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    Tribune

    Concevoir l’inconcevable en Europe
    Par George Soros

    Par L'Economiste | Edition N°:3618 Le 19/09/2011 | Partager

    Célébrissime financier, George Soros est considéré comme le père des hedge funds, les fonds qui spéculent sur les différences des taux, de prix, de cours, de durée… C’est avec des fonds de cette nature qu’il a failli mettre la Banque d’Angleterre par terre au tout début des années 90. Il est actuellement président du Fonds de Gestion Soros et de l’Open Society Institute. Cette ONG rassemble une vingtaine de fondations et dont le but est de défendre les droits humains et promouvoir la gouvernance démocratique. A travers ses fondations lancées en 1984 et l’Open Society Institute, George Soros a distribué plus de 8 milliards de dollars à diverses causes humanitaires dans 70 pays partout sur la planète. Il est également l’auteur d’un certain nombre de livres

    POUR résoudre une crise dans laquelle l’impossible est à nos portes, il est nécessaire d’envisager l’inconcevable. Aussi, pour dénouer la crise de la dette souveraine en Europe, il est désormais impératif de préparer l’éventualité d’un défaut de paiement ou d’une sortie de la zone euro de la part de la Grèce, du Portugal, et même de l’Irlande.
    Dans un tel scénario, des mesures devront être prises pour empêcher une débâcle financière dans l’ensemble de la zone euro. Les dépôts bancaires doivent d’abord être protégés. La perte du moindre euro déposé dans une banque grecque causée par un défaut de paiement ou une éviction du système monétaire ferait en sorte qu’un euro déposé dans une banque italienne vaudrait immédiatement moins qu’un euro détenu dans une banque d’Allemagne ou aux Pays-Bas, entraînant une ruée bancaire dans les pays déficitaires.
    De plus, les opérations des banques des pays sur le point de faire défaut doivent être maintenues afin de prévenir l’effondrement économique. Il faudra en même temps recapitaliser le système bancaire européen et le mettre sous autorité européenne plutôt que nationale. Enfin, il faudra aussi prévoir mettre en quarantaine les titres obligataires émis par les gouvernements des autres pays déficitaires de la zone euro. Les deux dernières exigences s’appliquant même si aucun pays n’est entré en défaut.
    Tout ceci coûte de l’argent, pourtant, aucun autre financement n’est prévu dans le cadre des ententes déjà conclues par les responsables nationaux de la zone euro. La création du chaînon manquant est la seule alternative: un organisme européen doté du pouvoir de lever des impôts et, donc, d’emprunter. Un nouvel accord-cadre est donc requis qui transformerait le mécanisme européen de stabilité financière en une entité de financement à part entière, le Fonds européen de stabilité financière (FESF).
    Mais ceci présuppose un changement radical d’attitude, particulièrement de la part de l’opinion publique allemande qui estime avoir encore le luxe de supporter ou non l’euro mais qui constitue en fait une grave erreur d’appréciation. La seule présence de l’euro dans les méandres du système financier où actifs et passifs sont si intimement liés à une monnaie commune que son effondrement entraînerait un raz de marée qu’aucune autorité ne pourra endiguer, qu’elle soit allemande ou non. Plus l’opinion allemande tardera à prendre conscience de cette implacable réalité, plus grand sera le prix à payer, en Allemagne comme partout ailleurs.
    La question est de savoir si cet argument convaincra l’électeur allemand. La chancelière Angela Merkel ne pourra peut-être pas persuader l’ensemble de sa coalition de la nécessité d’agir, mais elle pourrait toujours former une nouvelle majorité qui appuie les mesures de défense de l’euro. La crise de confiance dans l’euro résolue, la chancelière aurait moins à craindre du prochain scrutin.
    D’autre part, ces trois économies, somme toute marginales, ne seraient pas nécessairement laissées à elles-mêmes malgré les scénarios d’une éventuelle faillite ou d’une sortie de l’euro. Au contraire, la Grèce et le Portugal disposeraient d’un plus grand éventail de mesures s’il était possible d’entamer des procédures ordonnées d’insolvabilité grâce à l’aide financière des autres économies de la zone euro et du Fonds monétaire international. D’autant plus qu’en serait brisé le cercle vicieux qui pèse en ce moment sur les pays déficitaires de la zone euro, et qui voudrait que l’austérité affaiblisse les perspectives de croissance, amenant les investisseurs à exiger des taux d’intérêt toujours plus exorbitants et obligeant ainsi leurs gouvernements à réduire les dépenses encore davantage.
    Il serait plus facile pour les pays qui éprouvent le plus de difficultés de sortir de la zone euro pour redevenir concurrentiel. Mais s’ils sont prêts à faire les sacrifices nécessaires, ils pourraient aussi continuer à en faire partie : le FESF protégerait les dépôts bancaires des banques de ces pays et le FMI aiderait à la recapitalisation de leurs systèmes bancaires, ce qui leur permettrait de sortir des ornières où ils sont enlisés pour le moment. Quelle que soit la voie prise, l’Union européenne n’a pas intérêt à laisser s’effondrer ces pays qui pourraient entraîner avec eux tout le système bancaire mondial.
    La simple perspective d’une solution à la crise de la dette souveraine en Europe ne pourra qu’apaiser les marchés financiers. Malgré tout, étant donné que c’est l’Allemagne qui dictera les conditions de l’accord, il est presque certain que l’activité économique ralentira fortement. Un ralentissement qui pourrait forcer l’opinion publique en Allemagne à revoir ses positions, favorisant à son tour l’adoption de mesures générales de stabilisation. Il y a fort à parier que la majorité des pays de la zone euro reviendront alors dans le giron de la croissance.

    Fortes pressions

    TANT les pays membres de l’UE que ceux de la zone euro doivent reconnaître la nécessité d’un nouvel accord afin de pouvoir sauver le système monétaire de l’Europe. Cette logique a le bénéfice d’être claire. Les pourparlers doivent donc être entamés immédiatement afin de décider des volets à inclure à l’accord, car, même si les dirigeants européens subissent de très fortes pressions pour le conclure rapidement, les négociations risquent de durer. Cependant, une fois le principe arrêté, le Conseil européen pourrait autoriser la BCE à suppléer aux interventions du fonds, le protégeant d’avance des risques d’insolvabilité.

    Copyright: Project Syndicate, 2011.
    www.project-syndicate.org
    Traduit de l’anglais par
    Pierre Castegnier

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