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Powell, fils de Harlem et du Bronx

Par L'Economiste | Edition N°:1898 Le 17/11/2004 | Partager

. Parcours d’un enfant qui a connu «la jungle des rues». Carrière diplomatique ambiguë. L’Irak, par où le mal est arrivé Les nombreux messages de sympathie envoyés à Colin Powell suite à sa démission devraient consoler celui qui, dit-on, représentait le «courant modéré» dans l’administration américaine. Malgré «des années difficiles passées» au secrétariat d’Etat aux Affaires étrangères, Powell est resté populaire. Depuis la réélection de George W. Bush, on s’attendait à ce que ce vieux routier de l’institution militaire se retire de l’arène politique et aille couler une retraite paisible. Il se prépare, d’après les thèses qui circulent, à mieux rebondir. On le dit animé d’ambitions présidentielles ou alors très intéressé par la présidence de la Banque mondiale.En tout cas, ce départ prédit un durcissement de la politique unilatéraliste américaine. Conservateur comme les autres membres de l’équipe Bush, Powell avait, comme il le dit dans son autobiographie(1), «une conscience sociale». «Je me méfie de toute idéologie rigide, d’où qu’elle vienne, et j’ai découvert que nombre d’Américains ont le même sentiment. Il se pourrait que soit venu le temps d’un tiers parti qui représenterait le centre responsable du spectre politique américain», dit-il dans son autobiographie. Cette conscience sociale était à l’origine de son désaccord avec «la ligne dure» jusqu’à l’aveuglement de la garde rapprochée de Bush. Et c’est cette même conception qui a fait de lui un personnage adulé par la presse française, hostile à la logique va-t-en guerre. Colin Powell, 67 ans, est un enfant de ghetto. Il est né à Harlem, quartier «des minorités noires opprimées» et symbole de la «jungle des rues». Ses parents, originaires de la Jamaïque, avaient ensuite déménagé au quartier Bronx. Ils lui auraient appris à «courber l’échine» pour pouvoir réaliser «le rêve américain». Son père était ouvrier dans une usine de confection. Powell a choisi l’armée pour gagner son droit à l’intégration. Et il le gagnera. Du Vietnam à l’Irak, sa carrière a été sans faille et un symbole de l’intégration des Noirs à partir des années 60.. Grand mensongeMais l’image de ce «grand militaire» allait être entachée par le conflit irakien. Lui qui, à l’ONU, avait soutenu avec emphase l’existence d’armes de destruction massive chez Saddam Hussein, avait finalement défendu un grand mensonge, dont le but était de justifier l’intervention américaine en Irak. Chargé de vendre un conflit, auquel peut-être il ne croyait pas lui-même, Powell s’est à plusieurs reprises trouvé en porte-à-faux face à un Dick Cheney ou un Donald Rumsfeld qui cachaient mal leur dédain pour l’ONU et les accords internationaux. Il est bien loin le temps où Bush junior déclarait, à propos de Powell, qu’aucune autre personne ne pouvait mieux être «le visage et la voix de la diplomatie américaine». C’est maintenant à Condie Rice que s’appliquent ces mots. Egalement Afro-Américaine, cette femme, une célibataire endurcie (elle vient de fêter ses 50 ans), est encore plus coriace que ses collègues Cheney, Rumsfeld ou Wolfowits. Très intime de la famille Bush, elle devrait gérer les dossiers explosifs avec moins d’états d’âme. Contrairement à un Powell qu’on dit «brimé par ses collègues», «Condie» est une femme qui tranche. Elle a un passé académique époustouflant et une expérience acquise dans le «rugueux» dossier russe. Et puis surtout, elle croit fermement à la logique unilatérale de son patron et ne risquerait pas de lui faire défaut comme l’a fait Powell, qui avait tenté de se dédouaner du bourbier irakien. En prenant ses distances vis-à-vis de Bush, Powell avait cessé de jouer aux bons soldats. Au coeur des critiques, Powell voulait, semble-t-il, sauver sa popularité auprès des Américains et assurer une sortie digne à un ancien chef d’Etat-major, qui a fait ses preuves pendant la première guerre du Golfe.Donc, sentant la politique américaine chancelante après l’effondrement de la thèse des ADM en Irak, quoi de plus judicieux que de jeter l’anathème sur les faucons?Mais la suite des événements allait donner raison à Bush et à ses faucons. Réélu à une large majorité, Bush est conforté dans ses choix. La politique sécuritaire remporte haut la main le soutien des Américains.


Zerkaoui, l’épouvantail

Powell a-t-il grillé ses cartes? Probablement non, car il a toujours souhaité n’accomplir qu’un seul mandat. En plus, la situation actuelle en Irak ne lui laisse pas une grande marge de manœuvre. Il est difficile d’envisager une sortie de crise avec un Mossaâb Zerkaoui encore plus énigmatique que Ben Laden. La traque de ce nouvel «épouvantail» des Américains était, officiellement, la cause de l’introduction à Fallouja, où les GI’S auraient commis des massacres. Au Proche-Orient, la touche Powell, plus pragmatique, sera probablement moins marquante que celle de Condolecca Rice, «une femme de grande foi et conviction religieuse», comme la décrit le chef de la diplomatie israélien Sylvain Shalom. Une déclaration qui en dit long dans ce contexte d’hésitation post-Arafat. Powell a toujours soutenu la création d’un Etat palestinien et participé aux réunions du quartette. Peut-être une autre consolation: il finira son mandat avec une visite à Jérusalem et Ramallah. Nadia LAMLILI-------------------------------------------------------------------------(1) Un enfant du Bronx (titre originel: «Mon voyage américain»), Editions Odile Jacob, 1995.

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