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International

Algérie: Les grands axes du programme économique

Par Nadia SALAH | Edition N°:5828 Le 25/08/2020 | Partager
En de nombreux points, ce plan ressemble à celui du Maroc à la fin des années 1970
Le président Tebboune réintroduit ses propres idées
Economie des devises, contrôle des importations, baisse du dinar…

Le président algérien Abdelmajid Tebboune et son premier ministre, Abdelaziz Djerad, ont par petites touches présenté les grands axes de leur politique économique.

Elle repose sur la lutte contre les anciens barons du régime Bouteflika et la substitution aux importations. Cette stratégie est très proche de celle qu’il avait annoncée en 2017, lorsqu’il fut ministre du commerce (par intérim) pendant sept mois, juste avant d’être nommé Premier ministre de Bouteflika, pendant 4 mois. La succession des postes, indique que cette politique n’était pas aussi mal vue par la «issaba», les réseaux d’intérêt et de clientèle qui gouvernent l’Algérie.

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Le grand complexe pétrochimique d’Arzew, géré par la Sonatrach. Durement frappé par la baisse des prix du pétrole, Alger doit aussi redresser l’exploitation de ses ressources, affaiblie par le manque de maintenance et le vieillissement normal des équipements. «Je ne veux plus voir d’importation de carburant» a dit le Président Tebboune  (Ph. Algérie Liberté)

Récoltes excellentes

La chance a voulu que cette année 2020, la récolte céréalière sera d’environ 50 millions de qx, au-dessus des dernières années. Pour comparaison la meilleure récolte de tous les temps était celle de 2009, avec 52 millions de quintaux. Comme au Maroc la variabilité des récoltes est très importante: au cours des deux dernières décennies, plusieurs années n’ont pas atteint le million de quintaux. Ce qui ne préoccupait guère les gouvernements sachant qu’ils avaient plus de recettes pétrolières qu’il n’en fallait pour acheter la nourriture sur le marché mondial.

Le président Tebboune veut changer cela, à marche forcée et surtout rapide. Il veut que l’Algérie devienne exportatrice de denrées alimentaires, si possible transformées. Il a donné en exemple une grande usine sucrière appartenant au Groupe Cévital.  C’est la plus grande d’Afrique. Elle produit du sucre pour l’exportation à partir de l’importation d’orge. Le groupe jouit d’une bonne réputation, à l’opposé des oligarques issus des réseaux politiques et militaires. Le système d’import/réexport permet d’éviter les affres politiciennes, pour une activité pourtant très politique (voir encadré).

Le gouvernement Djerad multiplie les sorties et exemples, fussent-ils très petits, pour encourager les jeunes à se lancer dans l’agro-alimentaire en particulier et dans l’entreprise en général.
Si l’agro-alimentaire est clairement le symbole de la nouvelle politique économique, l’énergie reste évidemment sa valeur sûre.

Essoufflement chez les hydrocarbures

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En uniforme mais la tête découverte devant le chef de l’Etat (qui le décore), le Général Ahmed Gaïd Salah a assuré la transition entre Bouteflika et l’élection de Tebboune. Moyennant quoi, dès sa mort, le militaire a été chargé des maux du «Système» et ses hommes sont en prison ou en fuite (Ph AL)

L’énergie, hydrocarbure et gaz, est dominé par le monopole de la Sonatrach, avec ses deux grandes filiales, Sonelgaz et la distribution: 36 milliards de dollars d’exportations (6 milliards de dollars pour l’OCP). Les exportations et les impôts du groupe alimentent les réserves en devises et le budget de l’Etat. Mais le système atteint sa fin. Vache à lait syndicale et étatique, comme le fut l’OCP des années 1960-70, la Sonatrach sort cette année des déficits d’autant plus inquiétants que cela ne lui ait jamais arrivé.  Déficits impactant directement le Commerce extérieur et le budget.

Le président Abdelmajid Tebboune, a tonné devant les walis, « qu’il ne voulait plus voir d’importation de carburant en Algérie». Ces réunions se tiennent régulièrement deux fois par an. Elles servent à mettre les walis au courant des axes politiques, et sont en général ouvertes à la presse.

Donc le Président de la République algérienne a donné deux ans, pour que disparaissent les importations de carburants, à remplacer par des exportations. Il n’a pas précisé à quelles conditions de prix devait s’opérer cette inversion. En effet si un gouvernement subventionne une exportation il est facile de conquérir des marchés, intérieur et extérieur, mais ce sera au prix de la ruine de la nation. Par exemple, au temps des subventions sur le sucre, le Maroc exigeait des exportateurs de bonbons de restituer ladite subvention.Néanmoins il est étonnant de trouver notre voisin dans le rôle d’importateur de carburant. La réalité est complexe.

D’abord, Alger est entré dans un cycle technique de baisse de sa production de pétrole comme de gaz. La raison n’est pas la baisse des réserves, au contraire.  La Sonatrach paye le prix d’années durant lesquelles les entretiens des puits et des pompages ont été mal ou pas faits. Le rattrapage prendra beaucoup de temps et beaucoup d’investissements. Le Maroc avait fait cette bêtise économique dans les années 1970, croyant faire des économies. Il a mis une dizaine d’années pour remonter la pente des infrastructures laissées sans entretien sérieux. Des secteurs comme la santé ne s’en sont jamais relevés. Pour d’autres domaines comme les routes, les mines… il a fallu inventer des systèmes budgétaires spéciaux pour sauvegarder les dépenses d’entretien.

