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Tribune

Une autre lecture de la dette

Par Marouane HATIM | Edition N°:5683 Le 24/01/2020 | Partager

Marouane Hatim est un économiste chercheur avec plusieurs casquettes. Docteur en sciences économiques de l’Université de Perpignan via Domitia, il détient également un master en Gestion de patrimoine de l’Université d’Aix-Marseille. Il exerce depuis 17 ans en banque privée, conseil patrimonial et investissement financier. Il est également enseignant formateur. Marouane Hatim est auteur de plusieurs recherches dans le domaine financier et vient de publier un livre sur la gestion de patrimoine et le comportement de l’épargne privée au Maroc (Ph. MH)  

L’image d’un Maroc fort endetté, dont la dette risque de peser lourd sur les prochaines générations, est devenue un dis­cours assez courant chez de nombreux ob­servateurs du sujet économique et financier.

Il est vrai que le taux d’endettement du Trésor dépasse 65% du PIB (ou encore la dette publique globale dépasse 82% du PIB), soit plus de 740 milliards de DH contre 397 milliards de DH en 2011. Ce taux s’élevait à 45% en 2008. Chaque Marocain porte aujourd’hui 20.600 DH de dette du Trésor. Toutefois, tout cela n’a pas beaucoup de sens.

Ces indicateurs, couramment utili­sés, sont aujourd’hui nécessaires pour la conduite de la politique économique dans un pays comme le Maroc. Il faut rappeler qu’avec son niveau d’endettement il reste dans un niveau homogène en comparaison avec des pays à économie similaire (sachant que les règles de mesure ne sont pas uni­formes).

En vérité, le ratio Dette/PIB n’a au­cune signification au sens de la comptabi­lité nationale. D’ailleurs, de nombreux pays développés vivent très bien avec une dette publique élevée (Japon 238%, États-Unis 106%, France 98%). Rapporter la dette (stock) au PIB (flux) ne permet de juger de la criticité ou conformité d’un endettement. Cela revient à l’échelle d’un individu de rapporter par exemple son ou ses encours de crédit à son revenu pour évaluer sa sol­vabilité.

Ainsi, il serait plus logique donc d’analy­ser le comportement de la charge de la dette (les intérêts versés sur une période donnée)relativement au PIB. Que pèse donc le service de la dette par rapport à la richesse créée dans l’année. Autrement dit, nous esti­merons quelle est la capacité d’un pays à la génération de richesse pour couvrir aisément ses créances.

Au Maroc, le service de la dette du Tré­sor est aujourd’hui d’environ 31 milliards de DH, soit environ 2,8% du PIB. Ce chiffre n’est pas excessif, sachant qu’il est sur une tendance baissière depuis 2015. En parallèle, la baisse des taux l'impacte également. Il faut rappeler que depuis 2015, on a observé un aplatissement clair de la courbe avec un spread de 67 points de base entre le taux du bon du Trésor à 10 ans et le taux directeur contre 104 points de base en décembre 2015. En dépit donc de la montée de l’en­dettement public, les charges de la dette n’ont jamais été aussi faibles (relativement au PIB).

Le retour de flamme, si les taux venaient à remonter fortement, n’est pas encore à l’horizon. La dette n’est pas forcé­ment nocive. Son augmentation n’est peut-être pas optimale, mais c’est un moindre mal. L’Etat en se finançant à un coût de plus en plus bas depuis 2008 parvient à réaliser un «effet de levier économique» avec un taux moyen de levée de la dette à 3,36% face à un taux de croissance moyen de 3,5% sur la période.

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Rapporter la dette (stock) au PIB (flux) ne permet de juger de la criticité ou conformité d’un endettement. Il serait plus logique donc d’analyser le comportement de la charge de la dette (les intérêts versés sur une période donnée) relativement au PIB

Sous cet angle de vue, on peut se réjouir de cette lecture de la dette. Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’une approche pure de la dette imposerait à inscrire dans la liste des créances d’autres dettes aussi importantes en volume: celles aussi des systèmes de retraite et de couverture sociale (les engage­ments non couverts des régimes de retraite sur un horizon de 60 ans totalisent 640 mil­liards de dirhams) et les crédits d’impôts. Car le déficit social et les cotisations so­ciales sont de nature à affecter également le déficit public. Cela dépend aussi dans une autre mesure de l’affectation des recettes collectées par l’Etat.

D’autre part, en prenant en compte le revenu net en provenance de l’extérieur, la donnée change. Toujours dans une logique de flux, il paraît opportun également de ramener ce revenu net au PIB et suivre son évolution. Le Maroc est ainsi débiteur envers l’extérieur. Il consomme plus qu’il n'en produit.

D’ailleurs, l’accumulation des déficits des transactions courantes fait plon­ger la position extérieure nette, qui repré­sente le patrimoine financier net vis-à-vis du reste du monde. Le prix de l’ouverture, les biens d’équipements et des produits fi­nis de consommation totalisent à eux seuls 85% des exportations, malgré la reprise de l’export. Il importe d’accélérer la compéti­tivité de l’économie marocaine à l’échelon mondial pour avoir un schéma soutenable de réduction de la dette dans la durée. Le rééquilibrage des comptes extérieurs est aussi une priorité à prendre en charge.

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Le service de la dette du Trésor est aujourd’hui d’environ 31 milliards de DH, soit environ 2,8% du PIB. Ce chiffre n’est pas excessif, sachant qu’il est sur une tendance baissière depuis 2015

Globalement donc, si on veut réduire notre dette publique cela doit passer par réduire nos déficits jumeaux. Le travail en perspectives de refonte des recettes (fiscales essentiellement) implique en face forcé­ment une rationalisation des dépenses de l’administration. Ce point paraît complexe dans un contexte social tendu avec une pression sur l’emploi en secteur public, le rattrapage d’équipement en infrastructure sociale, poursuite des grands chantiers.

Enfin, cela étant, ma conviction est que juger l’endettement d’un pays, impose d’évaluer sa capacité de créer la richesse et à générer de la croissance économique lui permettant de faire face à ses engagements. Pour revenir au parallèle d’un individu, le banquier étudie l’endettement en fonction de sa capacité à avoir de revenus lui per­mettant de face à ses créances et non selon l’encours de son patrimoine. Cela amène à poser l’orientation suivante: plutôt que d’interroger sur la qualité et la quantité de la dette, regardons de plus près l’efficacité et la qualité de l’investissement public. C’est là la question centrale.

Tel est le grand défi que nous devons tous surmonter à la veille de l'élaboration d’un nouveau modèle économique.

Bonne année à tous.

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