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Economie

Que peut faire la recherche marocaine contre le Covid-19?

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5735 Le 07/04/2020 | Partager
Des équipes se mobilisent dans plusieurs universités
Un collectif virtuel d’ingénieurs et de médecins voit le jour
Besoin d’argent, et de flexibilité!

Les plus sceptiques sont peut-être en train de répondre: «Pas grand-chose», avant même d’entamer la lecture de ces lignes. Difficile de les blâmer. Les universités marocaines ne sont pas (ou pas toutes) ce que l’on peut appeler des temples de la recherche et de l’innovation.

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Cela fait des années que le Maroc stagne à moins de 0,8% du PIB en termes de dépenses R&D. L’effort est clairement insuffisant pour faire décoller le secteur. Les pays les plus innovants, comme l’Allemagne, le Japon, ou encore la Corée du Sud sont ceux qui dépensent le plus pour leur recherche et développement. La crise du Covid-19 devrait pousser de nombreux Etats à revoir leur stratégie dans le domaine

En termes de publications scientifiques indexées, la moyenne est de moins d’un demi-article par enseignant-chercheur et par an, selon le CNRST. Pour leur part, 9 doctorants sur 10 finissent par abandonner leur thèse faute de moyens et d’encadrement adéquat (4 sur 10 parmi les boursiers). Et le Maroc continue de dépenser moins de 0,8% de son PIB en R&D. Comment réaliser des exploits dans des conditions aussi dramatiques?

Après cette dose de réalisme, un brin d’espoir. Les universités recèlent, malgré tout, un réservoir de matières grises et de compétences de haut niveau, capables de faire preuve d’ingéniosité et d’innovation, même avec les moyens du bord. «Nous avons des chercheurs très forts, même en recherche médicale, actifs dans les universités et CHU, et qui obtiennent des résultats très importants.

Maintenant, il faut qu’ils réorientent rapidement leurs projets vers l’actualité, c'est-à-dire le Covid-19», souligne Hicham Medromi, directeur de la Fondation pour la R&D et l’innovation en sciences de l’ingénieur, adossée à l’Ensem (université Hassan II de Casablanca). Et c’est souvent cette réactivité qui manque aux universités, tant les moyens sont limités et les procédures administratives complexes. Pour débloquer l’argent des appels à projets R&D, par exemple, il faut attendre des années!

Depuis le déclenchement de la crise du coronavirus, plusieurs équipes de recherche universitaires ont, néanmoins, tenté d’apporter leur contribution. «Ceux qui lancent des initiatives actuellement sont bénévoles. Il faudrait des programmes et appels à projets nationaux pour motiver les chercheurs, encadrer leur travail et leur fournir les moyens adéquats», pense Medromi.

Un «Collectif ingénierie vs Covid-19 Maroc» formé d’ingénieurs et de médecins bénévoles de tout le Maroc a, par exemple, vu le jour, dans l’idée de développer des solutions innovantes. Il a déjà fabriqué et livré gracieusement des milliers de visières de protection à des hôpitaux, avec la contribution de PME/PMI. Des prototypes de «systèmes d’assistance à la ventilation pour les patients gravement atteints du coronavirus» seraient aussi en développement.

Voici des exemples de ces initiatives prometteuses, redonnant espoir en une université plus rayonnante.

■ Université de Tanger
Une molécule capable de détruire le virus?

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Dès la création du Collectif ingénierie vs Covid-19 Maroc, une cellule de l’université Abdelmalek Essaadi y a adhéré. Parmi les idées proposées, tester l’efficacité d’une molécule perforant la membrane des bactéries sur le virus, développée par la faculté des sciences de Tétouan. Il faudra, cependant, accéder à un laboratoire de haut niveau. «Nous sommes en pourparlers au niveau de l’Institut Pasteur.
Le virus est sous forme de brin entouré d’une membrane lipidique. Si on détruit la membrane, le brin se détruit aussi», explique le président de l’université, Mohamed Errami.
Pour sa part, le laboratoire de prototypage de la FST a très vite démarré la fabrication de visières de protection réutilisables pour les trois hôpitaux de Tanger. Près de 300 ont déjà été produits. La réflexion est lancée pour d’autres solutions. «L’infection s’opère particulièrement par les poignées des portes. L’idée est de fabriquer des protections permettant de ne pas les toucher directement. Nous pouvons aussi concevoir des pièces pour les respirateurs», confie Errami. Les idées foisonnent. Des projets concrets pourraient être lancés dans les prochaines semaines.      

