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Société

Interdiction de déplacements entre les villes: L’énorme chaos

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5813 Le 28/07/2020 | Partager
Une décision qui a pris tout le monde de court
Les principaux axes routiers pris d’assaut
Inquiétante évolution de la situation épidémiologique
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Gros cafouillage suite à la décision du gouvernement d’interdire le déplacement de et vers 8 villes. Annoncée dimanche à 19h, elle devait prendre effet à partir de minuit le même jour. Résultat: les autoroutes ont été prises d’assaut par des citoyens pris de court par cette décision communiquée à la dernière minute. Dans plusieurs axes, de longues files d’attente se sont formées à l’entrée des stations de péage sur les autoroutes reliant Casablanca et Rabat ou Casablanca et Marrakech. Plusieurs accidents de circulation ont été également enregistrés dans différents axes routiers. Idem pour les gares routières qui ont connu une grande affluence des citoyens ayant décidé de quitter des villes comme Casablanca, Marrakech ou Tanger, pour passer la période de la fête auprès de leurs familles, généralement dans des zones rurales. Ce qui a favorisé certains dérapages, notamment des hausses des tarifs du transport routier par autocars ou par grands taxis. Plusieurs personnes se sont également retrouvées dans des situations délicates, particulièrement ceux partis en vacances, suite à la relance des activités des établissements hôteliers et le lancement d’une campagne encourageant le tourisme interne. Saâdeddine El Othmani avait été déjà critiqué sur ses tergiversations concernant ce sujet. Plusieurs observateurs, dont des partis de l’opposition, lui avaient reproché ses déclarations contradictoires, en encourageant les Marocains à participer à la relance du tourisme interne, avant d’exiger, quelques jours après, d’éviter les déplacements sauf pour des raisons urgentes. 


Sur les réseaux sociaux, grande colère...

Depuis l'annonce de la mesure de reconfinement des 8 villes, les critiques fusent contre le gouvernement. Sur Twitter, les internautes se déchaînent!

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@m_seghrouchni  Byzance!
«#Maroc Pour l’Aïd, on a autorisé les gens à s’attrouper pour acheter les moutons, le retour des MRE pour être près de leurs familles, le retour des Marocains coincés à l’étranger, tout ça pour finir par une interdiction de circuler entre les villes... C’est Byzance!».

@PerwazeSarah  Confusion, infantilisation...
«Les accidents de la circulation et les dégâts humains de la nuit du 26 juillet sont la continuité d’une communication confuse, des mesures sanitaires fantaisistes, et d’un gouvernement prônant depuis le début la stratégie d’infantilisation et la loi martiale. #Maroc #coronavirusmaroc».

@Salomerainbow  Surréaliste
«Donc les gens sortis de Casa à 23:00, ont 20 minutes pour arriver à Marrakech, avant la fermeture des villes.  Cette décision du gouvernement, au dernier moment, est surréaliste... #Maroc».

@JEFDEP  Chaos
«#Maroc chaos hier après l’annonce à 19h du bouclage des principales villes. La nation comprend que le remède est plus toxique que le mal. Des secteurs vitaux sont dévastés, les aides gouvernementales = quasi 0. S’installe une misère urbaine et rurale plus destructrice que #COVID19».

@SAtalaoui  Vivre sur ses nerfs jusqu’à quand?
«Pourquoi les décideurs n’ont pas osé annuler les célébrations de l’Aïd. Le citoyen ne voudra plus adhérer aux politiques internes, car on lui fait subir les décisions last minute. Jusqu’à quand le citoyen va vivre sur ses nerfs».

@trismgiste  Pauvres hôteliers
«Les opérateurs touristiques sont à bout, la semaine de l’Aïd était l’occasion pour se refaire un peu, avec l’interdiction de se déplacer beaucoup d’hôtels voient leur taux de remplissage passer de 90% à 15%!».

@tazidusud  Catastrophe!
«C’est la catastrophe au Maroc. Les gens au lieu de rester dans leurs villes, sont prêts à tout pour la quitter alors que le but était de protéger les autres régions du Maroc».

@derosieres  Déconfinement loupé
«Bien triste de voir que le #Maroc avait réussi le confinement, mais loupe totalement le déconfinement. Ouverture des villes bien trop tôt et maintenant fermeture des villes comme ça d’un coup. Résultat, la panique».

@Khalid97  Inconscients 
«Gouvernement+dirigeants inconscients. C’est le b... partout aux sorties des villes..»

@Gonee2Soon  Mauvaise com'
«En ce moment même: gares routières, autoroutes, trains... tout est bouché, il y a de grosses foules. Très mauvaise communication de ce gouvernement catastrophique».

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  •  Flottement 

Officiellement, le communiqué conjoint des ministères de la Santé et de l’Intérieur a précisé que les déplacements de et vers les villes de Tanger, Tétouan, Fès, Meknès, Casablanca, Berrechid, Settat et Marrakech sont interdits à partir du dimanche 26 juillet à minuit. Ce document n’a pas précisé la durée de cette décision. Après le rush durant la soirée du dimanche dernier, la situation était encore en flottement durant la matinée du lundi, notamment à l’entrée et à la sortie de Casablanca. Selon plusieurs témoignages, en dépit de la mise en place des barrages, les déplacements étaient encore permis le lendemain. L’idée est de permettre aux personnes ayant déjà pris la route de regagner leur destination, mais également donner le temps aux personnes qui se déplacent pour des raisons professionnelles de se mettre en conformité avec les exigences de la nouvelle décision.

