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7e Salon international du Livre de Tanger
François Zabbal, le messager de l'Orient

Par L'Economiste | Edition N°:1441 Le 21/01/2003 | Partager

François Zabbal est celui par qui la francophonie découvre souvent l'islam et la culture arabe. Elle lui doit la traduction de romans, notamment «Les Seigneurs de la nuit« de Salim Barakat et «L'Herbe de la nuit« d'Ibrahim al-Koni. Il dirige une collection d'essais chez Albin Michel où il a traduit de l'anglais «La Cité vertueuse d'Alfarabi« de Muhsin Mahdi, et une collection de romans traduits de l'arabe à Paris-Méditerranée. Rédacteur en chef du magazine Qantara depuis 1996, il aide aussi les exilés à soigner la douleur de l'exil par la faute de la haine. Sélective mais éclectique, Qantara se bat sur le front de l'ignorance et de l'intolérance.La posture de défense sans nuance de l'islam ou du monde arabe s'assimile à de la propagande, outre qu'elle ne sert pas à grand-chose. «C'est en affirmant des valeurs et en se démarquant de ceux qui n'y adhèrent pas qu'on se fait entendre et qu'on offre une autre image de soi. Changeons donc le réel au lieu de se lamenter sur l'image déformée que présenteraient nos sociétés«, dit Zabbal, en toute assurance. Au terme d'une décennie faste pour le roman arabe traduit, celui-ci ne se trouve plus confiné dans un ghetto éditorial. «La littérature égyptienne s'arroge, comme il se doit, la part du lion. Mais d'autres pays sont représentés. Inégalement certes et pas toujours au prorata de leur production. De plus, il n'y a pas, dans les médias, y compris les grands, de véritables connaisseurs de la littérature arabe«. François Zabbal ose ouvrir la porte de la chariâ. La manière dont la question de la chariâ s'est posée depuis les années 70 laisse croire à un droit constitutionnel sacré dont on aurait dévié. Il suffirait donc de le rétablir pour remettre la société dans le droit chemin et résoudre comme par magie tous ses problèmes. Sous la pression des mouvements islamistes, on décréta que le système juridique et législatif était fondé sur la chariâ. C'est ce que fit Sadate en Egypte par exemple. «Or, la chariâ n'a jamais été qu'une norme vers laquelle on tendait en s'aidant des textes sacrés, des dits et faits du Prophète, du raisonnement et du consensus. La chariâ n'est pas une sorte de code civil Napoléon ou de droit canon. Et le Coran, c'est avant tout un texte religieux!«Ce que les uns et les autres proposent en réalité, c'est d'injecter quelques règles qu'on dit coraniques ou sacrées dans un immense corps de lois positives, fait d'emprunts multiples aux corpus juridiques musulmans et aux codes législatifs européens… En appliquant quelques prescriptions, on prétend acquérir une légitimité religieuse et par conséquent politique. «Il y avait moins de naïveté (ou de duplicité) chez les anciens qui avaient la sagesse de privilégier la dimension éthique et humaine dans leurs jugements, en se défendant de détenir la vérité («Dieu seul sait«)». C'est ainsi que les grands juristes de l'époque classique ont pu développer une véritable philosophie de la personne, très en avance sur leur temps et avec laquelle il aurait fallu renouer.


Qu'est-ce qui a mal tourné?

. L'Economiste: Quelle est la réalité historique des Arabes?- François Zabbal: Partons plutôt de l'idée d'arabité dans l'Histoire. Il va sans dire qu'elle connut des fluctuations constantes depuis les débuts de l'islam. Au cours des premiers siècles, les conquérants arabes exaltent leur appartenance ethnique face à une coalition de nations diverses au passé souvent très glorieux.Il faut attendre le XXe siècle pour voir glorifier une arabité rendue inférieure par les siècles de domination ottomane. Mais cette identité nouvelle, qui se veut l'expression d'une nation, ne peut se fonder sur l'appartenance ethnique ou sur la géographie. Encore moins sur la culture, en dépit de tentatives laborieuses de séparer le grain de l'ivraie non arabe dans l'histoire de la pensée et des sciences. Aujourd'hui, l'impression prévaut d'un reflux général de l'idée d'arabisme. Tout se passe comme si, derrière l'affirmation quasi rituelle d'une appartenance à une seule nation, chaque pays cherchait dans un passé singulier les justifications d'un pouvoir de plus en plus territorial. Les frontières tant décriées jadis se seront donc imposées aussi bien par les mesures de police que par un ressourcement subtil et discret. Dans des pays comme l'Irak et la Syrie, foyers d'une arabité combattante, l'inspiration puise de plus en plus dans un passé antique akkadien, babylonien, araméen… L'Egypte, bien sûr, serait bien incapable de noyer son passé pharaonique dans les flots d'une arabité finalement bien fragile, quoi qu'on dise. . A votre avis, l'histoire des Arabes a-t-elle joué un rôle dans la léthargie actuelle?- La léthargie, comme vous dites, a de nombreuses causes, et le livre de Bernard Lewis, qui a tant fait couler d'encre, ne fait que reprendre une question que les Arabes contemporains se sont posée jusqu'à l'obsession. Lewis n'y répond aucunement, mais là où il fait mal, c'est lorsqu'il exprime tout haut ce que les Arabes se répètent sur un ton obsessionnel: What went wrong? dit le titre (Qu'est-ce qui a mal tourné?). Question bien plus parlante que celle de la traduction française officielle. Car enfin, tout semblait à portée de main au lendemain des indépendances: et le succès et le bonheur.On connaît la réponse déjà cinquantenaire des élites: la faute à l'impérialisme et au sionisme. Avec cela, on n'a pas été très loin! Mais la réponse a le mérite pour beaucoup d'occulter les vrais problèmes internes à chacun des pays.H. K. A.

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