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    Enquête

    A Aïn Leuh, traque islamiste contre les maisons closes

    Par L'Economiste | Edition N°:3924 Le 07/12/2012 | Partager
    Depuis plusieurs mois, des milices privées traquent prostituées et proxénètes
    Parfois des opérations violentes et incendies de bordels
    La population divisée, les autorités prudentes

    S’étendant sur une superficie globale d’environ 40.000 ha, la commune rurale d’Aïn Leuh compte 10.000 habitants selon le RGPH de 2004. Son centre, à lui seul, abrite 5.000 personnes. Le territoire d’Aïn Leuh recèle des potentialités touristiques innombrables offrant les possibilités d’investissement diversifiées grâce notamment à l’existence de lacs, forêts (dépassant les 20.000 ha), en plus d’une longue période d’enneigement en montagne

    Bienvenue à la  «Source du bois»... Cours d’eau, forêts, air pur... Aïn Leuh ne manque pas d’atouts naturels. Pendant des années, ce petit village à 55 km au sud-est d’Ifrane a pourtant entretenu la réputation d’un tourisme d’un autre genre: sexuel. Là aussi, la prostitution a eu ses réseaux, ses maisons closes, ses tarifs et sans doute aussi un peu de tolérance économique et sociale. En revanche, peu de témoignages à visage découvert, comme notre enquête sur place nous permettra de le constater. Nous arriverons tout de même à mettre en confiance un chauffeur de taxi local après de longues négociations.  «Le prix de la passe était de 20 DH. Il fallait débourser 10 fois plus, si l’on voulait une chambre avec fille et 250 DH si  l’on demandait plusieurs filles, et c’est la super commande,  autour de la table de thé», raconte-t-il . Dans les années 70 et jusqu’au début des années 90, les «affaires» marchaient très bien. Les clients, majoritairement originaires du Rif, avaient réussi dans la drogue, passaient de longs week-ends dans  la région et leur «générosité» est légendaire.
    De nombreuses prostituées de Aïn Leuh venaient des villages pauvres comme Aït Ali Reggada, Aït Ali Tabenâabout ou Toufstelt. Elles vivaient ici et, deux ou trois fois par an, elles rentraient chez elles pour remettre leurs économies à leurs familles. Aujourd’hui, il ne reste plus que des traces de cette période. Ce n’est pas que le racolage ait vraiment disparu. Il reste encore quelques prostituées presque à la retraite qui tentent de tapiner discrètement dans certaines ruelles du village. En revanche, les maisons closes n’existent plus. Un véritable événement pour tous ceux qui se sont  intéressés à l’histoire de la région. L’affaire a même débordé au-delà des frontières. Dans son édition du 29 octobre 2012, le New York Times semblait s’intéresser à ce petit village de l’Atlas qui défrayait la chronique américaine il y a deux ans mais pour des raisons différentes: l’expulsion de 16 évangélistes pour soupçon de prosélytisme. Cette fois le quotidien US évoquait une piste de moralisation islamiste... Selon cette version, des milices privées ont fait la chasse aux bordels, depuis plusieurs mois, incendiant, terrorisant les prostituées et chassant même les visiteurs-clients potentiels. Selon nos investigations sur place, l’existence de milices est bel et bien confirmée tout comme deux cas d’incendies de maisons closes. La milice serait bien islamiste, mais aucun de nos interlocuteurs ne veut se prononcer sur sa véritable identité. Celle-ci aurait décidé d’assurer un rôle de police des moeurs à Aïn Leuh, mais aussi à Sidi Addi et Azrou. Tout cela sans que les autorités n’interviennent. «C’est un dossier politique. D’autant que les opérations ont coïncidé avec le printemps arabe et le mouvement du 20 février, nous confiera un de nos interlocuteurs». L’opinion publique à Aïn Leuh sur les actions des milices? Les uns applaudissent de voir le village tenter de changer son image. Les autres, en particulier ceux qui profitaient du commerce de la chair, au contraire, dénoncent, dans une région où les opportunités d’emplois sont rares, pour ne pas dire inexistante.
    Aujourd’hui les rares rescapées de la campagne «d’assainissement» se font discrètes, de peur des représailles. Au centre du village, la place «Parking», autrefois centre de ralliement des rabatteurs est désertée. Les anciennes proxénètes ont eu des fortunes diverses.  Certaines se sont recyclées dans la vente de pains, de bonbons, cigarettes. Cela n’arrange pas leurs affaires économiques pour autant en dépit des efforts des autorités locales pour un redéploiement des activités génératrices de revenu (AGR).

