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Analyse/L’école publique en faillite

Par L'Economiste | Edition N°:4114 Le 17/09/2013 | Partager
Graves lacunes en lecture et en compréhension
Les élèves marocains avant-derniers en sciences et en mathématiques
Seuls 16% ont une chambre et une connexion internet

Source: TIMSS
Les Asiatiques occupent le top du classement international TIMSS. En revanche, les élèves des pays arabes se placent derniers. Le Maroc a réalisé un score de 335, très en dessous de la moyenne fixée par l’étude qui est de 500. Il est avant-dernier sur un total de 52 pays

Une semaine après la rentrée des classes, les questions autour de la qualité du système d’enseignement reviennent. Même si l’on se targue aujourd’hui de scolariser presque la totalité des 6-11 ans, le constat reste bien amer. L’école publique produit des cancres. Au terme du primaire, une bonne partie des élèves ne sait pas lire correctement et ne comprend pas entièrement ce qu’on lui enseigne. Plus tard, elle traîne des lacunes en maîtrise des langues étrangères, de communication et même des matières scientifiques. «Il y a des élèves de 4e année du primaire qui sont analphabètes», regrette Hssaïn Oujour, directeur de l’éducation non formelle au ministère de l’Education nationale. Les dernières études évaluant les élèves à l’échelle internationale l’ont clairement montré. Les enquêtes 2011 de l’Association internationale pour l’évaluation du rendement scolaire (IEA), Pirls et Timss, ont révélé des scores pour le moins catastrophiques. Dans l’étude Pirls, menée tous les 5 ans et mesurant les performances en lecture des enfants à la fin de la 4e année du primaire, le Maroc est classé dernier sur un total de 45 pays. Les élèves marocains sont ceux qui ont le plus de difficultés à lire. Ils sont aussi derniers en matière de compréhension de ce qu’ils lisent. Pis encore, le Maroc fait partie des pays dont le pourcentage des élèves ayant un niveau trop faible pour être évalués dépasse les 25%. 
Pirls dévoile, par ailleurs, plusieurs chiffres permettant d’expliquer plus ou moins ce grave retard. A titre d’exemple, 53% des élèves marocains ont peu de ressources pour apprendre. Seulement 16% d’entre eux ont une chambre et une connexion internet, une proportion qui va jusqu’à 90% dans les pays nordiques. Les parents aussi ont leur part de responsabilité, puisque seuls 18% des enfants ont des parents qui «aiment lire». De même que les écoles qui restent encore sous-équipées. Quelque 70% des enfants sondés sont issus d’établissements qui ne disposent pas d’une librairie, et près du tiers n’ont pas accès à un ordinateur dans leur école.
En sciences, les performances des écoliers ne sont pas meilleures. Le rapport Timss, réalisé tous les 4 ans et évaluant la maîtrise des sciences, classe le Maroc avant-dernier en mathématiques, sur une liste de 52 pays. Seuls les enfants yéménites font pire que les marocains. Pourtant, le Royaume fait partie des pays qui consacrent le plus d’heures à l’enseignement de cette matière (classé 14e), soit 174 heures par an. Ironique, sachant que des pays comme la Corée du Nord et la Chine n’y consacrent que 121 et 133 heures respectivement, alors qu’ils sont 2e et 4e dans le classement global.
Les enseignants, pour leur part, sont près de 56% à avoir plus de 20 ans d’expérience, sauf que plus du tiers n’a pas de diplôme universitaire.
Comment en sommes-nous arrivés là? Près de 60 ans après l’indépendance, le système éducatif patauge toujours. Malgré les milliards dépensés et les stratégies qui se sont succédé, le pays peine à concevoir un modèle d’enseignement adéquat. Mais il faut dire qu’il s’agit la plupart du temps de stratégies inachevées qui changent à chaque fois qu’un nouveau gouvernement arrive. Une erreur qui a coûté cher et qui s’est reproduite, encore une fois, avec le gouvernement Benkirane. Dès son arrivée au ministère de l’Education nationale, Mohamed Louafa a mis un terme à la pédagogie de l’intégration et aux écoles de l’excellence. Au-delà de la pertinence de cette action, saluée par les uns, décriée par d’autres, le fait est que Louafa a privé l’école de son référentiel pédagogique sans pour autant présenter d’alternative. Du coup les enseignants ne savent plus, depuis deux ans maintenant, comment s’y prendre avec leurs élèves…
«Toutes les réformes qui se sont suivies ont échoué car nous avons toujours voulu imposer un modèle d’école unique», pense Oujour. «Or il faut laisser une marge de manœuvre à l’équipe pédagogique. Les objectifs doivent bien évidemment être gardés, mais avec plus de liberté dans le management», poursuit-il.
Même s’il y a consensus sur le rôle que doit jouer l’école et sur les résultats souhaités, l’on n’arrive pas à s’y prendre de la bonne manière.
Le problème réside aussi dans les moyens. Le manque en infrastructures et en équipements, malgré les efforts déployés, reste criant, notamment en milieu rural. Selon Timss, le pourcentage des élèves utilisant un logiciel pour apprendre les maths est de seulement 6% au primaire et 10% au collège. En outre, l’étude souligne l’importance de la nutrition dans les performances scolaires. Les enseignants rapportent que 79% des enfants de leur classe souffrent de malnutrition et 61% manquent de sommeil.
Dans son discours du 20 août, le Roi a insisté sur l’urgence de la situation. Le Conseil supérieur de l’enseignement (CSE) a également été réactivé, avec pour mission de piloter la réforme. Mais comment garantir qu’il ne s’agira pas que d’une énième réforme sans résultats probants? Pour le moment, tout est en stand-by. L’école continue de fonctionner à l’aveuglette, sans feuille de route, et à produire des profils dénués des prérequis cognitifs leur permettant d’évoluer correctement dans leur parcours académique. A noter que le modèle privé s’en sort nettement mieux. Le public ne devrait peut-être pas aller trop loin pour chercher la bonne recette… 

Les profs sèchent l’école

Il est vrai que les enseignants font face à des conditions qui ne sont pas toujours faciles. Ils se retrouvent, par exemple, dans des classes surpeuplées, ou dans des patelins trop éloignés. Ils sont aussi peu encadrés par les inspecteurs de l’enseignement dont la majorité réside trop loin des établissements qu’ils doivent inspecter. Les profs ont, par ailleurs, été pendant longtemps mal payés et démotivés. Mais leur rémunération s’est améliorée ces dernières années. Ils ont eux aussi leur part de responsabilité dans l’échec du système. En raison de leurs grèves successives et de leur absentéisme récurent, ils ne réalisent que 70% du temps qui leur est imparti pour les cours, selon la tutelle. Ils battent des records en matière de dépôt de certificats médicaux.

Ahlam NAZIH

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