour eux de faire une pause questionnement sur leur relation au divin, sur le rôle de la spiritualité dans leur équilibre personnel. L’équilibre entre acquérir et donner, entre s’enrichir et partager, entre tonner de colère et se contrôler, entre se laisser conduire par ses plaisirs et savoir se retenir. En somme, gérer ces équilibres appelle à un arbitrage engagé entre l’empire hautain de la raison humaniste et le règne de l’humilité et de la foi. Cette foi qui nous appelle à transcender les contingences et piètres attitudes d’ici-bas, vers un niveau de conscience spirituelle qui permet, d’une part d’observer volontiers des obligations éprouvantes comme celle du jeûne, et d’autre part d’y voir les avantages pour la santé, le self-control et la vie en communauté.
Ce que l’on connaît peu sur le jeûne, c’est son effet diététique sur le corps, par l’élimination de toxines et d’excès de graisses nuisibles, à condition de ne pas se goinfrer à la rupture du jeûne. C’est aussi l’opportunité qu’il offre à un croyant de s’auto-discipliner en famille, au travail et dans toute relation sociale. C’est aussi la saison de se rapprocher davantage des pauvres et indigents, soulager leur peine, s’éduquer au partage, dans un pays où l’écart de revenus n’est salutaire ni pour la paix sociale, ni pour le développement. En attente d’un dispositif étatique de collecte et dépense de la Zakat, annoncé en novembre 2012 par le ministre des Affaires générales, Ramadan est le rendez-vous de nombreux riches et moins fortunés pour payer l’aumône légale sur leur capital et leurs revenus, selon les cas. Ce sont bien quelques milliards de dirhams qui sont redistribués, entre les acquisitions de logements sociaux, les donations directes et les prises en charge d’études et de soins médicaux. Le potentiel est encore plus grand et peut atteindre 24 milliards de DH, selon l’étude générique réalisée par le Professeur Monzer Kahf, de l’Université de Qatar(1), et qui estime le flux de Zakat à une moyenne de 3% du PIB national selon chaque pays. Ramadan est enfin la période où un phénomène unique se produit et se renforce dans notre société: le côtoiement des riches et des pauvres, des intellectuels et des prolétaires, et simplement des voisins d’une même cité dans les mosquées pour les prières rituelles du jour et celles, surérogatoires de la soirée. Une revanche sur l’individualisme sommital de notre époque.

La face cachée de la lune

«Celui qui ne se détache pas du faux et de l’usage de faux, Dieu n’a que faire de ce qu’il se détache de boire et de manger», enseigne le Prophète. Observer révérenciellement les règles du jeûne moral peut prévenir d’un grand nombre de maux sociaux, que la loi seule n’a su juguler. Faux témoignages au tribunal, fausses déclarations de maladie, fausses factures et fraude fiscale, médisances et peaux de bananes en tous genres. Ce sont toutes ces abstinences immatérielles qui font la qualité, voire la validation du jeûne. La conscience personnelle de chacun, guidée par la foi, peut lui dicter son comportement. Telle la face cachée de la lune, la soumission à Dieu fait partie intégrante de l’âme humaine et peut piloter sa conduite, même si elle est estompée par les comportements visibles usuels. Sa force est qu’elle libère de toutes les soumissions contingentes. Sa condition d’efficacité, c’est qu’elle soit volontaire et guidée par l’amour. Elle se mesure à l’aune de notre volonté de perfectionnement et de notre dévotion à Dieu. C’est en y cherchant sa propre réalisation qu’on peut y parvenir. «Nulle oppression en matière de religion», nous enseigne le Coran.

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