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Economie

Dakhla, capitale de l’intelligentsia africaine?

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5650 Le 09/12/2019 | Partager
Des congrès d’universitaires comme relais diplomatique
L’Etat, ses entreprises et ses élus misent sur l’influence douce
Coopération: 1.000 accords avec une trentaine de pays du continent
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L'Université ouverte de Dakhla a signé le 5 décembre trois partenariats. L’une des conventions porte notamment sur un échange d'expertise avec les Fondations gabonaises Paul Biyoghe Mba pour la protection sociale et le bien-être et celle qui s'active dans le domaine maritime.  Sur la photo, le président de l’Université de Dakhla, Driss Guerraoui, et  Alioune Sall, directeur exécutif de l’Institut des futurs africains  (Ph.  Université ouverte de Dakhla )

Alioune Sall ressemble à un vieux jazzman américain. Lorsqu’il avance vers le pupitre, le directeur exécutif de l’Institut des futurs africains se confie à l’ouverture de la «6e Rencontre internationale de Dakhla» qui s’est tenue du 4 au 8 décembre.

«Pourquoi suis-je le seul étranger invité à prononcer un mot de bienvenue? Je ne suis ni élu, ni responsable politique, ni Marocain», se demande l’orateur d’origine sénégalaise. Universitaires, ministres,  ambassadeurs, journalistes, sécuritaires sont toute ouïe. Au bord de la lagune de Dakhla, le palais des conférences s’est mué, en quelques jours, en mini ONU. L’édifice abrite un public venu d’une cinquantaine de pays pour «Repenser l’Afrique au 21e siècle» (voir encadré).   

     
Connaissant «la minutie» de son ami Driss Guerraoui, président de l’Université ouverte de Dakhla, l’intervenant écarte l’éventuelle «erreur de casting». L’union d’Alioune Sall avec une Marocaine des Provinces du Sud n’explique pas non plus son invitation. L’intrigue monte d’un cran. «L’amitié ne doit pas être justifiée. Driss Guerraoui m’a choisi et j’en suis reconnaissant», lâche Alioune Sall en fin de compte. Vraiment? Nul doute sur la sincérité de ces propos.

L’orateur enchaîne: «Dakhla est une ville synonyme de convivialité, d’ouverture, de fraternité et de dialogue pour l’intelligentsia africaine». Cette reconnaissance cristallise toutes les ambitions de la politique étrangère africaine du Royaume du Maroc.

«L’Afrique doit faire confiance à l’Afrique»

Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Economie verte et numérique, ainsi que Mohamed Methqal, ambassadeur et DG de l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI) confirment. Ces deux commis de l’Etat citent à tour de rôle le discours royal de 2014 à Abidjan: «L’Afrique doit faire confiance à l’Afrique». En dix ans, le Souverain a effectué plus d’une cinquantaine de visites dans plus de 30 pays africains, rapporte l’AMCI. 

Des événements, comme cette 6e Rencontre internationale de Dakhla ou encore le Cross Montana -programmé pour mars 2020- sont des relais d’une influence douce à l’africaine. Les ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur ainsi que l’Agence marocaine de coopération internationale ont financé la 6e Rencontre internationale de Dakhla. Des entreprises publiques, comme la Royale Air Maroc et le groupe OCP, sont également partenaires de l’événement. Le maître de cérémonie, Driss Guerraoui, les a remerciés d’ailleurs.

Notre politique étrangère n’est probablement pas aussi intéressée que le «soft power» américain. «Nous commerçons (entre Africains) mais nous ne coproduisons pas», précise le ministre de l’Industrie Moulay Hafid Elalamy lorsqu’il évoque l’intégration économique continentale. «Moins de 20% en Afrique contre 60% en Europe». L’intervention ministérielle cite l’exemple d’une Afrique possible. En attendant de le voir jaillir, le gazoduc Maroc-Nigéria va traverser 15 pays (cf. www.leconomiste.com du 7 janvier 2019). 

Le diplomate Mohamed Methqal appelle à miser sur «le dividende démographique». Notre continent va compter en 2040 la plus grande population en âge de travailler (voir Repères). «Plus que la Chine et l’Inde réunies»! Le DG de l’Agence marocaine de coopération internationale semble convaincu que «l’émergence n’est pas un rêve mais une possibilité». Mohamed Methqal propose ainsi de «repenser le développement par l’éthique, la solidarité et la coopération».

