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Affaires

Casablanca: Des prisonniers poètes

Par L'Economiste | Edition N°:1927 Le 29/12/2004 | Partager

. Le premier recueil des jeunes détenus du centre d’Okacha sortira prochainement. Une action initiée par l’association Cercle Shahrazade«Je suis. Un enfant sage. Sage par crainte des parents. Ne sachant pas pardonner. Je suis. Une âme consciente. Consciente de son chagrin. Et s’enlisant dans le désespoir.Je suis. Le reste d’un homme. Homme sans liberté. Marchant vers la mort…». Ce passage est extrait du recueil de poèmes «Aswat chabba khalfa al kodbane» (littéralement, des voix jeunes derrière les barreaux), écrit par les jeunes détenus du Centre de réforme d’Okacha, à Casablanca. Initié par l’association Cercle Shahrazade depuis janvier 2001, ce travail verra le jour prochainement. Réunissant une cinquantaine de poèmes et quelques textes en prose, ce projet est le fruit de quatre années de travail avec les jeunes détenus. «Nous sommes à notre cinquième promotion. Des ateliers d’environ trois heures sont animés une fois par quinzaine. Malgré leur état de détention, les jeunes élèves sont traités comme des personnes libres. Nous essayons de donner une dimension humaine à ce que nous faisons», souligne Latifa Liraki, présidente de l’association Cercle Shahrazade. «Nous essayons de faire sortir ces jeunes de la prison, ne fusse que par imagination», ajoute-t-elle.En ce vendredi après-midi, une vingtaine de jeunes détenus se sont regroupés autour d’une grande table en compagnie de deux encadrants. Enchantés et déterminés, ils lisent tour à tour leurs esquisses dans une ambiance bon enfant. Poèmes et contes sont lus et longuement applaudis par des élèves, formateurs et gardiens. «La liberté, la mère, la patrie et la souffrance sont les thèmes les plus traités», avance Abdelaziz Al Ayar, encadrant. Pour participer aux ateliers, deux critères doivent être remplis par les candidats. Un: la durée de détention doit dépasser au moins six mois. «Pour que l’élève puisse bénéficier entièrement de la formation», explique Al Ayar. Deux: le candidat doit avoir un bon niveau de scolarisation.Selon Latifa Liraki, cette initiative entre dans le cadre des ateliers d’écriture initiés par l’association. «Nous sommes motivés par l’importance de l’acquisition, par les jeunes, d’un langage pour s’exprimer. Notre travail avait commencé dans les collèges et les lycées», affirme la présidente. Au cours des premières années dans le Centre, les formateurs du Cercle Shahrazade animaient des ateliers de contes, en langue française, et des ateliers de poésie, en langues arabe et française. Cette année, c’est la nouvelle en langue arabe qui est à l’honneur. Des séances de lecture en langue française sont également programmées à la bibliothèque du Centre. «Le Centre de reforme d’Okacha dispose d’une magnifique bibliothèque que les membres des ateliers d’écriture peuvent utiliser», indique Latifa Liraki.Pour Rachid, 21 ans, les séances de l’atelier d’écriture lui font procurer un sentiment de liberté. «C’est magique. Je me sens transporté hors des murailles de la prison», avance-t-il, enthousiaste et ému. Pour ce jeune détenu qui purge une peine de deux ans, c’est sa deuxième année comme membre de l’atelier. Il avait déjà fait partie de l’atelier de poésie l’année précédente et avait composé un poème intitulé «Pour El Hoceïma», en hommage aux sinistrés du tremblement de terre. Pour Mohamed, c’est sa première expérience dans l’atelier. «Les séances sont pour moi un moment d’évasion. Grâce à la lecture et l’écriture, je quitte la prison, l’espace d’une après-midi. Ma joie est immense à l’approche du vendredi après-midi», avance-t-il. Ce jeune de 19 ans a écopé d’une année de prison pour vol de portable qu’il conteste. Aujourd’hui, pour ne pas rater l’atelier, il n’a pas reçu sa famille, venue lui rendre visite. «Les contes et la poésie font fondre les barreaux et me font flâner au-delà des murs du Centre», ajoute-t-il, avant d’être interpellé. De son côté, Abderrahim Fliou, le deuxième encadrant de l’atelier, explique que pour pousser ces jeunes pleins de talent à sortir ce qu’ils «ont dans les tripes», la meilleure méthode est de préconiser une approche d’échange mutuel. «Il faut les mettre en confiance et les traiter comme des camarades. Au bout de quelques semaines, et par le témoignage du personnel du Centre, leur comportement change sensiblement. Ils sont moins agressifs et plus intégrés», témoigne l’encadrant.


Pour l’amour de la lecture

Créée en mars 2000, l’Association culturelle Cercle Shahrazade regroupe une quarantaine de membres. Laquelle veut faire ressusciter, via les ateliers qu’elle organise, le plaisir de la lecture et le désir de l’écriture. «La compétence linguistique ne peut s’acquérir que par le biais des ateliers qui offrent une opportunité de dialogue, d’écoute, d’échange et d’enrichissement mutuel», indique Latifa Liraki. L’association souhaite également faire découvrir et renouer avec les patrimoines national et humain, œuvrer pour une libération de l’imaginaire des jeunes, et finalement constituer une bibliothèque ambulante mise à la disposition des jeunes. Mohamed AKISRA

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