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Micro-crédit: A Douar Lahjar, de belles leçons de courage

Par L'Economiste | Edition N°:1792 Le 17/06/2004 | Partager

. Dans ce quartier insalubre de Casablanca, vivent des «femmes entrepreneurs» hors pair. Comment les microcrédits de Zakoura ont sauvé des foyers La misère est parfois source de courage. Elle peut pousser certaines personnes à se surpasser pour arriver à mener un semblant d’existence. Les femmes de Douar Lahjar sont un exemple parmi tant d’autres. Le Douar se situe à la périphérie de Casablanca. En dépassant la zone industrielle d’El Bernoussi, surgit un groupe d’habitations: «Douar Lahjar, littéralement Douar des pierres». Et dans ce douar, les femmes sont vraiment solides. C’est en compagnie de Hanane, responsable de zone à la Fondation Zakoura pour le microcrédit que nous avons mené ce «voyage». Le trajet est long et il fait chaud. Arrivés à destination, nous sommes accueillis par des enfants courants dans tous les sens, des hommes, cigarettes au bec aux coins des maisons... bref, le schéma classique d’un quartier insalubre, un quartier pauvre. C’est ici aussi que la Fondation est venue tendre la main à des femmes, leur offrant les moyens de subvenir à leurs besoins. Il est 9h15, toutes les portes des maisons sont ouvertes, de l’eau coule à flot, c’est l’heure du ménage. Le souci de propreté est apparent. Aucun réseau d’assainissement n’est aménagé. Et les habitants ont creusé eux-mêmes des conduites pour évacuer les eaux utilisées. Dans la rue n°8 (les ruelles sont numérotées), se trouve le centre de la Fondation. Il s’agit d’un local où se rassemblent toutes les femmes ayant bénéficié d’un micro-crédit. Elles viennent une fois chaque semaine, par groupe, pour procéder au remboursement de leur dette. S’ensuit une séance de formation soit en gestion d’entreprise soit en civisme. Cette semaine, c’est une formation en épargne qui est programmée. Dans ce local de la Fondation, se trouve «l’agent de crédit» qui est assisté d’une «Chef de centre». A eux deux, ils font le suivi des affaires des femmes bénéficiaires. Pas facile d’établir le silence dans un tel rassemblement de femmes ! L’arrivée de Hanane n’arrange pas les choses. Toutes, sans exception, la sollicitent. Les femmes du Douar la saluent, lui racontent les derniers potins... Car à force de les côtoyer depuis plusieurs années, elles sont devenues très proches. «Je les connais une à une, je les fréquente, je fais le suivi de leurs projets, j’écoute leurs doléances. Ces femmes sont remarquables. Et à voir où elles en sont aujourd’hui, j’en suis fière», explique Hanane. C’est ce même sentiment, doublé d’une grande reconnaissance envers la Fondation, qui anime ces femmes. «Zakoura nous a permis d’abord de subvenir à nos besoins, de sauver nos enfants de la rue, de les envoyer à l’école. Mais surtout, elle nous a permis d’accéder à une position dans la société. Nous sommes respectées par nos hommes qui voient à quel point nous travaillons pour les aider. Nous sommes devenues émancipées», confient-elles.Toujours en compagnie de Hanane, nous avons visité deux projets parmi les dizaines qui se trouvent à Douar Lahjar. Selon la représentante de la Fondation, ce sont les meilleurs exemples de réussite. Zohra Tarmassi, paraît très jeune. Emmitouflée dans son foulard, elle arbore un sourire triomphant mais tout de même pudique. Elle a commencé le travail bien avant de se marier, pour le compte d’un tapissier. Lorsqu’elle a rencontré les agents de Zakoura, elle a emprunté 1.000 DH. Depuis, c’est l’ascension. Petit à petit, elle est arrivée à acheter un local pour s’installer à son propre compte, et toujours en tapisserie. Mieux encore, une fois mariée, son époux l’a rejointe. Et vu que les commandes abondent, ils ont recruté une personne pour les aider. Zohra essaie de rester à l’affût des nouveautés dans le domaine de la tapisserie. Elle espère pouvoir avoir suffisamment d’argent pour acheter un deuxième local, et pouvoir ainsi s’agrandir. Mais son souhait secret est de sortir de Douar Lahjar pour habiter dans un joli appartement. Un autre parcours de «combattante», est celui de Mahjouba. Mariée à 14 ans, Mahjouba «suit» son mari à Douar Lahjar où elle sera «assignée à domicile» pendant plusieurs années. Elle n’avait pas le droit de sortir. Dans le cas échéant, elle devait porter un voile