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    Justice

    Affaire Imlil: «Je suis capable de dire que Ben Laden est mon père»!

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5619 Le 22/10/2019 | Partager
    24 personnes devant les juges antiterroriste
    Des accusés qui ignorent pourquoi ils sont poursuivis
    La majorité travaille, sans antécédents judiciaires et peu scolarisée
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    Le pic de 2003 est lié aux attentats du 16 mai survenus à Casablanca. Après «l’accalmie», les procédures antiterroristes ont grimpé en 2007. Année où la métropole économique a connu une seconde attaque, le 10 avril au quartier Farah. Cinq morts sont recensés dont les terroristes et un officier de police. Le nombre de dossiers remonte en 2010. L’attentat à la bombe au café Argana à Marrakech a coûté la vie à 18 personnes. Le ministère de la Justice relève une moyenne annuelle de 294 dossiers de terrorisme. Soit 2% des crimes et délits d’atteinte à la sécurité et l’ordre public. Ces derniers comptabilisent 16.303 affaires entre 2003 et 2011

    La juridiction antiterroriste de Salé enchaîne les audiences. Son président, Youssef El Alkaoui, a interrogé courant octobre, et presque d’un seul trait, les 24 accusés dans l’affaire d’Imlil. Le procès, ouvert en appel fin août 2019, porte sur plusieurs crimes et délits: assassinats de deux jeunes randonneuses aux environs de Marrakech, constitution de bande criminelle, atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, apologie du terrorisme, rassemblement sans autorisation... Telle est la longue liste des charges retenues par le représentant du ministère public, Khalid Kerdoudi. Et où les enquêteurs du Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ) ont joué un rôle important. Le procès avance à un rythme régulier. Après l’interrogatoire des accusés, place aux  plaidoiries le mercredi 23 octobre. Le procureur général du Roi, la partie civile et la défense vont respectivement se relayer pour faire valoir leurs points de vue. 

    Cependant, l'audience du 9 octobre interpelle du moins les rares journalistes restés jusqu’à minuit passé. Que découvre-t-on à la barre des accusés?

    Premier constat. Seulement 6 personnes sur 24 ont des antécédents judiciaires. Trois jeunes hommes ont été déjà condamnés à des peines de prison allant jusqu’à 2 ans pour apologie du terrorisme ou tentative de ralliement d’une organisation terroriste en Syrie. C’est le cas de la «tête d’affiche» du groupe, Abdessamad El Joud. Deux autres accusés ont des démêlés avec la justice soit pour trafic de drogue, soit pour ivresse. Mais la large majorité de leurs compagnons de cellule a un casier judiciaire vierge.

    Deuxième constat. A l’exception d’un seul sexagénaire menuisier de son état, tous les autres accusés sont des trentenaires, nés pour la plupart dans les années 1980 et 1990. Les uns ont des petits commerces d’appareils électroniques ou de restauration. D’autres sont artisans dans la maçonnerie ou la menuiserie, voire agriculteur ou imam non rattaché au ministère des Affaires islamiques...  

    Il y a quelques jeunes pères de famille parmi les accusés. La majorité des mis en cause est très faiblement scolarisée. Deux seulement ont poursuivi des études universitaires, en littérature anglaise et en théologie.       

    Troisième constat. Des déclarations qui mettent en doute la légalité de l’enquête. Bon nombre des poursuivis «découvrent» les faits reprochés. C’est le cas notamment de la dernière personne interrogée, Mohamed Bousaleh. Un autre coaccusé, Abdelaziz Feriat, reconnaît qu’il est «rallié à lui-même et au Maroc» et d’ajouter que «les accusations étaient déjà prêtes au BCIJ»!

    Au prétoire, Abdelaziz Châabti  se déclare «toujours sous le choc». «Je prends des antidépresseurs depuis ma poursuite judiciaire. Je suis capable de dire que Ben Laden est mon père», confie-t-il à des juges impassibles.

    Un autre jeune, Amine Dimane, analphabète, condamné une fois pour ivresse et qui «ne prie pas», admet-il à la présidence avec un naturel déconcertant. Les rires se font discrets vu la solennité de l’audience. Le jeune homme -visiblement mal en point moralement-  enchaîne: «J’ai signé mon PV sous la violence policière et mon compte facebook a été piraté à deux reprises». Trentenaire et sans antécédent judiciaire, Abdellah El Ouafi déclare aussi «avoir signé sous la pression et sans lire son PV».  

    Quatrième constat. Le président de la Cour a dû expliquer à maintes reprises à ses interlocuteurs les chefs d'inculpation qui pèsent sur eux. Le droit et ses termes sont abscons même pour les plus lettrés. Il les questionne ensuite sur les faits qui leur sont reprochés individuellement.

    Le seul accusé étranger, Kevin Zoller Guervos, a eu droit à un traducteur assermenté, Alâ Fajri. «Je fais l’objet d’accusations très graves et j’ai beaucoup de choses à dire monsieur Raïs», insiste le jeune Suisse sur un ton suppliant. «Répondez uniquement aux questions posées. Vous aurez droit à un dernier mot avant le délibéré», lui intime le juge.

    La jurisprudence «like»

    Nourredine Belabed fait partie de ceux qui «ne connaissent pas 99%» des personnes arrêtées dans l’affaire d’Imlil. Il a été condamné en première instance à 30 ans de réclusion. «Je veux savoir pourquoi je suis emprisonné pour ne plus être obsédé par mon ignorance», déclare-t-il lors de son interrogatoire par la présidence de la Cour. Le jeune homme a déjà eu affaire à la justice dans un autre dossier. Il a écopé de deux ans de prison, de 2015 à 2017, pour apologie du terrorisme. La présidence du ministère public a recensé 107 cas en 2018 (cf. L’Economiste n°5582 du 30 août 2019). Aimer ou partager une vidéo ou des discours haineux, d’appel au «jihad» ou au ralliement d’organisation terroriste mènent en prison. Deux jugements ont été prononcés le 9 octobre notamment pour apologie du terrorisme et non dénonciation d’actes terroristes. Tel est l’avis de la juridiction antiterroriste de Salé qui a une compétence nationale. Sa jurisprudence «like» explique en partie pourquoi l’incitation et l’apologie du terrorisme sont en tête des poursuites judiciaires: 188 en 2018 (voir aussi illustration).  Et ce, au même titre que la non-dénonciation d’un projet terroriste avec ses 24 cas recensés l’an dernier. Les réseaux sociaux sont aussi source d’ennuis avec la justice.  Vous voilà avertis!

    Faiçal FAQUIHI

     

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