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    Economie

    Délais de paiement: Les TPME, premiers banquiers du pays

    Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5650 Le 09/12/2019 | Partager
    420 milliards de DH de créances interentreprises
    Malgré des lois, les impayés augmentent chaque année
    Et si l’on interdisait la déduction fiscale des factures non réglées?
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    L’essentiel du crédit interentreprises est concentré entre les mains des grands donneurs privés d’ordre

    La question des délais de paiement a de nouveau été au cœur d’une rencontre à Casablanca. L’objectif cette fois-ci était de scruter les pistes pour sortir de l’impasse(1). En ouverture de la rencontre, Mohammed Haitami, PDG du groupe Le Matin, a rappelé les efforts consentis par l’Etat pour améliorer les délais de paiement dont l’apurement de crédits de TVA qui a permis d’injecter 40 milliards de DH dans l’économie, le dépôt électronique des factures, le lancement de la plateforme Ajal, la publication des délais de paiement des établissements publics… Quid du secteur privé?

    Selon les estimations de la CGEM, le montant des impayés avoisine les 420 milliards de DH, de l’argent qui ne circule pas dans l’économie et qui est parfois gelé par les mauvais payeurs en guise de crédit gratuit. Rien n’est irréversible cependant, le comportement des entreprises en matière de délais de paiement n’étant pas uniforme. Il y a celles qui sont irrémédiablement défaillantes, celles qui ne règlent pas leurs fournisseurs à temps non pas par manque de trésorerie, mais par mauvaise foi. Et le dernier groupe comprend les entreprises qui souffrent elles-mêmes des impayés de leurs clients.

    «Nous avons constaté une forte dégradation des délais de paiement en 2017 puisqu’ils sont passés de 70 à 96 jours en quatre ans. En 2019, ils devraient redescendre à 93 jours. L’enquête Coface a également révélé que les retards de paiement sont aussi importants. Ils avoisinent 91 jours. Il faut compter en moyenne 185 jours pour être payé, tous secteurs confondus», indique Mehdi Arifi, directeur général assurance-crédit du Maghreb de l’assureur crédit. Les retards de paiement sont concentrés surtout dans les secteurs du BTP et des NTIC.

    Donnée cruciale de l’environnement des affaires, les délais de paiement interentreprises sont scrutés par les assureurs crédits, les agences de notation… «Il n’y a malheureusement aucun dispositif pour régler cette problématique. Les deux lois sur les délais de paiement ont mis beaucoup de temps à se mettre en place», déplore Amine Diouri, directeur Etudes & Communication chez Inforisk. Et la dégradation continue des délais de paiement.

    L’appréhension des impayés ne doit-elle pas être vue sous le même prisme que la «procrastination» de certains citoyens en matière de paiement des factures de téléphone, d’eau et d’électricité, des impôts, de la vignette auto… souvent réglés le dernier jour?

    «L’allongement des délais de paiement s’explique par plusieurs phénomènes: le poids des grandes entreprises qui gardent leur trésorerie pour payer leurs fournisseurs, d'autres qui préfèrent spéculer dans le foncier, l’effet d’éviction du fait qu’elles donnent la priorité au paiement des fournisseurs étrangers», déclare Hamid Belfadil, vice-président de la Fédération du commerce et des services.

    Lors de la table ronde, il y avait unanimité que les délais de paiement des fournisseurs étrangers sont plus respectés que quand il s’agit d’entreprises marocaines. «Le retour du bâton est parfois très violent», signale Hakim Marrakchi, PDG de Maghreb Industrie.

    La dégradation des délais de paiement, jusqu’à 180 jours, n’est pas sans avoir un impact sur l’image du pays à l’international. C’est un indicateur dissuasif pour les investisseurs car il renseigne sur le vrai climat des affaires. Une image qui n’est pas renvoyée par le Doing Business. D’ailleurs, la question des délais de paiement est maintenant globalisée.

    La loi s’est révélée inefficace pour rendre obligatoires le respect des délais de paiement et l’application des pénalités de retard. Et à supposer qu’elle était appliquée à la lettre, les mauvais payeurs ne risquent rien depuis que les pénalités de retard sont déductibles fiscalement.

    Des recettes pour résorber le fléau

    Pour atténuer le fléau des délais de paiement, la CGEM devait mettre en place un label «Bon payeur». Une certification qui permettrait d’être rassuré sur la solvabilité et le sérieux des entreprises labellisées. D’autres pistes sont à l’étude. Zakaria Fahim, président de la commission PME à la Confédération patronale, suggère d’interdire la déduction des factures impayées, de ne pas distribuer de dividendes lorsque le résultat net cache de gros impayés… Il signale également que beaucoup de chef d’entreprises n’ont pas été formés à la gestion du cash. Ce qui leur permettrait d’anticiper les impayés.

    Hassan EL ARIF

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    (1) Organisée, vendredi 6 décembre, dans le cadre du Cycle de conférences du groupe Le Matin, en partenariat avec la Trésorerie Générale du Royaume, sous le thème «Les délais de paiement interentreprises: Comment sortir de l’impasse?»

     

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