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Economie

«Nous serons obligés de composer avec le chaos!»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5783 Le 16/06/2020 | Partager
La stabilité n’est plus de ce monde
Les chercheurs ont été aveugles, les organisations un peu folles…
Repenser la vulnérabilité et reconstruire la solidarité
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La crise pandémique vient rappeler aux organisations que le chaos mondial n’est pas une notion hypothétique. A n’importe quel moment un évènement peut venir secouer l’ordre établi

Dans tout système jugé stable il existe une part de hasard. Notre monde, interconnecté, interdépendant, où la communication est instantanée accroît la complexité de notre modèle. Et plus un environnement est complexe, moins il est stable, et moins il est prévisible. Un évènement comme le coronavirus aurait-il pu être prédit?

«Quelque part, le contexte de crise était déjà là mais nous ne l’avons pas vu. Les entreprises, les chercheurs, ont été aveugles, les organisations ont même été un peu folles, car elles ont été dans une course aux éléments financiers qui ont créé des bulles. Elles n’ont pas tiré des leçons des précédentes crises», estime Abdenbi Louitri, professeur de sciences de gestion à l’université de Marrakech, s’exprimant récemment à l’occasion d’une e-conférence organisée par l’ENCG Casablanca (voir articles précédents).

Pour l’enseignant-chercheur, les entreprises ont davantage réussi à gérer le hasard, en oubliant une notion plus fondamentale, celle du chaos. Il reconnaît, toutefois, que la recherche en management n’est pas totalement outillée pour décrypter le phénomène, même si la notion a fait l’objet de toute une réflexion inspirée de la fameuse «théorie du chaos», initiée à partir du 19e siècle par le mathématicien et philosophe français, Henri Poincaré.

Abdenbi Louitri recommande de repenser la vulnérabilité des organisations, «qui n’ont pas été suffisamment humbles par rapport aux évènements de leur environnement». Pour lui, la recherche en management doit intégrer plus le chaos dans ses réflexions, afin d’aider les entreprises à le paramétrer.

«Il est fondamental aujourd’hui de repenser le monde comme un univers instable. La question de la vulnérabilité des organisations doit être posée, d’autant plus que le phénomène n’est pas tout à fait nouveau. Ces dernières années,  des évènements régionaux et mondiaux nous l’ont montré», souligne, quant à lui, Karim Ben Slimane professeur de stratégie à l’ISC Paris.

«L’originalité du paradigme dans lequel nous nous inscrivons actuellement tient à cette hyper connectivité et interdépendance que nous vivons, de telle sorte qu’à chaque fois qu’un maillon trinque, des ondes de choc se répercutent sur tout le système», poursuit-il.

La deuxième suggestion de Louitri: reconstruire la solidarité. Pour illustrer son propos, le chercheur oppose les rémunérations des infirmières démarrant leur carrière avec un salaire inférieur au SMIG, et des diplômés des écoles de commerce, touchant deux fois le SMIG pour leur premier emploi dans un cabinet de conseil.

«L’échelle de rémunération pour beaucoup de métiers est en déphasage avec l’échelle des valeurs», souligne Louitri qui reste convaincu qu’un changement de paradigme s’impose. «On constate de plus en plus que les systèmes chaotiques deviennent la règle. La stabilité n’est plus de ce monde, elle est l’exception», poursuit-il.

D’autres remises en question seront sans doute nécessaires durant l’après-crise. Les chercheurs y joueront un rôle de premier ordre (description, analyse, conceptualisation, modélisation…).

                                                                       

De la crise jaillit la lumière

A quelque chose malheur est bon. La crise pandémique a certes secoué le monde, mais pour la recherche elle présente aussi une opportunité. Celle de sortir avec de nouvelles connaissances. «Grâce aux crises, la recherche avance. Elles agissent comme un accélérateur.

Plusieurs théories et outils sont nés à l’issue de crises: la conceptualisation des bulles financières, le management des risques, les stress tests… Elles nous permettent aussi de revoir les modèles en place», soutient Kamel Naoui, directeur de l’Ecole supérieure de commerce (ESC) de Tunis.

«De la crise des subprimes, par exemple, nous sommes sortis avec Bâle III et le capital buffer pour augmenter la résilience des banques», ajoute Zied Ftiti, professeur d’économie monétaire et financière l’EDC Paris Business School. Les crises permettent l’émergence de nouveaux outils, avec en prime, des financements supplémentaires.

«Probablement, les pouvoirs publics mettront plus de moyens pour financer davantage la recherche, et ce sera de plus en plus une recherche appliquée», pense pour sa part Mohamed Gallali, professeur de finance à l’université de la Manouba (Tunis).

Au Maroc, le financement de la recherche stagne depuis de nombreuses années à moins de 0,8% du PIB. La donne pourrait-elle changer grâce au coronavirus? Depuis le déclenchement de la pandémie, le ministère de l’Education nationale a consacré deux enveloppes de 10 millions de DH chacune pour financer 141 projets R&D universitaires.

Ahlam NAZIH

   

 

 

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