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Tribune

Peut-on dire qu’il n’y a aucun lien entre une sardine et une brique?
Par Hassan Baloui

Par L'Economiste | Edition N°:3968 Le 14/02/2013 | Partager

Hassan Baloui est docteur en mathématiques, lauréat de l’Ecole normale supérieure de Cachan (France) et associated partner au cabinet ManTec/Eurobios. Il fait partie des plus grands spécialistes européens des sciences de la complexité. (Voir aussi son portrait, «Hassan Baloui, le gourou de la complexité», L’Economiste  N° 3499 du 01/04/2011) 

Vivons-nous dans un monde «système» qui connaît des transformations irréversibles? Sommes-nous dans un système isolé? Les changements actuels et futurs ne se feront qu’avec création d’entropie, autrement dit, augmentation du désordre et émergence du chaos. Alors, la question fondamentale qui se pose aux décideurs. Quels changements, quelles organisations, faudra-t-il mettre en place, pour réduire la part relative du désordre dans le nouvel ordre? Toute la complexité est de définir ces transformations et de tracer le chemin. C’est le cas pour les entreprises mais également les pouvoirs publics. Les premiers sont à la recherche des nouveaux relais de croissance dans une volatilité accrue, et les seconds poursuivent le noble objectif du bien-être des individus et des sociétés dans une complexité renforcée. La gestion des affaires publiques ou privées est l’art et la manière d’adapter les systèmes aux conditions contemporaines et de les préparer aux futures, c’est l’opérationnel et le stratégique.
Depuis l’indépendance du Maroc, les politiques économiques successives n’ont pas apporté une solution définitive au problème structurel de l’économie marocaine. Le déficit de la balance commerciale. Au contraire, il est aggravé. Avec la croissance démographique, l’augmentation de la consommation interne, la faible compétitivité du secteur productif, les accords de libre-échange, l’échec du programme de mise à niveau, conjugués avec les effets récents de la crise actuelle, la chute des recettes du tourisme, la baisse des IDE et l’effondrement des transferts des MRE. Tous ces facteurs produisent des situations alarmantes. En atteste, par exemple, l’état des réserves de changes. Elles ont fondu de 220 à 130 milliards de DH entre l’été 2008 et maintenant. Certes, il y a de la croissance, mais elle présente un comportement erratique d’une année à l’autre en fonction de la pluviométrie et,  n’est pas suffisante pour absorber le vrai chômage.
La situation n’est pas simple, encore moins compliquée, elle est surtout complexe. Dans cette complexité contemporaine, les décideurs ont-ils les moyens de définir les bonnes politiques et les mettre en place? Ils sont souvent amenés à résoudre des problèmes multi-contraints sans y associer les principes antagonistes nécessaires à la compréhension des états actuels du système, et qui sont vitaux pour la construction du nouvel ordre et la diminution du chaos émergent. Cela devrait être une question nationale au-delà des sensibilités politiques qui par ailleurs manquent de clarté. La politique économique marocaine poursuit dans le même sillage que les précédentes. Une approche sectorielle et analytique, du problème globale, dont on attend le plein effet pour passer le cap annoncé difficile, de 2013, 2014 et 2015. A-t-on quantifié l’impact du plan Maroc Vert sur le plan Emergence, sur la stratégie énergétique ? A-t-on mesuré l’effet de la stratégie  halieutique sur les exportations agricoles, sur l’emploi, sur le BTP?  Peut-on  dire qu’il n’y a aucun lien entre une sardine et une brique? Une sardine pêchée et vendue sous licence, sa valeur est directement encaissée par l’Etat et redistribuée par différents canaux. A contrario, si la sardine passe par le marché intérieur, soit pour une transformation et exportation ou une consommation locale, elle contribue ainsi à créer plus de richesse dans une chaîne de valeur différente et facilitera au petit pêcheur d’accéder à la propriété immobilière.
C’est la limite des stratégies sectorielles qui, par définition, se focalisent sur un secteur, et ne peuvent capturer les liens avec un autre, semble-t-il lointain ou déconnecté. Cette approche occulte les incohérences des stratégies et tout un pan de gisement de transformation et de croissance non exploité car non détecté. Cette sectorisation de l’analyse rajoute des contraintes et réduit le champ des solutions du problème de l’économie marocaine. Il est bien connu que le nombre de solution est inversement proportionnel au nombre de contrainte.
La grande opportunité dans cette crise est certainement une remise en cause de notre modèle de pensée. Nous avons appris à réfléchir étape par étape et de façon analytique en suivant nos capacités intuitives et cognitives. La complexité accrue du monde que l’Homme a façonné ne laisse guère le choix. Il faut aborder les sujets de manière holistique, ce qui signifie qu’il faut les appréhender dans leur globalité sans quoi on ne saisit pas la réalité de leurs propriétés. Réguler un système en phase de transformation, c’est lui imposer un choix limité d’option. Limité dans les états finals ou les trajectoires qui y conduisent. L’alternative, c’est prendre le risque qu’il se perde dans le très large choix de solutions, et de chemins, autrement-dit, lui donner une grande latitude pour s’auto-organiser et éventuellement être générateur de chaos. L’un ou l’autre, mais pourquoi pas l’un et l’autre? Ou un peu l’un et plus l’autre. Pour quel état futur? Le meilleur moyen de le prédire, c’est de l’inventer.

Prédire pour prévenir

 

LES systèmes dynamiques obéissent à des lois qu’on cherche à découvrir et à mettre sous forme d’équations pour mieux les étudier. A chaque fois que cela a été possible, nous avons pu progresser dans notre compréhension de ces phénomènes. Pour une grande partie de cette dynamique, cette modélisation est impossible. L’alternative, la simulation à base d’agents et les sciences de la complexité. Ce que les sciences de la complexité permettent aujourd’hui paraît révolutionnaire, dans quelque temps, et avec le développement de cette discipline et l’algorithmique associée, cela deviendra la norme.
Pour une grande institution militaire, détecter les points de vulnérabilités dans un système de contrôle complexe à bord d’un navire de guerre est impossible sans une approche holistique et une simulation à base d’agents accompagnée d’un algorithme évolutionnaire «génétique» pour étudier les scénarios de propagation des dommages. Le champ des applications des sciences de la complexité est immense rendu possible par la disponibilité des moyens de calcul. Simuler la naissance, la propagation et l’évolution d’une épidémie dans une société sans définir des lois générales concernant la population, et établir le meilleur plan de prévention. Identifier la meilleure stratégie d’implantation et d’expansion pour un grand groupe industriel avec le souci d’optimiser la globalité de la «supply chain». Comprendre comment une communication stratégique institutionnelle combinée avec des projets de développement d’infrastructure, de réforme sociale, d’aide humanitaire peuvent impacter l’opinion collective et faire émerger un comportement global dominant. Réduire la complexité dans un processus industriel de développement et de fabrication de produit pharmaceutique pour réduire les coûts et le délai. Etudier l’impact social et économique d’une politique de transport dans une grande agglomération avant sa mise en œuvre.
Tels sont quelques exemples non exhaustifs de ce que les sciences de la complexité peuvent apporter dans la compréhension de notre environnement que nous modifions sans cesse, qui à son tour influence notre comportement.

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