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Comment intégrer les Arabes en France?
Par Guy SORMAN

Par L'Economiste | Edition N°:1664 Le 17/12/2003 | Partager

Les Français d’origine arabe sont sous-représentés dans l’administration de haut en bas de la hiérarchie, dans l’enseignement supérieur et dans les entreprises; leurs chances de progresser dans la société sont plus faibles que celles de la plupart de leurs concitoyens. Voilà des faits peu contestables et sans doute le péril majeur de la société française. Il suscite bizarrement peu de réflexions fondamentales. L’on devrait s’interroger sur les raisons concrètes de cette discrimination de fait et sur des solutions tout aussi concrètes.Quelles sont les sources de cette inégalité?Elles sont deux pour l’essentiel. Tout d’abord, les Français d’origine arabe issus de milieux modestes partent avec un handicap, le manque de relations sociales et peu d’éducation. Ensuite, le parcage dans des enclaves géographiques renforce ces handicaps, suscite une sous-culture locale qui rend l’intégration difficile et renforce les préjugés racistes. Les solutions? De tradition, en France, on attend que la situation s’améliore toute seule, en deux ou trois générations, comme pour les immigrés italiens, espagnols, polonais, russes… de naguère. Mais pour les Arabes, le temps est passé et rien ne s’améliore. Ceci a une raison bien simple: l’école n’a pas joué son rôle, parce que les immigrés arabes en France sont restés à l’écart de leur fait et du fait des Français de souche, et aussi parce que l’économie exige un haut niveau de formation qui ne permet plus d’employer une main-d’oeuvre peu qualifiée. . Rétablir l’égalité des citoyensPeut-on agir sur les conséquences sans attendre que les causes soient modifiées? C’est ce qui a été entrepris aux Etats-Unis pour les Noirs, puis pour d’autres minorités défavorisées (comme les Latinos, les Indiens) à partir des années 60. Une politique dite “d’affirmative action” (un concept souvent traduit en français par “discrimination positive”, ce qui est un contresens). Il revient au Président Johnson, en 1965, d’avoir fixé l’égalité comme un résultat à atteindre sans plus tergiverser sur l’analyse infinie des causes.C’est un principe que Nicolas Sarkozy, le ministre de l’Intérieur français, vient de reprendre à son compte, pour être immédiatement contredit par le chef de l’Etat, le Premier ministre ayant une position intermédiaire. Mais, au juste, de quoi parle-t-on  dans cette affaire?Puisque ce débat renvoie explicitement à la pratique américaine, mieux vaudrait connaître celle-ci. Or, cette pratique n’est pas du tout ce que l’on en dit en France. Les Etats-Unis ne sont en effet pas fondés sur des communautés mais ils sont basés, comme la France, sur la citoyenneté  individuelle. Le but de l’action affirmative est donc de rétablir l’égalité entre les citoyens quelle que soit leur origine ethnique ou leur religion.. Promouvoir le principe de diversitéCette égalité n’est pas obtenue par des quotas par race, car ceux-ci sont interdits, contrairement à ce que l’on croit généralement. La discrimination positive sur la base de l’origine ethnique ou du sexe aux Etats-Unis serait contraire à la Constitution. En revanche, les établissements d’enseignement, l’armée, les administrations, les grandes entreprises font tous appel au principe requis par la loi et par la justice, de la diversité (terme souligné par l’auteur).Si le gouvernement français souhaitait poursuivre son exploration de solutions à l’américaine, c’est donc le principe de diversité qu’il conviendrait d’appliquer chez nous. Ce principe suppose qu’il est de l’intérêt national que les élites soient à l’image de la société. Si cette société compte des minorités, mieux vaut que celles-ci soient présentes au sommet des hiérarchies et à tous les niveaux de responsabilité. C’est ainsi qu’aux Etats-Unis, dans les universités, les administrations, l’armée, les entreprises, les Noirs et de plus en plus les Latinos et les Indiens sont présents, en nombre significatif. La société américaine en est devenue plus diverse et aussi plus paisible. La révolte des Noirs des années 70 a été éteinte, une classe moyenne est apparue, la politique étrangère américaine est dirigée par deux Noirs: Mme Rice et M. Powell.Mais comment parvenir à la diversité sans quotas? Les universités et l’armée américaines considèrent que dans le dossier d’un candidat, les notes à elles seules ne suffisent pas à mesurer le mérite. D’autres qualités interviennent comme l’expérience humaine. Ces candidatures diverses sont appréciées en fonction du candidat mais aussi de ce qu’il va apporter à ses futurs camarades. N’est-il pas de l’intérêt des officiers ou des étudiants d’être formés en compagnie des minorités? La diversité est donc un exercice de connaissance réciproque entre des hommes et des femmes de cultures distinctes, de manière à les préparer à mieux vivre ensemble dans une société complexe.Ce principe de diversité peut conduire à des aberrations et ce sont toujours ces cas limites que la presse dénonce. Mais peu aux Etats-Unis remettent en cause ce principe et ses vertus. Le débat porte sur la durée de l’affirmative action: combien d’années encore avant de supprimer ces aides aux minorités? Les conservateurs estiment que cela suffit, les libéraux demandent encore 25 ans.Telle est rapidement esquissée, la situation américaine dont les gouvernants français pourraient s’inspirer pour intégrer les Arabes. Mais une politique de la diversité exigerait, au préalable, un accord général sur l’existence de la discrimination. Les Français d’origine arabe souffrent-ils ou non d’une discrimination de fait? Les mécanismes classiques de l’intégration spontanée fonctionnent-ils ou non? S’ils sont grippés, les pouvoirs publics doivent-ils agir ou ne rien faire? Quels seraient les inconvénients du principe de diversité (car il y en a), par comparaison avec les inconvénients (évidents) de l’inaction? Et qui propose autre chose?Enfin, il faudrait s’interroger sur l’application expérimentale du principe de diversité tel qu’il est déjà appliqué à l’Institut d’études politiques de Paris ou à la Société des transports de Marseille?Au terme de ces réflexions, la société française pourrait s’engager tout entière dans une politique d’intégration qui concernerait tous les acteurs, publics et privés, civils et politiques. Mais je reconnais que ces propositions concrètes sont moins passionnantes que les invectives sur la discrimination positive ou l’agitation du foulard.

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