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    Economie

    Cinq ans pour réussir la transformation radicale de l'école

    Par L'Economiste | Edition N°:5612 Le 11/10/2019 | Partager
    500 millions de dollars débloqués par la Banque mondiale sur cinq ans
    Objectif, sortir le système de la logique «Comptabilité-Logistique»
    Une base, la stratégie «2015-2030»
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    En cinq ans, 10.000 enseignants seront formés aux nouvelles filières-clé. 60.000 autres devaient recevoir une formation continue personnalisée (Ph. DR) (Les visages ont été modifiés)

    La Banque mondiale a accordé un prêt-résultat de 500 millions de dollars au Maroc étalé sur cinq ans. L’objectif de ce programme, lancé jeudi 10 octobre, est «d’appuyer la vision stratégique de l’Education nationale et de s’inscrire dans les réformes qui ont été engagées». Le contexte est le suivant: le secteur éducatif est une priorité pour le gouvernement. L’effort budgétaire que déploie le Maroc pour l’éducation est largement au-dessus de ce que l’on observe dans la région Mena.

    C’est clairement une grande priorité en termes d’allocation budgétaire en plus de l’engagement et du soutien de la plus haute autorité du pays. Le tout assorti de la vision stratégique «2015-2030». 

    Pour la Banque mondiale, ce sont des éléments très favorables. Malgré ce contexte et des progrès réalisés ces 20 dernières années en matière d’accès à la scolarisation – généralisation de l’école primaire – les résultats sont médiocres, relève Fadila Caillaud, coordinatrice du programme de Développement humain à la Banque mondiale. Basée à Rabat, la consultante couvre le Maroc, l’Algérie, la Libye, Malte et la Tunisie.

    Le problème n’est pas que les enfants aillent à l’école mais qu’ils y apprennent quelque chose. Sur cette dimension, les performances sont mauvaises lorsqu’on se positionne dans les tests internationaux. Vu de la Banque mondiale, ce tableau est un véritable paradoxe. Avec le ministère de l’Education, l’institution a réfléchi sur «les moyens d’en finir avec ce paradoxe». Conclusion: le problème principal du système éducatif tient dans sa manière de fonctionner.

    Le système est fondé sur une logique de logistique et de comptabilité: il construit des écoles, recrute des enseignants, gère la rentrée scolaire et assure le suivi des effectifs, etc. Cette logique a très bien fonctionné pendant 20 ans, mais quand vous voulez de l’apprentissage, la performance, ce n’est pas la bonne approche. C’est sur cet axe-clé, cette transformation, que se concentre le programme que soutient la Banque mondiale.

    Trois domaines ont été identifiés de manière à améliorer les performances du système. Le premier concerne l’amélioration de l’apprentissage des enfants. Aujourd’hui, la plupart entrent à l’école sans y être préparés, un sur deux n’ayant pas accès à l’enseignement préscolaire de qualité.

    Toutes les études scientifiques montrent une forte corrélation entre le préscolaire et la réussite des élèves. Ainsi l’institution de Bretton Woods va accompagner le Maroc à réaliser l’objectif de la généralisation du préscolaire d’ici 2027. Il ne s’agit pas de procéder à l’expansion massive de l’enseignement préscolaire, mais de veiller à ce qu’il soit suivi avec la qualité.

    Deuxième axe du programme: En face des enfants prêts à apprendre, il faut des enseignants prêts à enseigner, souligne la consultante de la Banque mondiale. Cela veut dire des instituteurs bien formés et mis à niveau durant toute leur carrière. En formation initiale, le schéma est 3 ans minimum d’université et une période de transition de 2 ans durant laquelle les enseignants ont le statut de stagiaire.

    Le troisième axe vise l’organisation et le fonctionnement du système éducatif. Si le Maroc veut avoir de meilleurs résultats d’apprentissage, le système doit intégrer plus de flexibilité, d’autonomie et de responsabilité.  Tout au long de la chaîne, les responsables devraient avoir la capacité de mettre en œuvre les politiques d’éducation et plus de pouvoir pour agir au plus près des besoins.