■ UM6SS: Des études cliniques et de pharmacovigilance

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«Il existe des mesures à notre portée, et que les universités peuvent rapidement déployer, notamment tout ce qui a trait à la recherche clinique, épidémiologique et de pharmacovigilance», estime Chakib Nejjari, président de l’université Mohammed VI des sciences de la santé (UM6SS). «Le Maroc a très tôt instauré un protocole thérapeutique. Comme nous comptons beaucoup de cas traités, nous pouvons commencer à donner des résultats sur son efficacité, l’évolution des patients sur le plan clinique et biologique, les effets indésirables…», poursuit-il. Les chercheurs de l’UM6SS se sont déjà mis au travail, avec un projet de recherche sur les patients de l’hôpital universitaire international Cheikh Khalifa, qui reçoit un nombre important de malades du Covid-19. Jusqu’à mercredi dernier, il accueillait 50 cas confirmés et 23 suspects. «Nous sommes également en contact avec des collègues d’autres universités pour des recherches communes sur des séries plus grandes. Les premiers résultats de ces recherches devraient tomber dans les 15 prochains jours. Le centre d’innovation de l’université a, pour sa part, conçu une application mobile de suivi des «cas contact», ayant été exposés à des porteurs de virus. Les médecins peuvent ainsi les suivre à distance, repérer les infections et les prendre en charge très tôt. L’application devait être lancée jeudi dernier.

■ Un appareil de respiration artificielle parrainé par l’Industrie
C’est peut-être la seule invention dont l’industrialisation est déjà acquise: un appareil à respiration artificielle conçu sur instructions royales, et parrainé par le ministère de l’Industrie. Le prototype a été co-développé par plusieurs institutions, dont l’INPT, l’ANRT, la fondation Mascir et l’université Mohammed VI polytechnique. La machine, disposant d’une autonomie de 3.000 heures, sera ensuite enrichie de nouvelles fonctions en collaboration avec le ministère de la Santé.  

■ Université de Marrakech
Un modèle de deep learning pour prédire les contaminations

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En tant que mathématicien, le président de l’université de Marrakech, Hassan Hbid, suit de près les recherches destinées à évaluer la progression du Covid-19. «L’un de mes anciens étudiants à Tunis a travaillé sur l’impact du confinement sur la courbe d’évolution de la maladie. Il a prouvé que ça reste la meilleure solution», relève Hdid. «A l’échelle de notre université, une jeune chercheure travaillant sur l’intelligence artificielle a mis en place un modèle de deep learning, pour prédire le nombre quotidien de nouveaux cas d’infection. Toutefois, par manque de données, ce genre de modèle reste incomplet», poursuit-il. La jeune chercheure n’est autre que la super inventeuse, Hajar Moussannif (voir L’Economiste N° 5486 du 2 avril 2019). «Le modèle se base sur des algorithmes d'apprentissage automatique. Il donne de bons résultats, dans la mesure où il prédit correctement les nombres annoncés chaque jour par le ministère de la Santé», explique Hajar. «Le seul souci est que les données que nous utilisons comme entrée se basent principalement sur les chiffres du ministère. Vu le nombre de tests très faibles effectués pour diagnostiquer le virus, je ne peux considérer le modèle comme réaliste. J’ai donc arrêté, par honnêteté scientifique», ajoute-t-elle.
Grâce à ses imprimantes 3D, rassemblées dans son centre d’analyse et de caractérisation, l’université produit également des masques et des visières pour le CHU. Des discussions sont, en outre, en cours pour la fabrication de gel désinfectant, sous la supervision des pharmaciens du CHU. L’université a, aussi, réservé son club, à proximité du CHU, au personnel soignant. 

