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7e Salon international du Livre de Tanger
Fatna El Bouih, une petite voix qui change le monde

Par L'Economiste | Edition N°:1441 Le 21/01/2003 | Partager

Simone de Beauvoir disait qu'«on ne naît pas femme, on le devient». Pascale Navarro ajoute qu'on ne naît pas non plus modeste, pudique, ou réservé. On nous l'inculque. C'est avec ces mots que la rutilante Fatna El Bouih donne libre cours au verbe et se laisse aisément emporter par la difficile situation des femmes. Ex-détenue politique de Derb Moulay Chérif, Fatna El Bouih aborde son passé pénitentiaire avec exaltation. Si, dans notre société, la «taule» est une souillure, c'est au bagne que Fatna a passé les plus belles années de son existence. Ce petit bout de femme qui dégage une sensibilité inouïe a donné le meilleur d'elle-même pour la reconstruction de la mémoire et de l'Histoire contemporaine du Maroc grâce à son livre «Hadit Al Aâtamah». Un titre qui résume parfaitement le thème. La solitude à laquelle s'ajoute une réflexion sur le passé, l'obsession du néant et de la disparition. Elle espère que son livre n'est que le préambule à une série d'écrits qu'elle espère voir se réaliser un jour. Un rêve qui lui tient trop à coeur: soulever les tabous des années noires du Maroc. Des années qui resteront inscrites à jamais dans la mémoire de Fatna Bouih et de ses congénères. «Le militantisme féminin est entièrement marginalisé»: la liberté d'expression n'est pas uniquement l'oeuvre de la gent masculine comme on pourrait le croire, mais une grande partie des acquis dont nous bénéficions aujourd'hui a été réalisée grâce à la bravoure de quelques femmes. Nourrie d'un idéal qui lui a coûté cinq ans de liberté, Fatna n'échappe pas au sort réservé aux dissidents. Elle se trouve en prison à la fleur de l'âge. Arrêtée en mai 1977 pour son engagement politique, Fatna El Bouih recourt à l'écriture comme moyen d'extériorisation et de thérapie. Dans son livre, paru en mai 2001 aux éditions Le Fennec et traduit par Francis Gouin en mars 2002 sous le titre «Une femme nommée Rachid», elle raconte la torture et l'humiliation qu'elle a endurées en détention secrète, avant de comparaître devant un tribunal. Depuis sa libération en 1982, elle enseigne l'arabe dans un collège casablancais. Elle est également membre fondateur de l'Observatoire marocain des prisons» et du «Forum pour la vérité et la Justice». A Derb Moulay Chérif, on la nomma «Rachid 45». Un matricule et un nom d'emprunt lui sont attribués durant son long séjour en détention secrète. Quand elle raconte sa vie de prisonnière, spleen et nostalgie s'enchevêtrent dans sa petite voix. L'amertume des souvenirs forge son caractère. Rêveuse et méditative, les mots prennent un sens particulier chez Fatna. Elle décrit les années de prison avec une pertinence presque parfaite. Le détail n'y échappe pas. Son livre n'est pas un simple témoignage d'une époque de notre histoire. C'est une tentative de réconciliation avec un passé irrévérencieux. Les écrits d'ex-détenus politiques, souvent sous forme de témoignages, donnent lieu à un nouveau genre littéraire qui épouse les préoccupations d'une époque. Le roman de Fatna El Bouih invite à une réflexion qui choque, en bousculant les fondements de l'ordre établi. «Certes, les perversions étatiques des années de plomb ne seront effacées des mémoires que si on mettait les Marocains face à leur propre réalité», commente-t-elle. Contrairement aux autres femmes écrivains, Fatna El Bouih ne se cantonne pas aux thèmes stéréotypés comme le conflit entre la tradition et le modernisme, la polygamie ou la dot. Elle élargit le champ littéraire en offrant des récits en rapport avec les préoccupations actuelles. Ainsi, la détention, la prison, la remise en question de coutumes désuètes tel le mutisme sur les diverses formes de violence sexuelle perpétrées à l'encontre des femmes détenues politiques ne sont pas sous sa plume tabous. Elles deviennent sources d'inspiration et sujets de réflexion. Fatna illustre les tendances actuelles de la littérature féminine. Un féminisme qui métamorphose les mots en armes efficaces et attise le désir de changer des mentalités figées. Elle aspire à s'épanouir dans une société libre où l'esprit de complémentarité supplante celui de l'égalité.H. K. A.

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