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Economie

Le poulet de chair malmené par la pandémie

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5854 Le 30/09/2020 | Partager
Pertes colossales et fermetures de plusieurs élevages
La désorganisation de la filière aggrave sa fragilité

4 milliards de DH de pertes depuis le mois de mars. C’est l’estimation de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA) au sujet des dégâts collatéraux de la pandémie du coronavirus. Selon les professionnels de la filière, l’impact des mesures d’urgence a été tout particulièrement ressenti par les  élevages avicoles.    

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Après la flambée des derniers jours, l’interprofession entrevoit un retour à la normale dans les deux prochaines semaines (Ph. AG)

La vague de fermetures des hôtels, restaurants, réfectoires, salles de fêtes, combinée à l’annulation d’événements et à l’arrêt de l’activité des traiteurs, a  fortement impacté la demande. Sans oublier aussi la fermeture des frontières et celle des souks hebdomadaires. Résultat, une baisse drastique de la demande sur les viandes blanches. «Le recul estimé à 40% s’est soldé par une  forte perturbation du marché et une chute des prix de vente du poulet de chair à la ferme passant de 11,50-12,00 DH/kg vif à 5,50-7,00 DH», souligne la FISA.

Toutefois, nombreux sont les aviculteurs qui ont réduit leurs productions ou mettre pratiquement fin à leurs activités. D’où une baisse de l’offre accompagnée d’un renchérissement des prix. Pour la FISA, le prix à la ferme aurait atteint 15 DH/kg vif sur une dizaine de jours avant de tomber lundi dernier à 13 DH/kg. Bien évidemment, ces niveaux de prix il faut les augmenter du double, voire plus pour la vente au détail. Du coup, c’est à la fois le producteur et le consommateur qui laissent des plumes.

Mais pour les éleveurs, la débâcle du marché et ses conséquences financières ont entraîné des faillites en cascade. Surtout que les aviculteurs  ont été exclus du dispositif de soutien de la CNSS et que la plupart d’entre eux n’ont pas pu bénéficier des dispositifs «Damane Oxygène» et «Damane Relance».

De fait, la filière souffre de limites structurelles touchant ses maillons fondamentaux: l’abattage et la distribution. L’abattage contrôlé ne porte en effet que sur moins de 10% de la production. Tout le reste relève des ateliers des quartiers, appelés Ryachates.

La situation vécue depuis l’apparition de la pandémie au Maroc aurait pu être atténuée si la filière était structurée autour de pôles de production, d’abattage et de distribution modernes et salubres. La baisse de la demande ou la surproduction auraient aisément trouvé leurs solutions dans le stockage sous froid.  

Pour les professionnels, la situation  «de fluctuation des prix va perdurer tant que les mesures prévues pour la mise à niveau des circuits de commercialisation et de distribution des volailles ne sont pas déployées». Il s’agit en particulier de la construction du nouveau marché de gros aux volailles de Casablanca sur le site de Aïn Jemaâ, annoncée en grande pompe l’année dernière. Le projet est également jumelé à la conversion des tueries en lieux de vente de la volaille, moyennant une subvention. Mais jusqu’à présent, rien n’a vu un début de réalisation.

Pour les éleveurs, il s’agit tout simplement d’appliquer la loi qui remonte maintenant à plus d’une décennie. En  amont, la règlementation est observée par la majorité des élevages car, agréés par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (Onssa). Alors qu’en aval, des tueries insalubres prolifèrent en marge  des règles d’hygiène les plus élémentaires.

«Une situation à mettre sur le dos du ministère de l’Intérieur», accusent les professionnels. S’ajoute également l’implication des communes qui les autorisent sans se soucier des prescriptions règlementaires.  La même réglementation est aussi «occultée» par une grande partie des acteurs de la restauration collective (restaurants, hôtels, hôpitaux et cantines) qui s’approvisionnent  auprès de grosses tueries. Quitte à faire courir des risques sanitaires à leurs clients.

Résultat, le nombre de «ces abattoirs sauvages» est passé de 8.000 en 2007 à 13.900 en 2017 selon le dernier recensement du ministère de l’Intérieur. Entre-temps, une dizaine d’abattoirs modernes sur les 25 qui s’activaient ont fermé et trois autres ont suivi en 2019. Le reste, qui assure quand même entre 7.000 et 8.000 emplois directs, fonctionne à 50% de sa capacité.

                                                                      

Circuit à 100% hors normes

Entre 25.000 et 30.000 emplois. C’est le nombre de postes généré, par les 14.000 tueries. L’estimation est partagée entre les professionnels et le ministère de l’Intérieur. Ce circuit n’étant pas déclaré, l’Etat ne récupère pas l’ensemble des impôts y afférents (IS, IR) et ne prend pas en compte les revenus qui en découlent dans le calcul du PIB et de la valeur ajoutée. L’ensemble  fonctionne  sans agrément. En revanche, le circuit bénéficie d’autorisations d’exercice délivrées par les communes bien que la loi l’interdit formellement. Même le cahier des charges fixant les conditions requises pour l’abattage des volailles destinées exclusivement aux ménages n’est pas respecté. Ce cahier ayant fait l’objet d’une circulaire conjointe des ministères de l’Intérieur et de l’Agriculture datée de juillet 2007. Pour le moment, une seule tuerie aurait été mise à niveau dans tout le pays.

A.G.

 

 

 

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