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Economie

Afrique: Une sorte d’«immunité comportementale», mais…

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5737 Le 09/04/2020 | Partager
De bons réflexes grâce à l’ex­périence dans la gestion des crises sanitaires
Toutefois le système sanitaire présente des faiblesses

L’UE va garantir plus de 15 milliards d’euros pour aider les pays les plus vulnérables en Afrique et dans le reste du monde à lutter contre la pandémie du Covid-19. C’est ce qu’a annoncé la présidente de la Commission européenne, Ur­sula von der Leyen. La priorité sera accordée au continent africain.

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Les rares données disponibles permettent de calculer le «seuil critique», c’est-à-dire le nombre de malades par pays au-delà duquel les capacités seraient saturées et la mortalité exploserait

Les autres bénéficiaires seront les pays du Proche-Orient qui accueillent des réfugiés, les pays des Balkans occi­dentaux, les pays dits du voisinage (Arménie, Ukraine) et quelques pays d’Amérique latine et des Ca­raïbes. L’on rappelle que l’Union européenne va allouer 5 milliards de DH (450 millions d’euros) au Fonds spécial dédié à la gestion de la pandémie de Covid-19 au Maroc.

L’essentiel du soutien financier de l’UE est destiné à aider ces pays à faire face aux conséquences éco­nomiques et sociales de la pandé­mie. Un soutien aux systèmes de santé est également prévu ainsi qu’une réponse aux besoins huma­nitaires et sanitaires.

Il faut dire que les défis pour le continent africain ne manquent pas. Alors parviendra-t-il à contenir la pandémie? La question a été soule­vée dans une analyse conduite par les équipes du groupe de conseil FINACTU, intitulée «le coronavi­rus et l’Afrique, crise sanitaire et crise économique aggravées par la faiblesse des filets de sécurité so­ciale africains». Pour le moment, le continent choisit d’éviter la crise sanitaire. Mais il est probable que ce choix soit remis en cause rapide­ment, quand son coût économique se manifestera. De ce fait, il va devoir inventer son propre modèle de lutte contre la pandémie, est-il recommandé.

L’un des constats de l’étude est que les autorités africaines ont fait preuve d’une réactivité face à la crise sanitaire. D’où viennent ces bons réflexes? «Il est important de rappeler que le Covid-19 n’est pas la première maladie contagieuse que les pays africains ont à traiter. L’expérience acquise dans la ges­tion des épidémies (Ebola, Malaria, Peste, Fièvre jaune, etc.) crée une sorte d’«immunité comportemen­tale» en Afrique, notent les auteurs de l’analyse. La réactivité des pays africains a ainsi permis de conte­nir la propagation du Covid-19 à moins de 5.000 cas détectés (dont 157 morts) au 30 mars 2020, soit un mois après le premier cas dé­tecté. A titre de comparaison, sur la même période, l’Iran avait en­registré 35.408 cas détectés (dont 2.517 décès) et l’Italie battait tous les records avec 92.472 cas détectés (dont 10.023 morts).

Toutefois, face à ces points encourageants certains facteurs peuvent inquiéter. Au-delà du manque de lits en réanimation, le système sanitaire africain présente des faiblesses susceptibles d’aggra­ver la crise Covid-19:

■ Manque d’infrastructures: Non seulement l’Afrique a des dé­penses de santé très inférieures à la moyenne mondiale, mais la part des infrastructures dans ces dépenses est 5 fois plus faible. Ce constat explique la faiblesse du nombre de lits de réanimation. L’élément prin­cipal est la capacité de chaque pays à offrir à sa population malade une capacité d’accueil en réanimation proportionnelle à l’intensité de la propagation de la maladie. Le rai­sonnement que chaque pays doit se poser est donc simple: Sachant que je dispose de «X» lits de réanima­tion et sachant que 19% des malades exigeront une assistance respiratoire, le nombre total de malades dans le pays ne doit pas dépasser «X/19%».