    Potentialités touristiques

    A une dizaine de kilomètres de Aïn Leuh, dans le village mitoyen de Sidi Addi, les signes de pauvreté sont plus manifestes. Hormis la route nationale qui le traverse, l’infrastructure est inexistante. L’hôpital le plus proche se trouve à Azrou à 28 km. La plupart des maisons sont délabrées et vétustes. Quelques bouchers tentent de proposer du «méchoui» de bouc, à une clientèle qui se fait désirer, tandis que la majorité des commerçants vendent des objets de seconde main et des couturiers proposent des services de retouche pour vieux vêtements, en pleine rue. Une précarité que les autorités promettent de surmonter en surfant sur les atouts naturels de la région. S’étendant sur une superficie globale d’environ 40.000 ha, la commune rurale d’Aïn Leuh compte 10.000 habitants selon le Recensement de 2004. Son centre, à lui seul, abrite 5.000 personnes. Selon des responsables de la province d’Ifrane, chef-lieu d’Aïn Leuh, le territoire recèle des potentialités touristiques innombrables offrant les possibilités d’investissement diversifiées grâce notamment à l’existence de lacs (‘‘Afnourir’’ par exemple), forêts (dépassant les 20.000 ha), en plus d’une longue période d’enneigement en montagne. Il dispose également d’un centre d’estivage connu sous le nom ‘‘Ajaabou’’ surplombant le village pittoresque, traversé par la RP 7311 faisant partie du circuit touristique reliant Azrou et  Khénifra, ainsi que de 3 gîtes et auberge dont la création a été encouragée par l’INDH dans le cadre de la promotion du tourisme rural. Par ailleurs, la forêt, qui occupe (environ 20.000 ha essentiellement boisés de cèdre) plus de la moitié de la superficie de la commune, constitue l’une des principales ressources (66% des recettes), et autour de laquelle gravitent les activités de ses habitants. De même, les parcours collectifs (environ 12.000 ha) offrent des ressources pastorales non négligeables aux cheptels, au moment où l’espace irrigué représente environ le tiers de la superficie agricole utile (5.800 ha).
    Aïn Leuh est majoritairement constituée d’une population de souche amazighe relevant principalement de la tribu Aït Mouli et de certaines factions qui en dépendent. Elle jouit d’un patrimoine culturel à la fois séculaire et varié dont l’artisanat traditionnel et l’art populaire amazigh ‘‘Ahidouss’’ mis en valeur par l’organisation, depuis plus de 12 ans, d’un festival annuel drainant un nombre considérable de visiteurs marocains et étrangers. 
    Autant d’atouts auxquels s’adjoint la vocation agricole, notamment l’arboriculture valorisée par la Rencontre annuelle des cerises dont elle est le premier producteur national (avec environ 40%), qui contribuent à l’enrichissement tous azimuts de cette commune. Une valorisation soutenue et confortée par l’INDH  dont les AGR, et par plusieurs programmes de mise à niveau et de requalification. Dès 2007, la commune d’Aïn Leuh a connu une importante émergence par la mise en place d’un programme d’investissement atteignant les 120 millions de DH. Ce programme, fruit d’un partenariat entre les différents intervenants, porte notamment sur l’infrastructure routière, la mise à niveau urbaine du centre Aïn Leuh, le plan Maroc Vert, et des projets socio-économiques. Pour ce dernier volet, plusieurs projets ont été réalisés, notamment l’aménagement et l’équipement d’un terrain de football, les travaux de mise en  conformité de ‘‘Dar Taleb et Taliba’’ (d’une capacité d’accueil de 180 pensionnaires), la construction d’un Centre de Développement social qui sera érigé en ‘‘Dar Saniaa’’, d’un centre commercial (dédié au recasement des marchands ambulants délogés d’une place publique) et d’une mosquée. Le montant global des investissements dépasse les 10 millions de DH. Enfin, l’INDH, et au-delà de sa contribution dans plusieurs projets, a soutenu financièrement (avec environ  600.000 DH) 11 AGR portées par des associations et coopératives locales. En tout cas, les responsables de la province d’Ifrane croient dur comme fer que les actions d’investissement menées particulièrement durant les 5 dernières années à Aïn Leuh, «ont permis l’amélioration considérable des indices socio-économiques et la réhabilitation de cette commune dans tous les domaines». La réalité reste cependant éloignée de cette image de carte postale rêvée pour Aïn Leuh.

     

    Agriculture

    Le secteur agricole dans la commune précitée repose essentiellement sur l’arboriculture fruitière, notamment la culture des cerises dont elle est le premier producteur au niveau national avec environ 40% de la production. S’étendant initialement sur une superficie de 450 ha, cette production locale est renforcée par une première tranche de 100 ha dans le cadre du plan Maroc Vert, d’un montant de 9 millions de DH. Notons que le ministère de l’Agriculture a programmé, dans le même cadre, 1.000 ha de la même espèce au niveau de la Province dont ‘‘Aïn  Leuh’’ devra en bénéficier en priorité. La commune bénéficiera d’un programme d’aménagements hydro-agricoles, estimé à 5 millions de DH, portant sur 12,2 km.

    Dès 2007, la commune d’ Aïn Leuh a profité d’un programme d’investissement atteignant les 120 millions de DH. Ce programme, a concerné notamment la mise à niveau de l’infrastructure routière.

     

    Au centre du village, la place «Parking», autrefois centre de ralliement des rabatteurs, est désertée. Les anciennes proxénètes ont eu des fortunes diverses. Quelques rescapés se méfient des visiteurs étrangers et des appareils photos!

     

    Aujourd’hui, et malgré les projets de mise à niveau urbaine et l’INDH, le village souffre toujours de la précarité et du marasme social. La plupart des maisons sont délabrées et vétustes.

    Youness SAAD ALAMI

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