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    Economie

    Mobile money: Comment accélérer l'inclusion financière

    Par Amin RBOUB | Edition N°:5631 Le 08/11/2019 | Partager
    Les multiples enjeux d'un modèle alternatif et disruptif
    Fini l'exclusivité, place à l'inter-opérabilité...

    Le mobile money apporte une série d'opportunités pour toucher de nouvelles catégories de la population et contribuer à l'inclusion financière et sociale.  Et c'est la raison pour laquelle les opérateurs télécoms parient sur un décollage rapide, voire une généralisation des usages à travers ce nouveau mode disruptif de paiement. L'objectif de l'écosystème m-paiement est de capter 6 millions d'utilisateurs et 1,5 milliard de transactions en 5 ans (horizon 2024).

    Au-delà du déploiement de la technologie, des terminaux, des solutions... tout le pari passe par la flexibilité et la complémentarité réglementaire ainsi que des efforts colossaux en termes de communication et de sensibilisation pour gagner l'adhésion de la population. Ce qui est fort possible compte tenu du taux de pénétration de la téléphonie mobile au Maroc (44 millions, selon l'ANRT). Sachant qu'un numéro de GSM correspond à un numéro de compte bancaire. 

    Mais à ce stade, il va falloir convaincre le marché. Sachant que ce sont les changements culturels qui prennent le plus de temps. C'est dire l'intérêt de prendre le temps d'éduquer avant de développer le business. Mais aussi tirer des leçons de benchmarks sur le fonctionnement du porte-monnaie électronique. C'est dans cet esprit et ce contexte précis que s'est tenu, le 5 novembre, l'Acte II du cycle de conférences  «Digital Act by Inwi». Placé sous le thème: «Microfinance et assurance: les services avancés du Mobile money», l’événement a défriché la thématique, élargi les périmètres de réflexion et analysé les opportunités ainsi que les contraintes pour un meilleur décollage.

    Pour planter le décor, le débat est parti d'un constat sans équivoque: «Au Maroc, la micro-finance couvre à peine 2,5% de la population, contre par exemple 5% au Mexique et 15% au Pérou. Quant à la micro-assurance, c'est encore pire. A peine 1,6% de la population est couvert contre 23% en Inde, voire 30% aux Philippines!», tient d'emblée à préciser Meriem Oudghiri, secrétaire générale de L'Economiste et modératrice des panels. Certes, ces indicateurs sont très faibles.

    «Mais, ils renseignent sur le potentiel et les gisements de croissance, surtout avec la digitalisation des activités de la micro-finance au Maroc», poursuit Oudghiri. D'autant plus qu'il y a de nouvelles opportunités d'inclusion financière et sociale induites par l'entrée en vigueur de la réforme des activités de la micro-finance. Ce qui permet de toucher de nouvelles catégories de la population avec l'octroi de crédits allant jusqu'à 150.000 DH.

    «Nous sommes convaincus que le mobile money permettra de développer l'accès au micro-crédit et à l'assurance ou encore l'inclusion financière avec des produits spécifiques et adaptés au plus grand nombre», explique Nicolas Lévi, CEO d'Inwi money. Pour assurer un meilleur décollage à l'inclusion financière, un nouveau modèle économique s'impose.

    L'enjeu de ce modèle plus inclusif réside dans la reconfiguration des conditions d'octroi de crédit, des services de la micro-finance et de l'assurance pour les rendre accessibles au plus grand nombre.  Selon Mehdi Tazi, membre du Conseil national de l'inclusion financière, «le vrai taux de bancarisation de la population est de 29%, selon la méthodologie de la Banque mondiale (et non pas 70%). Autrement dit, il y a plusieurs catégories de la population exclues du système bancaire, puisque la bancarisation est fortement liée à l'emploi». Parmi les exclus, figurent les femmes sans emploi, les jeunes, les artisans, les ruraux, les TPE... Ce qui explique les fortes disparités sociales.

    «Le micro-crédit au Maroc est souvent sollicité pour remplir le frigo. Il va falloir prodiguer une culture financière, sensibiliser... Les questions sociales et sociétales doivent prendre toute leur place pour créer de la valeur et de la croissance», préconise Amina Kchirid, universitaire-experte en inclusion financière.

    Sur le même registre, 65% des communes n'ont pas accès à des points de financiarisation. En clair, 65% des Marocains, les ruraux a fortiori, n'ont pas accès à la bancarisation. Paradoxalement, l'accès à la proximité bancaire est très développé puisque le Maroc (3e derrière la France et le Danemark) compte 24 agences bancaires pour 100.000 adultes. Sauf que les points d'accès à la finance sont jusque-là essentiellement portés par les banques. Dans d'autres pays, ils le sont par le m-money. Or, les panelistes sont unanimes, «le modèle bancaire stricto sensu a montré ses limites. De plus, les banques ne prennent pas suffisamment de risques».

    C'est la faute à la régulation. «Il n'y a pas suffisamment de flexibilité et de réactivité pour s'adapter», estime Mehdi Tazi. D'où le retard pris par le Maroc pour résorber les inégalités et accélérer l'inclusion financière. «L'axe de la régulation est un élément-clé de développement du mobile money. Il va falloir que les 3 régulateurs adoptent un modèle de coopération basé sur la complémentarité, la flexibilité, les synergies et la coordination», soutient Abdou Diop, directeur associé au cabinet Mazars. Autre facteur déterminant, selon Diop, la transparence des coûts des opérations et des transactions. Ce qui implique un changement de paradigme. Mais il y a aussi l'axe de synergies et de coopération entre les différents acteurs. En clair, l'interopérabilité entre les acteurs du micro-crédit et ceux du mobile-money.

    Fini donc les modèles basés sur l'exclusivité des périmètres. Le nouveau schéma devra annoncer d'autres modèles de distribution où la notion de proximité physique devra se réduire avec le m-payment. Ce qui implique des équipements plus importants et des solutions auprès des ménages pour fluidifier les transactions, la couverture télécoms des zones dites blanches, les réseaux, des efforts pédagogiques...

    Blockchain

    Parmi les solutions du mobile money, il y a la blockchain. Mais qu'est-ce que la blockchain? Ce terme est tellement galvaudé qu'il signifie tout et n'importe quoi auprès de la communauté des affaires. En fait par blockchain (mot composé de block et de chaîne), l'on entend une technologie de stockage et de transmission de données transparentes, sécurisées et fonctionnant sans organe central de contrôle, résume Samir Bennani, expert MIT en Data et Blockchain. Selon ce spécialiste, la blockchain constitue un système décentralisé et une base de données qui intègre tous les échanges effectués entre utilisateurs depuis la création. Cette base de data sans intermédiaires est sécurisée, distribuée et partagée par ses différents utilisateurs... «Justement ce système permet des complémentarités dans le sens où tout le monde peut être une banque, prêter de l'argent, faire des donations... L'enjeu de la blockchain réside dans la suppression des intermédiaires et la baisse du coût du crédit avec des commissions insignifiantes. Les coûts de la mobile money sont amortis par la mutualisation et les frais sont extrêmement réduits.

    Amin RBOUB

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