L’influence douce est-elle compatible avec des valeurs morales? Les sceptiques ont le droit de le penser. «Derrière tous ces intellectuels, qui font valoir leurs muscles, les vrais problèmes ne sont pas traités. C’est toujours la danse cosmique des humains. Le monde n’a jamais compté autant d’experts. Il ne s’est jamais pourtant senti aussi mal», confie une source ayant souhaité garder l’anonymat et qui a assisté à bon nombre de congrès dont le Cross Montana. Face à Tanger l’internationale, il y a Dakhla l’immatérielle qui veux porter sa voix dans le concert des nations. Reste à savoir combien coûte le soft power à la marocaine et ses résultats.    

Trait d’union continental

Côté élus locaux, tous les rêves sont permis. «Consécration de Dakhla comme terre de rencontre africaine. C’est une plateforme idéale d’échange d’idées et d’expertise sur les défis de la mondialisation, de la gestion territoriale, de l’acquisition du savoir et de l’amélioration des conditions de vie des citoyens», déclare le président de la région de Dakhla-Oued Eddahab, Yanja El Khattat. Face à son auditoire, l’élu cite la lettre royale lue en 2017 au Cross Montana. Elle porte sur «la capacité de l’Afrique à confronter les défis (du 21e siècle) aux côtés de nos frères…».

La contribution marocaine peut être cultuelle. Telle que la formation de ressortissants subsahariens, voir français, via l’Institut Mohammed VI de la formation des imams, mourchidines et mourchidates de Rabat (cf. L’Economiste n°4978 du 10 mars 2017).  
Le président du conseil provincial de Dakhla-Oued Eddahab en est convaincu.

Sidi Ahmed Bakar pense sa ville comme «un trait d’union entre le Maroc et sa profondeur africaine». L’élu local appelle à «dépasser les conflits, les divergences et l’extrémisme au profit de l’intégration, le développement et la sécurité».

Vaste programme, comme l’annonce le préambule présidentiel de l’Université ouverte de Dakhla. Place au représentant du conseil de la ville. Son président, Sidi Sloh Joumani, a envoyé son émissaire pour rappeler les dures réalités: «pauvreté, immigration, insécurité…

Plus de 300 millions d'habitants du continent vivent avec moins d’un dollar par jour». Le conseil de la ville de Dakhla propose, entre autres, d’augmenter la production agricole des Africains. Ses élus chutent sur une note diplomatique: «L’Afrique est au cœur des choix stratégiques du Royaume du Maroc. Environ 1.000 accords signés avec 28 pays portent sur l’agriculture, l’eau, les infrastructures, la formation…». Banques, compagnies d’assurances, opérateurs télécoms, médias, entreprises minières prennent le relais en tissant leurs réseaux africains.

Le Maroc est le premier investisseur en Afrique de l’Ouest et le second en Afrique, selon l’Agence marocaine de coopération internationale.   Reste un fait anthropologique: «Notre continent n’est pas n’importe lequel. C’est en Afrique où l’homme a appris à marcher debout», rappelle Alioune Sall, directeur exécutif de l’Institut des futurs africains qui est basé à Pretoria. Ce membre fondateur du Forum africain de Dakhla fait un vœu: «Que 2020, la dernière année de cette décennie, soit l’épigraphe et non pas l’épitaphe» de ces rencontres.

Réflexions  pour 1,2 milliard d’habitants

«Repenser l’Afrique au 21e siècle». L’Université ouverte de Dakhla a initié, du 4 au 8 décembre, une réflexion sur l’avenir de notre continent. Ainsi, 1,2 milliard d’habitants sont concernés par cet exercice de prospective. «Des regards non-africains» se sont penchés sur l’état de la recherche scientifique et les questions majeures qui hantent le continent: changement climatique, pauvreté, terrorisme, évolution démographique, croissance économique…
Les terres africaines sont très convoitées pour leurs ressources naturelles et minérales. La présence chinoise fait ainsi de plus en plus de l’ombre à d’autres puissances économiques comme la France. Les liens culturels et cultuels du Maroc avec sa profondeur africaine pourraient être un avantage concurrentiel.  
Les relations internationales entre l’Afrique et plusieurs pays ont été passées au peigne fin à «la 6e Rencontre internationale de Dakhla»: Chili, Argentine, Brésil, Mexique, Hongrie, Russie, Viêtnam, Chine, Bahreïn, Turquie, Amérique du Nord, Australie... Dans le cas du Brésil, c’est un Sénégalais, Lansana Seydi, qui va porter un regard sur les relations avec l’Afrique. Ce professeur à l’Université Santa Ursula de Rio de Janeiro est un spécialiste du financement des entreprises et coopératives. 