  • Nouvelles autorisations exceptionnelles

La décision d’interdiction des déplacements de et vers les 8 villes les plus touchées par la Covid-19 a prévu quelques exceptions. Certaines personnes pourront continuer à quitter ou à se rendre aux villes concernées par cette décision. Mais cela passe par l’obtention de nouvelles autorisations. Celles qui avaient été délivrées lors de la période du confinement ne sont plus valables, est-il indiqué. Actuellement, de nouvelles autorisations sont prévues pour deux catégories de personnes. D’un côté, celles ayant des besoins médicaux urgents. Elles pourront disposer d’une autorisation ponctuelle, couvrant la période nécessaire pour bénéficier des prestations médicales. La 2e catégorie concerne les personnes travaillant dans les secteurs public et privé. Ceux là devront disposer d’autorisations ouvertes, prenant en compte la nature de leur emploi, exigeant des déplacements quotidiens de ou vers les villes concernées par l’interdiction. Cette autorisation est octroyée au niveau des circonscriptions administratives (moqataa), après présentation d’un ordre de mission délivré par les responsables de leurs établissements. Certains départements ont rapidement réagi pour éviter les complications liées à cette décision. Par exemple, le ministère de l’Education nationale a dispensé les enseignants et les fonctionnaires devant se déplacer de et vers les villes concernées par l’interdiction, de la signature présentielle des procès verbaux de sortie. En plus de ces deux cas, le gouvernement a également exclu de cette interdiction le transport des marchandises et des produits de base, qui sera maintenu dans des conditions normales et fluides pour assurer l’approvisionnement des marchés.

  • Signes avant-coureurs

Avant l’annonce de la décision, certains signes avant-coureurs laissaient prévoir une potentielle décision d’interdiction des déplacements lors de la période de l’Aid. La veille de l’annonce de cette interdiction, le ministre de la Santé a clairement affirmé que «le rétablissement du confinement peut intervenir à tout moment». Intervenant lors d’une conférence organisée samedi dernier, il a souligné que «les Marocains ont pris l’habitude de passer l’Aid auprès de leurs familles. Ce qui les oblige de parcourir des centaines de kilomètres. Mais cette année, vu la situation exceptionnelle liée à la pandémie, ces déplacements doivent être évités, sauf en cas de nécessité». Or, pour plusieurs catégories de Marocains, notamment les ouvriers dans différents secteurs d’activité, les gérants et employés des petits commerces, c’est la saison du congé annuel et du retour à leurs régions d’origine. Au-delà de l’Aid, cette période connaît une grande dynamique de transfert d’argent des villes vers les campagnes. Traditionnellement, cette catégorie de professionnels quitte les grandes villes vers leurs régions d’origine 2 jours avant l’Aid. La décision d’interdire la sortie de certaines villes comme Casablanca ou Marrakech pourrait compromettre «la saison du retour» de cette catégorie vers les zones rurales, faute de temps suffisant pour s’organiser.   

  • Situation épidémiologique préoccupante

En dépit des assurances du ministre de la Santé, qui a affirmé que la situation est sous contrôle, la hausse du nombre des contaminations durant la dernière semaine reste préoccupante. La Commission scientifique et technique consultative a précisé que l’augmentation des cas d’infection à l’issue de Aid Al Adha est très probable, comme cela a déjà été remarqué à la suite d’Aid Al Fitr. La décision d’interdire les déplacements de et vers 8 villes a été prise «sur la base des conclusions du suivi quotidien et de l’évaluation périodique de la situation épidémiologique». Durant la semaine dernière, le nombre total d’infection a atteint 17.962 personnes, soit 49,5 personnes pour 100.000 habitants. Un pic a été enregistré durant le week-end, avec respectivement  811 et 633 cas samedi et dimanche derniers. Cela s’est accompagné d’une hausse du nombre des décès. Ces derniers ont été enregistrés essentiellement dans les villes concernées par l’interdiction de déplacement, particulièrement Tanger, Marrakech, Fès et Casablanca. Pour Khalid Ait Taleb, la mutation génomique ne justifie pas la multiplication des cas graves ou de la létalité en hausse. Pour lui, «ce qui pourrait expliquer ce phénomène, c’est que depuis le début de la 3e phase de la levée du confinement, nous avons constaté qu’il y a eu un relâchement dans le respect des mesures barrières». Un constat confirmé par le communiqué conjoint des ministères de la Santé et de l’Intérieur qui précise que l’interdiction de déplacement a été prise «au regard du non respect par la majorité des citoyens des mesures de prévention, notamment la distanciation sociale, le port du masque…». Au moment où nous mettions sous presse, le ministre de la Santé devait tenir une conférence, hier lundi en fin d’après-midi, pour faire le point sur la situation épidémiologique et le dispositif déployé durant cette période.
M.A.M.

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