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Economie

Direction de l’épidémiologie: «Heureusement que les décideurs nous ont écoutés!»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5768 Le 26/05/2020 | Partager
Tout relâchement pourrait faire grimper le R0 à nouveau
Nous allons certainement atteindre les 10.000 cas durant cette phase 2!
La levée du confinement devrait obéir à plusieurs niveaux de progressivité

Il est vrai que l’économie perd des sommes astronomiques en raison du confinement, soit un milliard de DH chaque jour, le tiers des ménages se trouve privé de ses sources de revenu, des millions d’élèves et d’étudiants continuent de payer le prix d’un passage précipité à un enseignement à distance dont peu maîtrisent les compétences… Mais aurait-il été sage d’amorcer le déconfinement le 21 mai?

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Au fil des semaines, la moyenne d’âge des personnes infectées n’a cessé de baisser. Il y a huit semaines, elle était de 55 ans. La semaine dernière, elle était à seulement 37 ans. Grâce au confinement, les personnes âgées ont été moins exposées. Les catégories plus jeunes, obligées de sortir travailler, l’ont été beaucoup plus. Elles sont donc actuellement la première victime de la maladie. A l’instar de la tendance mondiale, les hommes sont plus atteints, avec un ratio d’une femme pour 1,4 homme

«Il y avait une mise en balance à opérer. D’un côté les effets socioéconomiques de la crise, et de l’autre, les risques sanitaires. Heureusement que les décideurs nous ont écoutés, et que nous avons eu gain de cause», s’écrie le directeur de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé, Mohamed Youbi. Il intervenait la semaine dernière au forum ENSAM Casablanca-Entreprises, entièrement dédié aux solutions d’ingénierie anti-Covid-19. L’école d’ingénieurs y avait invité des intervenants de renom, et ouvert des espaces d’exposition à de jeunes inventeurs ingénieux.

Oui, l’évolution de la courbe épidémique marocaine a été maîtrisée, et les indicateurs de suivi se sont améliorés. Le nombre de cas admis en soins intensifs et en réanimation a sensiblement reculé (49 au terme de la première semaine de mai, alors qu’il avait culminé à 103 à la deuxième semaine d’avril). Pareil pour les décès, actuellement entre 0 et 4 par jour, après un pic de 19 morts début avril.

En parallèle, les guérisons ne cessent de se multiplier. Le taux de létalité s’est ainsi réduit à 2,9%, alors qu’il avait dépassé les 7% au début de la crise. La moyenne mondiale est actuellement autour de 6,8%, selon le directeur de l’épidémiologie. «Nous aurions pu enregistrer 6.000 cas et 200 morts par jour, nous avons pu éviter le pire», avait déclaré le chef du gouvernement, Saâdeddine El Othmani, le 18 mai dernier au Parlement.

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La courbe épidémique marocaine a la particularité d’être en dents de scie. «Chaque dent correspond à un cluster», explique le directeur de l’épidémiologie, Mohamed Youbi. Début avril, nous avions connu les premiers foyers de contamination familiaux. S’en sont suivis les clusters industriels et commerciaux, ainsi que dans des casernes militaires et prisons. Le plus grand a compté près de 420 personnes. Toutefois, trois grandes vagues se dégagent. Une première, de fin mars à la mi-avril, correspondant aux premiers clusters familiaux après le confinement, une deuxième, de la mi-avril et fin avril, la plus grave, et puis une troisième, démarrée début mai, et qui était à sa phase descendante jusqu’au 19 mai. Pour sa part, le R0 a baissé vers le 29 avril pour se positionner en dessous de 1. La semaine dernière, il était toujours en phase «plateau», c'est-à-dire inférieur à 1. Pour conclure à un début de déclin de la pandémie, le R0 doit se situer en dessous de 0,7 pendant au moins deux semaines   

De son côté, le taux de reproduction de la maladie, le fameux R0, est descendu à 0,89 la semaine dernière. Cela signifie qu’un malade ne contamine plus qu’une seule personne. Au début de la pandémie, le potentiel d’infection était trois fois supérieur, avec un R0 de 2,7. La vitesse de contamination a donc nettement ralenti.

Cependant, rien n’est définitivement acquis. Malgré les progrès réalisés, il n’y a aucune certitude sur l’évolution de la maladie. «Quand le R0 est inférieur à 1, cela signifie que nous abordons une phase descendante. Cela dit, rien ne garantit que le taux reste sur cette tendance. Il suffit de lever un peu le pied sur les mesures de confinement pour le voir repartir à la hausse», prévient Mohamed Youbi. Après que le nombre de contaminations ait atteint mardi dernier la barre des 7.000 cas, le directeur de l’épidémiologie voit arriver à grands pas les prochains niveaux.

