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    International

    «Nous sommes prêts pour la paix«
    Entretien exclusif avec Saeb Erekat, chef négociateur palestinien

    Par L'Economiste | Edition N°:2161 Le 30/11/2005 | Partager

    Le Centre de dialogue stratégique, dirigé par un ancien chef du Mossad, Dany Yatom, organisait récemment au Collège académique de Netanya, une conférence qui réunissait des intervenants de très haut niveau. On peut regretter que ce projet n’ait pas permis une participation palestinienne plus importante. Les Israéliens excellent dans la démarche qui consiste à se congratuler mutuellement. Les sujets abordés et en particulier, les témoignages apportés par ceux qui ont côtoyé Rabin dans son intimité étaient des plus intéressants. Les analyses de Martin Indyk, celle du professeur Galia Golan, l’exposé brillant et juste de Lionel Jospin ont conquis l’auditoire. En marge de cette conférence, le chef négociateur palestinien, Saeb Erekat, dont on connaît la verve provocatrice répond à quelques questions de L’Economiste. - L’Economiste: Pensez-vous qu’Ariel Sharon en tant que Premier ministre pourrait accéder à la majorité de vos exigences politiques?- Saeb Erekat: Nous l’avons déjà exprimé à plusieurs reprises, quel que soit le choix des électeurs israéliens, nous le respecterons. Ce n’est ni moi, ni mes compatriotes palestiniens qui allons élire le Premier ministre israélien. Pour nous, l’homme qui sera choisi et désigné chef du gouvernement sera en quelque sorte notre partenaire pour discuter, pour négocier. Nous n’avons aucune préférence et nous nous interdisons de faire des commentaires qui seraient une intrusion inopportune dans la vie politique israélienne.On ne peut pas dire que ce soit le cas des Israéliens qui interviennent à tout bout de champ dans les affaires internes palestiniennes et qui menacent même d’intervenir si les partis qui ne leur conviennent pas participent aux élections. Où est la démocratie là-dedans, je me le demande? Et s’il y avait de la part de ce que l’on appelle les militants le projet de rejoindre une approche légaliste, on ne peut pas dire que le gouvernement israélien les y encourage. En bref, nous ne souhaitons pas que les Israéliens viennent perturber ces élections qui sont importantes pour nous et que nous souhaitons voir se dérouler sans aucune entrave, actives ou passives. Tous les Palestiniens doivent pouvoir voter librement et c’est à ce prix que la démocratie pourra exister. Il faut savoir regarder l’avenir.- Mais en ce qui concerne justement l’avenir des négociations?- Je remarque que le chef du gouvernement actuel n’a pas voulu revenir à la table des négociations. L’ensemble des mesures qui ont été prises, y compris le retrait de Gaza, a été fait de façon unilatérale et sans réelle coordination avec l’autorité palestinienne. Nous saluons non seulement la démarche politique de Sharon mais aussi et surtout son courage d’avoir su affronter cette situation, éviter les pièges et mener cette opération à son terme malgré une situation complexe. Il a mené cette entreprise comme un général, comme un militaire. Nous souhaitons que cette démarche soit suivie rapidement par d’autres mesures qui soient cette fois politiques. On ne peut pas évoquer éternellement une situation sécuritaire qui objectivement est en train d’évoluer vers un niveau très bas de violence. Il n’est pas juste de dire que le Président Mahmoud Abbas n’est pas un partenaire pour la paix. Un de ses objectifs majeurs est la sécurité et en premier lieu, la sécurité pour son peuple, à la fois de faire respecter la loi, d’intégrer les militants dans le fonctionnement des institutions démocratiques. Les Israéliens ne peuvent plus dire qu’ils n’ont pas de partenaire. Qu’ils cessent de nous traiter avec dédain et condescendance. Il semblerait que quoi que l’on fasse, et quel que soit le dirigeant palestinien, il soit suspecté d’alimenter la violence et le terrorisme. Je crois que même si Mère Theresa était à notre place, elle serait soupçonnée d’être une terroriste et donc «pas un partenaire pour la paix». Nous attendons avec une certaine fébrilité la reprise des négociations. Le gouvernement palestinien est prêt pour la paix, le peuple palestinien est prêt à lui donner un mandat pour la paix qu’il appelle de ses vœux. - Pensez-vous que le peuple israélien est prêt?- J’en suis absolument convaincu. D’ailleurs, il suffit de faire un calcul rapide et l’on arrive rapidement à 65%, voire 70% des Israéliens qui sont définitivement dans le camp de la paix. Et même parmi les 35 ou 40% qui seraient hostiles à un règlement sous la forme de deux Etats reconnus dans leurs frontières, il y a une majorité silencieuse qui attend de voir pour se prononcer et pour surmonter une forme d’appréhension ou une peur métaphysique de l’inconnu. - On honore la mémoire d’Itzhak Rabin qui disparaissait il y a dix ans. Mais il y a un an, c’était le Président Arafat qui nous quittait…- Rabin aurait-il fait la paix avec un fantôme? Non, cette paix, il l’aurait signée avec Arafat, il ne faut pas l’oublier. L’histoire saura lui rendre justice. Pour nous, il est un symbole de notre lutte pour l’indépendance de la Palestine.- Pensez-vous pouvoir y arriver seuls?- Il est certain que l’intervention de pays amis, ou en ce qui concerne le Maroc de pays frère, est très importante. Le Maroc et son roi, Mohammed VI, peuvent jouer un rôle décisif pour la paix de notre région. En fait, le Maroc est un pays de paix et ses citoyens sont des hommes de paix et de dialogue. Le Maroc a toujours été aux côtés des Palestiniens et cette attitude de solidarité est très appréciée par les dirigeants et par le peuple palestinien.


    Il faut reprendre la feuille de route

    - Vous avez maintenant au terminal de Rafah à la frontière avec l’Egypte, un pont de passage souverain. Quelle est la prochaine étape, le port de Gaza, la réouverture de l’aéroport?- Bien entendu, l’ouverture de ce point de passage est un point positif. Elle va permettre grâce à un arbitrage de la secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice -que nous remercions et grâce à la présence effective sur le terrain de nos amis européens-, à ce que les personnes et les biens puissent circuler avec moins de contraintes. Mais ce que nous souhaitons, c’est reprendre la feuille de route et discuter de l’ensemble des questions de façon globale. Voilà ce que nous souhaitons: discuter avec un partenaire sincère et déterminé. Nous sommes prêts.Propos recueillis par Claude SENOUF

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