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Affaires

«Avec Club Med, nous devenonsune force de négociation»
Entretien avec Paul Dubrule, cofondateur du Conseil de surveillance du groupe Accor, 127e fortune de France

Par L'Economiste | Edition N°:1927 Le 29/12/2004 | Partager

. Dubrule insiste fortement sur la distinction entre les deux identités. Optimiser les achats et rationnaliser les dépenses, objectifs essentiels du rapprochement. La croissance mondiale du tourisme sera dopée par les ChinoisCofondateur avec Gérard Pélisson du groupe Accor, Paul Dubrule, dont la photo orne tous les hôtels de la chaîne, a accordé une interview exclusive à L’Economiste, dans laquelle il explique les dessous du partenariat conclu avec le Club Med. Très détendu mais l’œil toujours aussi vif, cet ancien parlementaire, qui n’accorde pratiquement jamais d’interview, a mis l’accent sur le volet des RH qu’il considère comme primordiales dans toute entreprise, citant çà et là les expériences qui ont jalonné sa carrière. Paul Dubrule également classé 127e fortune de France dans les années 90, a bien voulu se prêter au jeu des questions/réponses avec L’Economiste.- L’Economiste: La Commission européenne vient de donner son accord pour la prise de participation du groupe Accor dans le Club Med. Concrètement, qu’y gagnerez-vous et que changera ce partenariat à terme? - Paul Dubrule: Ce partenariat ne changera absolument rien en apparence, mais permettra aux deux groupes de réunir leurs synergies en back-office. Nous devenons ainsi une force de négociation vis-à-vis des fournisseurs avec un chiffre d’affaires beaucoup plus important. Toutefois, les identités des marques demeurent bien distinctes. Accor est leader dans l’hôtellerie d’affaires et de loisir aussi. Le Club Med a pour sa part une identité et un concept fort, un produit original dans le monde du tourisme de loisir. Il va de soi que nous avons beaucoup à apprendre de l’expertise de chacun. Comme nous avons beaucoup à donner dans l’ingénierie, dans la gestion des ressources humaines. Ce sont là les premières synergies, sans aller vers un mélange des produits. - Quelles synergies comptez-vous donc développer? - Les gains et les économies d’échelle à réaliser sont effectivement énormes. Nous avons défini trois grands domaines en dehors de l’accroissement du chiffre d’affaires. En fait, c’est dans l’optimisation des achats qu’il y aura plus de gains. Ce sont des économies d’échelle immenses à faire dans l’aérien par exemple. Etre un groupe avec autant d’unités et de clients nous donne plus de poids dans les négociations avec les compagnies aériennes. Il est sûr aussi qu’à moyen terme, nous devrions réfléchir sur les meilleurs moyens pour améliorer le transport de nos clients. Par ailleurs, de grandes économies d’échelle pourront également être effectuées dans le consommable, à savoir l’alimentation, l’énergie, l’informatique, la communication ou encore le marketing. Et ce sont des services qui représentent d’importantes dépenses. Au Maroc par exemple, le consommable représente pour les deux partenaires quelque 400 millions de DH. Ce sont aussi 4.200 chambres et 3.200 salariés. Enfin, le gain sera aussi perceptible dans les ressources humaines. A ce niveau, les synergies sont qualitatives et permettront d’offrir de nouvelles perspectives aux collaborateurs des deux groupes en renforçant la mobilité et l’attractivité des métiers de l’hôtellerie et du tourisme. C’est en faisant confiance à nos équipes que l’on peut avancer. - Ce nouveau partenariat se répercutera-t-il sur les investissements au Maroc? Certains estiment votre présence plus forte en Egypte…- Nos projets de développement avancent bien merci. A Marrakech, nous avons deux projets en cours dont un deuxième Ibis et un Mercure quatre étoiles en face du Sofitel. A Essaouira, nous sommes partenaire et chef de file en tant qu’aménageur de Mogador. En réalité, le Maroc est le premier pays où le groupe Accor est présent avec 17 établissements et des investissements en fonds propres à travers le Fonds Risma. Le Club Med y est tout aussi fortement implanté. Une de nos réflexions sera certainement orientée vers un meilleur montage pour nos futurs investissements. - Doit-on comprendre que le Fonds Risma va être revu? - Tout ce que je peux dire, c’est que ce nouveau partenariat entre le Club Med et Accor, nous incite à être plus imaginatif et à entrevoir de nouveaux horizons de coopération. Historiquement, nous avons toujours fait du pied à la CDG, partenaire dans le fonds pour le développement du Club Med. Ce fut notamment le cas lors de l’augmentation du capital du Fonds Risma. C’est sûr que nous aurons à imaginer d’autres montages. - Pour quelles raisons le groupe Accor s’est-il retiré d’un grand projet au Maroc, celui de la zone de l’Aguedal à Marrakech? - Dans le tourisme, il est difficile parfois d’être leader. Difficile aussi de s’implanter dans de nouvelles zones. Celles-ci ont besoin de temps, parfois 20 ans, pour prendre réellement forme. Or, l’investissement dans une unité est immédiat et les retours sur investissement demandent beaucoup plus de temps pour les hôteliers. Rien à voir avec l’aménageur qui, lui, rentrera dans ses frais, au maximum 3 à 4 ans plus tard. Je vous rassure toutefois, tout ce que nous avons demandé à l’aménageur, c’est un report dans le calendrier. Vous savez, l’hôtellerie est gérée par trois facteurs. D’abord, l’investissement, qui est énorme, auquel l’on rajoute l’acquisition de terrains à fort prix. Il faut ensuite prendre en considération les coûts de financement et ceux de l’exploitation, car un hôtel a besoin d’une mise à niveau tous les 6 ans au moins. - Quelles répercussions pourrait avoir la crise du pétrole sur le tourisme mondial?- Je ne pense pas que l’augmentation du prix du baril aura une quelconque retombée sur l’activité touristique mondiale. En revanche, la faiblesse du dollar oui, surtout par rapport à la zone euro. De plus, l’Organisation mondiale du tourisme est très optimiste. Selon ses dernières statistiques, elle prévoit une croissance à deux chiffres du secteur pour au moins dix ans (NDLR: 1,5 milliard de touristes d’ici 2010). Et n’oubliez pas que si les Chinois représentent une menace économique à plusieurs égards, au niveau du tourisme, il s’agit d’une aubaine. Eux qui n’avaient pas le droit de voyager il y a quelques années, vont bientôt affluer aux quatre coins du monde et principalement en Europe. - Vous vous êtes retiré officiellement des Antilles pour des raisons de qualité et de syndicats. Que cache ce retrait?- En fait, c’est vraiment une affaire franco-française. Je pense qu’en accordant beaucoup d’assistance, on étouffe le volontarisme. Aux Antilles, nous avons tout simplement constaté (NDLR: après 30 années d’implantation) que les syndicats des travailleurs ne laissaient aux entrepreneurs aucun gain. Nous voulions nous retirer discrètement, sans pour autant nous désengager totalement puisque nous gardons des enseignes aux Antilles. Il en fut autrement. La presse s’est emparée d’un rapport destiné à Chirac et en a fait ses choux gras. Ce n’est pas une mauvaise chose d’ailleurs puisque cela a permis de lever le voile sur d’autres désaccords. Finalement, ce cri aura été bénéfique à la région.


