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    Guerre des talents: Les recommandations des experts

    Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5624 Le 29/10/2019 | Partager

    Face à la mondialisation et à la digitalisation accrue, le défi du recrutement au Maroc est double. Une course effrénée aux talents est engagée. Motivation, reconnaissance, bien-être, rémunération... Tant d’éléments clés pour la rétention des collaborateurs qui sont souvent absents des entreprises marocaines. Même si la prise de conscience est là, les employeurs ne déploient pas toujours les bons moyens pour fidéliser leurs compétences. «L’entreprise doit opérer sa transformation et créer des conditions de travail plus efficaces pour pouvoir fidéliser ses talents. Pour l’heure, nous n’en faisons pas assez», déplore Zakaria Rbii, président de l’Agef...

    ■ Assurer une proximité avec la hiérarchie

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    Saad Berrada, DRH Intelcia
    (Ph. Intelcia)

    «Il existe actuellement un contexte économique favorable aux compétences marocaines, surtout dans le domaine de l’IT. Elles sont plébiscitées sur le marché international», analyse Saad Berrada, DRH d’Intelcia. «Le turnover dans le secteur de l’offshoring est coûteux et difficile à calculer. Nous avons des activités qui nécessitent 6 mois de formation. Toutefois, si les départs sont maîtrisés, tout le monde y trouve son compte. Nous avons mis en place des outils pour baisser le turnover ou du moins le stabiliser», explique-t-il. Au niveau RH, de grands pas sont à réaliser pour assurer une bonne expérience collaborateur et faire preuve davantage de reconnaissance.
    Pour Berrada, il existe certes une prise de conscience. Le facteur humain commence à être considéré comme un élément clé. Mais au niveau de la pratique, il reste encore beaucoup à faire pour réconcilier les collaborateurs avec leur entreprise. Les employeurs peinent à instaurer tous les outils pour retenir leurs talents. Selon l’expert RH, il est important que les salariés disposent d’une proximité avec leur direction. Ils sentent ainsi que leurs actions sont prises en compte et qu’ils sont écoutés, y compris par le top management. «A Intelcia, les collaborateurs sont considérés comme des clients internes. Ils sont respectés dans leur dignité, reconnus pour leurs compétences et rémunérés à leur juste valeur. Par ailleurs, les ¾ de nos managers sont promus en interne», confie-t-il.

    ■ Pourquoi pas une Silicon Valley marocaine?

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    Zakaria Rbii, président de l’Agef (Ph. Agef)

    «L’entreprise doit opérer les transformations nécessaires, créer des cadres de travail et de rétention des talents plus efficaces pour pouvoir fidéliser ses compétences. Ils ont besoin de projets stimulants pour les dissuader de quitter leur employeur ou de partir à l’étranger. Pour l’heure, nous n’en faisons pas assez», regrette Zakaria Rbii, président de l’Agef (Association nationale des gestionnaires et formateurs des ressources humaines). La pénurie des talents touche particulièrement le secteur de l’IT. Quelques milliers de profils mettent les voiles chaque année. Pour Rbii, les politiques de gouvernance devraient prévoir des structures d’attractivité pour les talents dans le domaine des nouvelles technologies. «Pourquoi ne pas créer une Silicone Valley africaine au Maroc? Comme nous avons réussi à créer des pôles pour les métiers mondiaux tels que l’automobile, l’aéronautique, l’agro-industrie, je pense que nous sommes capables de faire pareil dans le domaine des nouvelles technologies. Cela permettra de retenir les talents qui souhaitent s’expatrier et d’attirer les compétences, notamment africaines, au Maroc», suggère-t-il. Le président de l’Agef recommande, par ailleurs, de multiplier le nombre d’ingénieurs formés. «Aujourd’hui, près du tiers des lauréats a signé un contrat à l’étranger avant sa sortie d’école. C’est une tendance structurelle de fuite des talents qui va continuer, puisque la demande émanant des pays développés est forte», souligne Rbii. Toutefois, l’expert RH préfère rester optimiste. «Il y a certes une perte au niveau du coût de la formation à l’échelle macroéconomique, mais de mon point de vue, ce n’est pas réellement une perte. Ces départs permettent aux talents d’aller se former en compétences que nous n’arrivons pas à développer, et tôt au tard, ils reviendront au Maroc, pour y travailler, créer leur projet, ou mettre en place des partenariats entre leur pays d’accueil et leur patrie. Au final, c’est un investissement à moyen ou long terme», souligne Zakaria Rbii.

    ■ «Tout le monde constate mais personne n’agit»

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    Khadija Boughaba, DG Invest RH (Ph. L’Economiste)

    Pour Khadija Boughaba, DG d’Invest RH, la question à se poser est «pourquoi ces jeunes qui s’expatrient réussissent des parcours brillants ailleurs et pas au Maroc?». «La PME, qui représente 95% du tissu économique du Maroc, peine à évoluer. Quand nous traitons des offres d’emploi avec ces structures, nous constatons que la majorité sous-estime les compétences des profils qu’elles souhaitent recruter. Elles veulent des profils expérimentés, mais proposent des salaires oscillant entre 6.000 DH et 9.000 DH. Or, ceux qui accepteront ces rémunérations sont généralement des débutants ne pouvant assurer des missions de seniors», explique-t-elle. «Nous sommes en pleine mondialisation et la concurrence à l’échelle internationale est plus rude. L’entreprise marocaine a intérêt à se mettre aux standards internationaux pour retenir ses talents. Aujourd’hui tout le monde constate que l’expatriation des talents, surtout dans le secteur de l’IT, s’accentue,  mais personne n’agit», regrette Khadija Boughaba. Selon l’experte, le réel problème de l’employeur marocain est qu’il ne veut pas rémunérer les compétences à leur juste valeur. «Il faut qu’ils changent de mentalité et qu’ils prennent au sérieux les ressources humaines, en mettant en place les bons dispositifs pour l’évolution de carrière, le cadre de travail approprié, la juste rémunération…», recommande-t-elle. «L’absence d’attractivité territoriale est aussi problématique. La zone industrielle de Kénitra, par exemple, peine à attirer des talents. Même avec des salaires intéressants, ces jeunes qui vont devoir s’installer dans la ville n’y trouvent pas un cadre de vie agréable, des logements adéquats, des centres de loisirs … Malheureusement, sur ce plan, il n’y a pas encore une réelle prise de conscience de la part des autorités», regrette la DG d’Invest RH.

    Tilila EL GHOUARI

     

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