■ UIR: Après les visières de protection, un respirateur

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«A travers ses experts, l’université marocaine peut d’abord apporter du conseil et de l’aide à la prise de décision en période de crise. Ensuite, il existe des initiatives à la portée des chercheurs et ingénieurs marocains, surtout en ce qui concerne la prévention», souligne Abdelaziz Benjouad, vice-président en charge de la R&D à l’Université internationale de Rabat. L’UIR fait partie des premières universités à avoir fabriqué des visières de protection. Elle en a conçu 3.000, distribuées dans plusieurs régions (Rabat, l’Oriental, Marrakech…). L’université a également élaboré des masques de haute sécurité pour le personnel soignant, actuellement en cours de validation avec l’hôpital militaire et l’hôpital Moulay Abdellah de Salé. Pour les cas critiques, l’UIR travaille sur la mise au point d’un respirateur. «D’ici fin avril nous aurons le prototype», confie Benjouad. «Après, la difficulté sera la fabrication en chaîne de ce produit, surtout dans ce contexte de crise», ajoute-t-il. D’autres projets de respirateurs sont en cours dans plusieurs villes. Un savoir-faire local pourrait ainsi se développer. Il faudra, cependant, y embarquer le monde industriel. «Le lien entre l’université et l’entreprise n’a pas pris suffisamment d’élan. Cette relation est importante, surtout dans ces circonstances exceptionnelles», insiste Benjouad. La crise pourrait peut-être donner un coup de pouce à cette collaboration.

■ EMSI: Un drone pour le dépistage

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Dans la tête des élèves ingénieurs de l’EMSI, les idées foisonnent. Trois de leurs projets ont été choisis parmi les meilleures initiatives relevées par le premier hackathon virtuel Marocovid19, organisé récemment par H&P et Lafoctory, en collaboration avec plusieurs établissements de l’enseignement supérieur. «Les prototypes sont déjà réalisés. Il appartient maintenant au monde de l’industrie de prendre le relais», insiste Kamal Daissaoui, président de l’EMSI. Pour le dépistage, les étudiants proposent un drone pour récolter les prélèvements nasaux. Le drone serait équipé du matériel nécessaire, en plus de gants, de gel hydroalcoolique et de sachets stérilisés. En parallèle, une application mobile comporterait toutes les consignes pour mener l’opération. Elle permettrait aussi la communication entre médecins et malades, afin de relever les symptômes. A son retour, le drone serait désinfecté. Le deuxième projet concerne un système respiratoire «digital et intelligent». Il se base sur des objets connectés pour relever l’état du patient en réanimation à distance, avec un suivi de toutes les données, et un système d’alerte en cas de situation critique. Enfin, les étudiants proposent une application mobile grâce à laquelle les médecins peuvent créer des e-ordonnances qui seraient envoyées à la pharmacie choisie par le patient. Ce dernier serait identifié par code QP pour récupérer ses médicaments. Le dispositif permettrait aussi un meilleur suivi de l’historique des patients.

■ Ensam Casablanca: Un masque respiratoire intégral

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Pour une protection maximale du corps soignant, l’Ensam Casablanca a développé un masque respiratoire intégral. Les pièces du prototype devaient être imprimées en 3D vendredi dernier. «Le modèle, inédit au Maroc, combine deux équipements: un masque respiratoire classique et un écran facial assurant une couverture intégrale du visage. Il a été validé par des ingénieurs marocains installés aux Etats-Unis», explique Ahmed Mouchtachi, directeur. «Nous sommes, également, en train de mettre au point un dispositif respiratoire à membrane de séparation. Il permettra d’assurer une assistance respiratoire avec contrôle de l’ensemble des paramètres», ajoute-t-il. L’école d’ingénieurs est ainsi, elle aussi, dans la course pour la conception de systèmes respiratoires. Ses équipes mettent, en outre, leur expertise technique au service du secteur de la santé. L’établissement lance un appel aux hôpitaux désirant réparer des appareils d’assistance respiratoire. L’Ensam, qui offre son service gracieusement, en a dernièrement reçu deux, dont un déjà réhabilité.

Ahlam NAZIH

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