Celui qui a cofondé Accor

Né le 6 juillet 1934 à Tourcoing, Paul Dubrule est le fils d’un industriel spécialisé dans l’imperméabilisation des tissus. A partir du concept américain des hôtels franchisés en bordure d’autoroute, il a fondé, avec Gérard Pélisson et en s’appuyant sur sa fortune familiale, le groupe hôtelier Accor. C’est en 1967 à Lille Lesquin que le premier Novotel voit le jour. Avec Novotel, Dubrule et Pélisson ont introduit en France le concept de l’hôtellerie moderne de chaîne. Ils ont appliqué à l’hôtellerie les principes de l’hypermarché qu’ils avaient appris aux Etats-Unis. Le management original mis en place par Dubrule et Pélisson marque fortement la culture d’entreprise du groupe Accor. La responsabilisation des salariés est aujourd’hui l’une des valeurs fortes de l’entreprise. Ils se sont aujourd’hui retirés de la gestion quotidienne du groupe (désormais confiée à Jean-Marc Espalioux) mais continuent à coprésider le Conseil de surveillance. Diplômé de l’Institut des hautes études commerciales de l’Université de Genève, Paul Dubrule est, avec Gérard Pélisson, coprésident de la chaîne hôtelière Novotel de 1971 à 1983. Il est ensuite coprésident de Accor, de 1983 à 1996, puis coprésident du Conseil de surveillance de Accor depuis 1997. Maire de Fontainebleau de 1992 à 2001, Paul Dubrule est sénateur de Seine-et-Marne depuis 1999. Il est également président de “Entreprise et Progrès” depuis novembre 1997 et cofondateur du World Travel and Tourism Council (WTTC). La liste des distinctions est encore longue. Paul Dubrule est également officier de la Légion d’honneur et chevalier de l’Ordre national du mérite, élu personnalité de l’année en 1999 et man of the world, catégorie Hôtellerie en 1982.Propos recueillis par Radia LAHLOU & Badra BERRISSOULE

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