La négligence de l’entretien accroît lentement et inexorablement les coûts de revient, et donc affaiblit la position compétitrice. A l’échelle gigantesque, des hydrocarbures algériens, d’une part l’effet sur l’économie est très handicapant, d’autre part il rend difficile la stratégie de recherche du meilleur prix.

Un exemple parmi d’autres: l’Algérie a deux fois moins de capacités de stockage utilisables que le Maroc, lequel, pour des raisons inconnues, a pourtant négligé de se réapproprier les cuves de la Samir.

                                                                        

Cevital, une réussite très spéciale

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Personnalité souriante et aimable, d’origine kabyle, Issab Rebrab est le fondateur du premier groupe privé d’Algérie. Il vient de rentrer en grâce: pour la première fois, à la mi-août 2020, il a été invité au colloque officiel sur la relance de l’économie algérienne. (Ph. Algérie Liberté)

On ne sait pas comment Issab Rebrab a pu échapper au système politique de son pays. Il est très douteux qu’il se soit compromis d’une façon ou d’une autre. En revanche ses origines kabyles, sa réputation internationale et les emplois (18.000 collaborateurs dont les deux tiers en Algérie; 21.000 à l’OCP) l’ont sans doute protégé.

Durant les vingt dernières années, le gouvernement Bouteflika lui a régulièrement créé des ennuis administratifs. Mais les employés et ouvriers du groupe organisaient des manifestations monstres contre l’Etat, notamment dans le fief de Bejaïa. Par deux fois ces cinq dernières années, elles ont fait reculer le gouvernement d’Alger. Rebrab est accueilli en chef d’Etat de la France au Brésil, où il développe des investissements. En cela il contourne les blocages que lui font subir les gouvernements successifs… où siégeait un certain Tebboune.

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Le logo du groupe… bien nommé. Son marketing veille à avoir une relation empathique avec son environnement.

Le groupe a commencé en 1971, avec la construction métallique, puis la métallurgie. En 1991, la création du quotidien Liberté vaut de sérieux ennuis au groupe, qui prend aussi une option sur le montage automobile, le numérique et enfin l’agroalimentaire, où il est le premier groupe agro-industriel du continent. Cévital a aussi investi en France, en Italie…  Il réalise un CA de 4 milliards de dollars (5,8 milliards à l’OCP). Le premier emploi de Malik Rebrab, fils d’Issab, était au Maroc, chez Xerox.

D’avril 2019 à janvier 2020, Issab Rebrab a été emprisonné, accusé de «surfacturation». Les manifestations pour imposer sa libération ont été plus grandes que de coutume, avec quelques 30.000 personnes.  Les proches du président Tebboune expliquent que cette avanie avait été ordonnée par le général Gaïd Salah, décédé peu avant.

La responsabilité des avanies imposées à Cevital a été rejetée sur des personnalités disparues du monde politique. Issab Rebrab et son groupe ont donc pu être changés en exemple à suivre.

                                                                        

Le psychodrame des voitures

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Débarquement de voitures d’occasion. La politique automobile est sujette à des foucades (Ph. A.L.)

Le Conseil des ministres algérien, après trois reports, a enfin signé, le 19 août 2020, le cahier des charges pour obtenir l’autorisation d’importer des véhicules en Algérie. Le cahier des charges ne concerne que les voitures neuves, chaque importateur agréé ne peut importer que deux marques et seuls les Algériens résidents peuvent obtenir cet agrément. Les demandeurs ont un mois pour déposer leur dossier complet. Des quotas par types de véhicules seront préparés par le ministère de l’Industrie.

Le domaine est sujet à foucades: les importations de voitures sont fermées depuis janvier 2020. Au printemps 2019, Alger avait autorisé les voitures d’occasion à condition qu’elles ne soient pas françaises. Entre temps toutes les occasions ont été interdites.

Par comparaison, au Maroc, les importations de voitures neuves ou d’occasion sont libres depuis près de 40 ans, depuis la fin des listes «listes A (libre), B (avec autorisation et sous quotas) et C (interdit)», organisant les importations. En deux ou trois ans, la direction du Commerce extérieur s’est aperçue que le système n’est gérable que sur le papier. L’idée était de protéger des productions locales et de faire des économies de devises, très rares puis que les exportations étaient faibles. Objectif raté des deux côtés, sans compter qu’il deviendrait tôt ou tard un nid à corruption.

Il semble, qu’en Algérie, la reprise de ce système de quotas autorisés pour les voitures, sera élargi vers d’autres biens, pour les mêmes raisons qu’au Maroc: devise et production locale. A trois différences près, les productions locales sont assez peu diversifiées, les chaînes de valeurs sont courtes, dominées par le perfectionnement passif (importation puis réexportation après ouvraison) et enfin, une question politico-émotionnelle.

Le fonds de la question est le vaste loupé d’une politique de Bouteflika pour «faire mieux que le Maroc» sur la délocalisation automobile à Tanger.

Tous les projets ont été mis en panne en Algérie, y compris les importations de voitures. Le secteur est désorganisé, en faillite. Vu la lenteur bureaucratique, impossible de savoir quand pourraient reprendre les importations. Comme parfois au Maroc, Alger commence par tout bloquer avant de réformer, au lieu de laisser les activités se poursuivre jusqu’à la réforme.

N.S.   

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