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    Enquête

    Hypofécondité
    Les hommes ont peur de… consulter
    Entretien avec Saâd Agoumi, gynécologue

    Par L'Economiste | Edition N°:3867 Le 14/09/2012 | Partager
    Ils doivent se rendre chez un gynécologue au bout de 12 à 18 mois d’échec de grossesse
    Un couple sur 10 est touché par un problème d’infertilité
    Dans 50% des cas, c’est le conjoint qui en est à l’origine

    Saâd Agoumi, gynécologue: «De nombreux couples perdent beaucoup de temps à cause de conjoints qui ne viennent jamais à la consultation et qui partent du principe que si un problème de stérilité existe c’est toujours la femme qui est à son origine, alors que c’est faux»

    Hommes «hypofertiles», ne perdez pas espoir ! Vous pouvez facilement devenir pères, grâce aux techniques d’assistance médicale à la procréation et à de…l’argent. Le gynécologue Saâd Agoumi est aussi président du Collège syndical des médecins spécialistes privés. Il répond aux questions les plus fréquentes qui se rapportent aux problèmes de stérilité masculine. Il préfère plutôt parler d’infertilité ou, au mieux, d’hypofécondité, c’est-à-dire une diminution du pouvoir de féconder, parce que la vie et la nature peuvent toujours nous surprendre.

    - L’Economiste: Combien de couples sont concernés par un problème d’infertilité?
    - Saâd Agoumi: Nous n’avons malheureusement pas de chiffres et il est très difficile de les avoir. Mais, au Maroc, comme de par le monde entier, l’infertilité touche au moins 1 couple sur 10, et les causes peuvent être masculines, féminines, mixtes ou carrément inexpliquées. On considère aussi qu’une hypofécondité masculine est présente dans environ la moitié des couples infertiles.

    - Au bout de combien de temps, faut-il s’inquiéter?
    - Généralement, c’est entre 12 et 18 mois. L’existence d’une stérilité ou infertilité est définie par l’impossibilité pour un couple, qui a régulièrement des relations sexuelles non protégées, d’avoir un enfant dans ce délai. Cela s’explique par le fait que le taux de conception spontanée ne dépasse pas 15% à 25% par cycle pour un couple normalement fertile. Compte tenu de ces chiffres, 60% des couples qui désirent un enfant y parviendront en six mois, 80% en un an et 90% en 18 mois. Néanmoins, le temps à respecter avant de consulter pourra être raccourci en fonction de l’âge de la femme.

    - Comment diagnostique-t-on l’infertilité chez l’homme?
    - D’abord, on commence par un spermogramme. C’est un test qui consiste à connaître la performance globale de la fécondité d’un sperme. On examine les spermatozoïdes et on évalue le nombre. Un manque de spermatozoïdes, un défaut de leur mobilité, une anomalie de leur forme sont des signes d’une hypofécondité.

    - Concrètement, comment se pratique le spermogramme?
    - Il faut, en moyenne, trois jours d’abstinence. La personne est orientée vers un laboratoire spécialisé où l’on recueille son sperme par masturbation. Les caractéristiques du sperme doivent être observées immédiatement. Le spermogramme doit, en général, être répété un mois plus tard pour confirmer le diagnostic d’infertilité car la production des spermatozoïdes fluctue au cours du temps. Un sperme normal contient 20 à 200 millions de spermatozoïdes par mm3, dont 80% sont mobiles, et le volume moyen de l’éjaculat est entre 2 et 5 ml (ndlr: 1,5 à 15 ml dans les cas plus extrêmes).
    - Observe-t-on actuellement une baisse de la fertilité masculine?
    - Je ne peux pas me prononcer sur cette question. Par contre, ce que nous observons c’est que de nombreux couples perdent beaucoup de temps à cause de conjoints qui ne viennent jamais à la consultation et qui partent du principe que si un problème de stérilité existe c’est toujours la femme qui est à son origine. C’est tout à fait faux. C’est une idée reçue et développée par la société qui admet mal l’infertilité masculine. On ne voit les hommes que rarement et il faut insister beaucoup pour qu’ils consultent aussi. Parce qu’ils ont l’impression qu’à partir du moment où ils éjaculent, ils sont performants. Parfois, ils n’éjaculent que de l’eau de robinet ! 