L’Afrique en chiffres

  • 1,2 milliard d’habitants
  • 50% ont moins de 20 ans
  • 500 millions de citadins
  • 4.000 milliards de dollars de consommation/an
  • 5.500 milliards de dollars de consommation en 2025
  • 25% de consommation supérieure au PIB
  • 40% de la jeunesse mondiale sera africaine en 2063

Source: Ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Economie verte et numérique

                                                                                                  

Energie, drone, phosphates… Des champions de la R&D primés

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Prix Dakhla: Le Pr Jamal Berrich de l’Ecole nationale des sciences appliquées d’Oujda fait partie des trois lauréats du Prix compétitivité et partenariat université-entreprise. Le jeune informaticien a été primé, le 5 décembre à Dakhla, pour avoir développé un algorithme pour drone. Mohamed Methqal, ambassadeur et DG de l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI), lui remet un trophée (Ph. Faquihi)

Au-delà des réflexions académiques, «la 6e Rencontre internationale de Dakhla» a été marquée par la remise du Prix compétitivité et partenariat université-entreprise. Ce «prix permanent», selon les organisateurs, est parrainé par les ministères de l’Industrie et de l’Education. Énergie renouvelable, drone et process industriel au podium. Un trophée, un certificat et un chèque de 100.000 DH ont été remis aux gagnants.

Le Pr Hamid El Omari de la faculté des sciences et techniques de Settat et son binôme, Saïd Tanta, PDG de A2S Industries remportent le 1er prix. Ils ont été distingués pour leur projet de fabrication d’onduleurs dans le domaine des énergies solaires. «Un institut allemand pensait qu’on ne pouvait pas produire cette pièce au Maroc. Nous avons démontré le contraire», confie le Pr Hamid El Omari à L’Economiste. Il chapeaute le laboratoire des énergies renouvelables, environnement et développement.  Le second lauréat relève de l’Ecole nationale des sciences appliquées d’Oujda.

Le Pr Jamal Berrich est un informaticien trentenaire qui a développé un algorithme pour drone. Il a travaillé en partenariat avec une startup 100% marocaine, Atlan Space.  L’un de ses deux cofondateurs est également informaticien.

Younes Moumen a d’ailleurs représenté l’entreprise basée à Rabat lors de la remise des prix jeudi 5 décembre. Les deux lauréats sont des camarades de classe à la base. Leur amitié a abouti à un projet en R&D qui s’annonce très prometteur. Atlan Space a déjà deux marchés aéronautiques à l’étranger pour d’autres produits.

Les Jdidis décrochent le 3e prix pour avoir développé un procédé industriel pour l’exploitation et le traitement des phosphates. Le Pr Driss Zakaria relève de l’Université Chouaib Doukkali d’El Jadida. Son projet a été développé pour le compte d’une filiale du groupe OCP.

Le représentant du premier producteur mondial des phosphates «n’a pas pu répondre présent», annoncent les organisateurs. Un seul regret. Les lauréats n’ont pas pu s’exprimer en détail sur leurs innovations. Lors de son speech sur l’avenir possible de l’Afrique (voir ci-dessus), le ministre de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy, a fait allusion aux «cargos drone».

Ils vont révolutionner la gestion logistique des ports, assure-t-il. «Le monde va vers ce type d’innovation. Nous avons besoin d’usines aujourd’hui. Mais nous devons garder un œil sur le futur».

Coopération universitaire de 2009 à 2019

  • 23.000 étudiants accueillis au Maroc
  • 14.000 viennent d’autres pays africains
  • 47 nationalités étudient au Maroc  
  • 40% des étudiants boursiers du Maroc    
  • 400.000 cadres africains formés
  • 60.000 migrants dont la situation a été légalisée

Source: Agence marocaine  de coopération internationale 

Faiçal FAQUIHI

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