«Au début, nous croyions que nous atteindrions la barre des 10.000 cas à la troisième phase de la pandémie. Au risque de choquer, nous allons certainement atteindre ce chiffre alors que nous sommes toujours en phase 2», prévoit-il. Si de nouveaux foyers de contamination se déclarent dans les prochains jours, ce palier serait rapidement franchi et même dépassé. Or, notre système de santé ne peut supporter un rush important de malades. L’enjeu est donc de maîtriser ces clusters découverts dans des usines, unités commerciales, ou encore au sein de prisons et de casernes militaires, en plus des foyers familiaux.

Pour la direction de l’épidémiologie, il n’y a pas mieux qu’un déconfinement progressif. Cette progressivité serait  à plusieurs niveaux. Elle devrait être territoriale, en se basant sur les critères épidémiologiques de chaque région, mais également sectorielle. La priorité serait donnée aux secteurs vitaux pour l’économie. «Nous ne pouvons, par exemple, autoriser du jour au lendemain des bus bondés de passagers. Ce serait accepter la catastrophe. Ni autoriser des activités non prioritaires comme des festivités et rassemblements non indispensables», affirme Mohamed Youbi. La levée de confinement devrait également s’opérer par groupe de population.

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96% des cas confirmés sont bénins à modérés, voire complètement asymptomatiques (41%). La part des cas sévères à critiques est de seulement 4%. Selon la direction de l’épidémiologie, ceci est dû au dépistage et à la prise en charge de plus en plus précoces des malades

«Faire sortir les personnes âgées en premier équivaut à accepter de revenir à des chiffres de cas graves et de mortalité effrayants», prévient le directeur de l’épidémiologie. Cette démarche devrait être accompagnée par des évaluations permettant des ajustements. La direction de l’épidémiologie insiste sur le principe de flexibilité et d’adaptation, pour ne pas dire de «réversibilité». A la lumière des évaluations réalisées, l’exécutif déciderait soit de garder le même degré de déconfinement, de passer à l’étape suivante, ou même de revenir en arrière, si cela est nécessaire pour limiter les dégâts.

Le virus risque-t-il de revenir avec une nouvelle vague de contaminations à l’automne? Auquel cas, le ministère de la Santé devrait s’y préparer bien à l’avance. Rien n’est moins sûr… Néanmoins, Mohamed Youbi ne croit pas vraiment à une saisonnalité de la maladie à l’instar de la grippe, vu que le virus se développe dans des climats opposés.

«On le trouve dans des climats froids, ainsi que dans des pays où il fait très chaud en ce moment, comme le Qatar qui a une population moins nombreuse que la nôtre, mais avec un nombre de cas qui nous dépasse de loin», explique-t-il.

Des critères ont été mis en place afin de décider de la levée du confinement. Parmi eux, la capacité du système de santé à prendre en charge les personnes infectées, notamment les cas graves. Et c’est vraiment là où le bât blesse. Le ministère de la Santé sera donc très prudent dans ses recommandations.

Traitement: Les effets secondaires sont de type digestif

Cela fait pratiquement 13 semaines que le Maroc a adopté son protocole thérapeutique anti-Covid-19 (révisé ce 21 mai), basé sur la chloroquine, combinée à l’azithromycine et au sulfate d’hydroxychloroquine. Ce traitement est-il réellement efficace et sans effets secondaires graves? La chloroquine a bien contribué à réduire le taux de mortalité, à côté d’autres mesures, notamment le confinement, selon la direction de l’épidémiologie, convaincue de l’efficacité de cette molécule. «Nous l’utilisons depuis des années déjà. C’est grâce à cette molécule que nous avons pu éliminer le paludisme au Maroc. Elle était largement administrée aux personnes suspectées d’être atteintes de cette maladie dans les dispensaires ruraux. Aujourd’hui, nous continuons à la prescrire aux personnes voyageant en Afrique subsaharienne», relève Mohamed Youbi. Le centre national de pharmacovigilance produit des rapports quotidiens sur les effets secondaires du traitement pour le compte du ministère. D’après Youbi, les effets secondaires provoqués sont d’ordre digestif, comme des nausées, des vomissements ou des diarrhées. Donc rien qui susciterait l’arrêt du traitement.

Ahlam NAZIH

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