■ Faible nombre de profession­nels de la santé: L’Afrique se carac­térise par un manque de médecins, et plus généralement de professionnels de santé, que dénonce régulièrement l’OMS. Globalement, le continent compte un médecin pour 5.000 habitants, soit 5 fois moins que la moyenne mondiale. A l’échelle du continent, l’Afrique totalise 24% des malades dans le monde mais ne bénéficie que de 1% des ressources financières mondiales et seulement 3% des professionnels de santé. Cette situation de crise structurelle est une conséquence de la migra­pulations médicales vers l’Occident: à compétences égales, un chirurgien gagnera 216.000 dollars par an aux Etats-Unis, 24.000 dollars en Zambie et 6.000 dollars au Kenya…

■ Exploitation inefficiente des systèmes de santé: Indépendam­ment du manque d’infrastructure, la performance du système de santé dépend fortement de l’utilisation qui en est faite. Selon l’OMS, alors qu’une exploitation optimale du sys­tème de santé, de son personnel, de ses institutions et de ses ressources permettrait de garantir un état de santé durable, le système du conti­nent africain n’est exploité qu’à hauteur de 49% de ses capacités. Un taux qui reste faible par rapport à des pays comme la France, l’Espagne, l’Italie ou la Belgique qui font état d’une performance de plus de 90%.

■ Faible accessibilité aux médi­caments: Selon l’OMS, 433 médi­caments et vaccins jugés essentiels ne sont pas disponibles pour plus de 30% de la population du continent. Pourtant, cette situation n’est pas la résultante des impératifs commer­ciaux ou financiers (sur les 433 mé­dicaments et vaccins, une majorité est générique dont le brevet a été totalement amorti ou pour lesquels les multinationales y ont renoncé pour les pays les plus pauvres) mais à des problématiques de distribution spécifiques d’un pays à l’autre (spé­culation, pénurie, etc.).

■  Accès limité aux solutions hygiéniques de prévention: Selon l’Unicef, l’accès aux solutions de base pour la prévention des infec­tions (celles relatives au Covid-19 notamment) reste limité en Afrique. En effet, 67% de la population afri­caine installée dans les villes n’a pas accès à l’eau et au savon pour pou­voir se laver les mains. Or, l’une des mesures préventives par excellence pour limiter la propagation du virus et éviter tout type d’infection est de se laver les mains fréquemment pen­dant 20 à 30 secondes.

Le Maroc donne le bon exemple

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Fisant figure du bon élève, le Maroc a été à la fois l’un des plus rapides et des plus énergiques dans sa réaction face à la crise sanitaire, relève l’étude. Le pays a imposé la suspension quasi sys­tématique des vols aériens et un confinement obligatoire de la po­pulation dès le 16e jour, donc trois fois plus rapidement que l’Italie ou la France. Le Royaume est le premier pays du continent à avoir mis en oeuvre une batterie de mesures sociales et économiques accompagnant le confinement obligatoire imposé depuis le 20 mars 2020. Depuis, d’autres pays, comme la Tunisie, l’ont rejoint. Et pour maîtriser la situation, le Maroc qui dispose de 3.000 places de réanimation disponibles, doit contenir le nombre de malades en dessous de 15.789 (3.000/19%) s’il veut être capable de traiter tous les malades graves. Pour un pays comptant 36 millions d’habitants, un tel nombre peut être atteint très rapidement.

                                                                                      

Le choc économique

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- La faiblesse des capacités d’ac­cueil en réanimation et en assistance respiratoire fait que la saturation du système de santé interviendra très vite. Il est donc vital pour que les autorités réagissent aussi rapide­ment.
- L’absence des filets sociaux rend difficilement supportable un confinement total et durable de la population.
- Avec moins de 20% de la po­pulation employée dans le secteur formel, des systèmes de protection sociale inexistants pour le secteur informel, sans régime d’assurance chômage, avec des possibilités très restreintes de soutien de l’économie par les finances publiques, com­bien de temps les populations et les entreprises tiendront-elles dans un confinement drastique?
- Les conséquences sur le main­tien du pouvoir d’achat des mé­nages, et sur la capacité des entre­prises à être prêtes lors de la reprise restent difficiles à évaluer et appré­hender. Sans oublier l’impact sur les stratégies et efforts de lutte contre la pauvreté et lutte contre la mortalité.
- Quand la vague de cette crise se retirera, et que l’on passera à l’analyse de ses impacts en Afrique, il est certain que les faiblesses des filets de sécurité sociale, qui carac­térisent le continent, seront pointées du doigt.

Fatim-Zahra TOHRY

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