    A.S. & E.L.

                                                                                   

    La Banque mondiale change de «logiciel»

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    Fadila Caillaud, coordinatrice du programme de Développement humain, Banque mondiale: «Une grande partie des enfants marocains ne sont pas prêts à apprendre. La majorité reste à la maison jusqu’à 6 ans, et pour la plupart, ils ne sont pas exposés à l’arabe littéraire mais au dialectal» (Ph. Bziouat)

    - L’Economiste: Qu’est-ce qui ressort des précédents programmes de réforme de l’éducation soutenus par la Banque mondiale?
    - Fadila Caillaud:
    Notre évaluation aussi bien de nos programmes que ceux des gouvernements, est que la logique «Comptabilité » ne permet pas d’améliorer les résultats d’apprentissage. Par le passé, la Banque mondiale ciblait des réformes, des changements de politiques. Notre évaluation est que le Maroc dispose de bonnes politiques. Le problème se trouve dans le gap avec leur mise en œuvre. Notre valeur ajoutée est de faire en sorte que les décisions soient mises en œuvre et qu’elles produisent de l’impact. Pour cela, la capacité locale est cruciale. Prenons l’exemple des Académies régionales d’éducation et de formation (Aref). Ces structures ont été créées en 2002, elles jouent un rôle croissant car 95% du budget de l’éducation sont exécutés à leur niveau. Mais les Aref ne disposent pas de capacités suffisantes pour gérer l’exécution de dépenses, ni la latitude et l’autonomie sur comment elles souhaiteraient appliquer leurs programmes. C’est un exemple de décalage entre les intentions énoncées dans la politique sectorielle et la manière dont elles sont concrétisées. Au niveau de la Banque mondiale, nous avons aussi revu notre approche. L’instrument d’accompagnement de la réforme qui a été choisi est un prêt-résultat, il n’est décaissé que lorsque certains résultats ont été atteints.

    - Sur quels indicateurs allez-vous vous appuyer pour apprécier les résultats?
    - Ces indicateurs ont été conjointement définis avec le ministère de l’Education nationale et le ministère des Finances. Pour le préscolaire par exemple, d’ici cinq ans, le système doit être en mesure de produire de la qualité. Au moins 20.000 éducatrices devraient être formées à la pédagogie du préscolaire. Par ailleurs, le ministère de l’Education doit avoir développé des outils de mesure de la qualité du préscolaire. L’objectif est que le ministère et les Aref utilisent ces outils pour suivre les progrès. Parmi les indicateurs, on peut citer: 10.000 nouveaux enseignants qui devraient être passés par des filières de formation-clé, accès à une formation continue personnalisée pour 60.000 enseignants d’ici cinq ans, etc. Nous avons des objectifs intermédiaires afin d’accompagner le ministère dans la mise en œuvre de la stratégie «2015-2030».

    - Comment expliquez-vous que l’on soit si mauvais dans les classements internationaux?
    - De notre évaluation, il ressort clairement qu’une grande partie des enfants marocains ne sont pas prêts à apprendre. La majorité reste à la maison jusqu’à
     6 ans, et pour la plupart, ils ne sont pas exposés à l’arabe littéraire mais au dialectal. Du coup, ils arrivent à l’école primaire sans maîtriser les aptitudes à sociabiliser, à écouter, à comprendre la langue dans laquelle ils vont apprendre. L’ONDH a réalisé une étude en 2017 qui montre la différence entre les enfants qui sont passés par le préscolaire et les autres qui ne l’ont pas fait.
    La deuxième explication tient aux enseignants. Avec la massification de l’école qui a commencé au début des années 2000, l’Etat a recruté dans l’urgence des milliers d’enseignants qui n’ont pas eu la formation adéquate. Ils ont parfois été mis dans les salles de classe sans la moindre expérience pratique.

    Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA & Emma LABESCAT (ESJC)

     

     

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