    - La fertilité masculine a-t-elle des relations avec la sexualité?
    - Dans la plupart des cas, la fertilité n’a aucun lien avec la sexualité. C’est la production du sperme qui est en relation avec la fertilité. Souvent, le liquide est là, mais est ce qu’il est chargé de spermatozoïdes ou pas c’est ça la grande question.

    - Jusqu’à quel âge un homme peut-il avoir des enfants?
    - Oh…Jusqu’à l’âge où il trouve une femme jeune capable de recevoir ses spermatozoïdes (rire). Chez l’homme, il n’existe pas d’équivalent de la ménopause et la production de spermatozoïdes continue tout au long de la vie. Des hommes de 80 ans peuvent aussi avoir des enfants.

    Que dit la religion ?

    La Fécondation in vitro (FIV) n’est pas prohibée par la «charia». «Le couple peut recourir à cette technique à condition qu’il soit marié et vivant et que le sperme injecté provienne du conjoint», indique Abderrazzak El Jay, professeur des sciences islamiques à l’université Mohammed V et membre du conseil des Oulémas de Rabat. Les Oulémas considèrent qu’«il n’y a pas de maladies sans remèdes, sauf la mort». Il faut, toutefois, noter que «la solution des mères porteuses ou des banques de sperme est une fornication maquillée» et que «ce sont, par conséquent, des pratiques interdites».

    Peu de bébés-éprouvettes

    Le premier bébé-éprouvette né au Maroc doit fêter cette année ses 13 ans. L’opération a été réalisée par les soins du professeur Youssef Boutaleb, ancien médecin chef du service de gynécologie-obstétrique au CHU de Casablanca. Aujourd’hui, il s’avère encore difficile de savoir combien de bébés marocains naissent grâce aux techniques de fécondation in vitro (FIV). Dans leurs estimations, des spécialistes parlent de la réalisation de 2.000 cycles par an, voire 5.000 cycles, alors qu’en France, par exemple, ce chiffre dépasse les 50.000 opérations annuellement. La proportion de FIV dans un pays est estimée par le nombre moyen de cycles réalisés pour 1.000 femmes d’âge reproductif. Au Maroc, il n’existe pas de statistiques officielles. Mais, le recours à la procréation médicalement assistée progresse de manière impressionnante, et de plus grande ampleur en Europe. En France, ce taux est de 5 pour 1.000, soit un niveau inférieur à ceux de la Belgique et des pays nordiques (entre 6 et 8), mais supérieur à celui de l’Allemagne, des Pays-Bas ou du Royaume-Uni (3 à 4 pour 1.000). La raison de ce constat est simple. Au Maroc, le coût des opérations de FIV reste très cher et ne fait pas l’objet d’un remboursement par l’assurance maladie. Pis encore, aucune loi ne les régit à présent. Aussi par ignorance, tant au niveau de la technique et de la religion qu’au regard des nombreux tabous entourant cette pratique, peu de personnes y recourent.

    Dur de s’exciter au labo

    Les procédures de procréation médicalement assistée ou tout simplement la réalisation d’un spermogramme (examen biologique du sperme) nécessitent le recueil du sperme par masturbation dans un laboratoire spécialisé. Les hommes font souvent des réactions subjectives associant la gêne, la honte, le malaise et le dégoût, face à la pratique de la masturbation dans des locaux et un contexte inappropriés. Cette pratique taboue n’est, en effet pas facile, à «désexualiser». D’où l’aménagement, dans plusieurs pays d’Europe, de pièces dédiées et équipées de magazines pornographiques. Dans les laboratoires marocains, les pièces n’ont rien de particulier. Mais, «l’homme peut être accompagné par sa femme, censée lui donner un coup de main», indique un biologiste à Casablanca. Le sperme peut être aussi recueilli à domicile, à condition de respecter le délai de remise au laboratoire en plus de certaines règles d’asepsie. Dans ce cas, le patient est tenu de signer un document attestant que le liquide séminal collecté lui appartient.

     

    Propos recueillis par Bouchra SABIB

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