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7e Salon international du Livre de Tanger
Abraham et Christine: Mêler l'indépendance respective

Par L'Economiste | Edition N°:1441 Le 21/01/2003 | Partager

C'est peut-être parce que je suis ingénieur, j'écris comme un ingénieur; Christine, elle, c'est une littéraire et puis elle est plus pédagogue que moi«. Abraham Serfaty commente un commentaire de l'ouvrage commun, «La mémoire de l'autre« (Tarik édition; 2002).Chacun de leur côté, les époux les plus célèbres du Maroc ont écrit leurs souvenirs. Ils ont écrit chacun de leur côté. Ensemble, c'était impossible. Il suffit de les avoir vus, un tout petit peu, dans leur maison du bord de mer («non, pas notre maison, celle que nous a prêtée SM le Roi Mohammed VI«), pour savoir qu'ils ne savent mêler que leur indépendance respective.Lui, c'est le chef, c'est évident. Trente ans de sa vie, à elle, a tourné autour de sa survie à lui. Mais… comment dire cela? Des deux, c'est elle qui occupe l'espace invisible. Cela tient-il à la décoration de cette maison? «Non, nous n'avons rien touché«, dit-elle. Donc, ce n'est pas la décoration, très simple et un peu délicate, qui donne cette impression que c'est Christine Daure qui occupe l'espace.Il faudra attendre les élections législatives de septembre 2002, puis la sortie de leur livre commun pour deviner, et peut-être se tromper. Tout au long d'une longue matinée de printemps, Abraham Serfaty expliquait à Guy Sorman (qui enquêtait pour son dernier livre «Les enfants de Rifa'a«) l'histoire du mouvement de l'extrême gauche marocaine. Il faut être tombé dedans petit, comme Obélix dans la marmite de potion magique, pour arriver à s'y retrouver. Et puis dans l'histoire, la coupure, la longue coupure de la prison puis de l'exil. Abraham Serfaty renoue l'histoire là où il s'en était absenté et esquisse l'idée d'un rassemblement des groupuscules de l'extrême gauche. Les épisodes coupés sont absents, définitivement absents.La répression n'a pas brisé l'homme, il est là, brillant, construisant intelligemment l'avenir. Mais avec les briques dont il dispose. Or, il y manque 30 ans de vie sociale. Ces minuscules petits riens qui, un jour après l'autre, fabriquent un savoir irremplaçable, inexplicable: la mémoire vive d'une nation. La construction d'une extrême gauche unie ne correspond plus à grand-chose aujourd'hui. Les élections l'ont montré. Ce que le livre montre, c'est l'effet de la répression: elle empêche l'individu enfermé puis exilé d'avoir une histoire commune avec sa société. Abraham Serfaty a suivi un autre chemin. Il y a une Histoire et des histoires sur ce chemin. Il les racontent dans «La mémoire de l'autre«. Mais sa mémoire, ce n'est pas l'histoire commune, ni du Maroc, ni de l'humanité. Au moment de la reconstruction, les briques manquantes conditionnent l'architecture. Plus pernicieux: elles rendent la reconstruction traîtresse. Pendant que Sorman et Serfaty discutent, Christine Daure lit les journaux. Une seule phrase intercalée dans la conversation des deux hommes, juste pour savoir s'ils veulent encore un peu de café. Ils n'en veulent pas. Elle reprend sa lecture. Pas n'importe quelle lecture. Elle passe vite sur les gros titres en Une, sauf pour détailler la photographie de SAR Lalla Salma. C'est la première photo officielle. Puis elle s'arrête sur chacune des pages intérieures. Elle lit et relit un entrefilet, prend un par un le courrier des lecteurs. Christine Daure cherche ces minuscules petits riens qui fabriquent la mémoire de la nation.Dans sa partie du livre, elle raconte aussi les détails, jusqu' à cet endroit sur la porte de la prison de Kénitra, où la peinture a été usée parce que tant de mains y ont frappé. Ces petits riens que Christine Daure accumule, trament toute l'histoire. C'est peut-être pour cela qu'on a si fort l'impression qu'elle occupe l'espace invisible autour de ce chef historique.N. S.

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