qui la couvrait entièrement. Cela n’a rien à voir avec la religion, mais plutôt avec la tradition. Elle avait déjà 6 enfants lorsque son mari commençait à manquer d’argent. «Mon mari voulait arrêter la scolarisation des enfants pour qu’ils se mettent au travail. Mais j’ai refusé vigoureusement. J’ai toujours souhaité savoir lire et écrire et je ne voulais pas que mes enfants souffrent comme moi. Je lui ai donc proposé de travailler». Mahjouba tissait chez elle des Hrabel (une sorte de couverture épaisse, faite de morceaux de tissus et de laine). Pour cela, elle envoyait son mari lui chercher tous les haillons de tissus qu’il pouvait trouver. La rencontre avec la Fondation Zakoura a été décisive. Mahjouba, et avec l’argent qu’elle a emprunté, démarre un petit négoce ambulant d’épices. C’est le premier pas vers une réussite fulgurante. Petit à petit, le travail devient de plus en plus fatiguant, elle décide de retirer son voile. «J’avais l’impression que tout le monde me regardait. Mais aujourd’hui c’est terminé. Je suis une femme à part entière, indépendante et fière de l’être». En effet, Mahjouba est aujourd’hui à la tête de deux épiceries, et d’un local où elle confectionne des couvre-lits et des salons marocains. Pour le quatrième projet, c’est son fils qui s’en occupe. Grâce aux chutes des usines de textile, il coud des shorts et autres vêtements, qu’il revend par la suite. «C’est une vraie femme d’affaire, elle est futée. Actuellement, elle négocie avec les usines et passe des commandes en cotons ou en chutes de vêtements pour des valeurs de 10.000 Dh et plus» explique Hanane. C’est sur cet exemple de courage, que nous quittons Douar Lahjar. Prochaine destination, le quartier de Bernoussi. Arrivés sur place, surprise! Les rues sont propres. Plus encore, des espaces verts sont aménagés ici et là. En effet, Hanane, et à travers elle, la Fondation Zakoura, ont de quoi être fières. «C’est à coup de campagnes de sensibilisation et d’accompagnement que nous sommes arrivés à ce résultat. Cela fait près de trois ans que je suis personnellement le problème d’insalubrité, et les résultats sont aujourd’hui encourageants», indique Hanane. Mais comment a-t-elle réussi? Après chaque réunion avec les porteuses de projets du quartier, elle les charge d’informer les voisins de l’heure de ramassage des ordures par les services de la commune. C’est devenu une règle. En plus de cela, «nous avons aménagé beaucoup de points verts. Des lopins de terre, parsemés dans tous le quartier et nous y avons planté des arbres et d’autres plantes. Cette opération, nous l’avons aussi effectuée dans une école» dit Hanane. Le travail est de longue haleine. Mais le plus important pour les «soldats» de Zakoura, est d’arriver à sensibiliser tout le monde quant à l’importance de la propreté, et de la préservation de l’environnement. Quant aux porteuses de projets, ce sont pour la plupart des couturières. Chacune d’elles a contracté un crédit d’une somme importante à rembourser sur une année et demie, afin d’agrandir ses affaires. Elles ont chacune une patente et sont enregistrées au registre de commerce. Convaincre des femmes, très souvent analphabètes, à démarrer un projet est une chose aisée. Mais les assister, les suivre, corriger leurs petites maladresses… en est une autre. Et c’est ici où l’effort de Zakoura apparaît. Ce travail minutieux nécessite beaucoup d’amour et de patience. «Nous nous sentons utiles. Chacun de nous est rentré avec l’idée d’un travail temporaire en attendant de trouver mieux. Et depuis nous y sommes. Les années passent et personne n’a plus le courage de partir», conclut Hanane.


De l’électricité d’abord en attendant l’eau

Autre destination, autre problème et de nouvelles femmes. Cette fois, c’est à Hay Moulay Rachid, dans les abords du tristement célèbre Sidi Moumen (quartier d’où sont issus les kamikazes du 16 mai 2003), où se trouvent des familles ne disposant pas de branchement d’eau et d’électricité. Le problème serait dû à un litige entre la commune et des habitants d’un bidonville qui refusent d’évacuer les lieux. Voyant que la solution traîne, la Fondation a décidé d’intervenir. Elle a ainsi réussi à faire bénéficier les porteuses de crédit, se trouvant dans cette situation, d’un accord avec la Lydec pour un branchement d’électricité.Houda BENBOUYA

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