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    Economie

    Université d’été de la CGEM: Le grand remue-méninges de Sarkozy

    Par Amin RBOUB | Edition N°:5593 Le 16/09/2019 | Partager
    Brainstorming autour du modèle de développement
    Des solutions de rupture dans un monde en pleines mutations
    Capital humain, éducation, formation, intelligence artificielle… Le virage immatériel
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    «Le Maroc a une opportunité à agir et un rôle stratégique à jouer pour se positionner en leader du sud de la Méditerranée… Je crois au partage et à l’échange, je ne crois pas aux sectes», dira Nicolas Sarkozy, ancien président de la République française, la guest-star et l’invité d’honneur de la 2e Université d’été de la CGEM aux côtés de Salaheddine Mezouar, président de la Confédération (Ph. Bziouat)

    Des échanges d’une forte intensité, un débat franc et audacieux… Un think tank qui a déconstruit les discours  pour apporter de nouvelles idées et réponses en phase avec un nouvel ordre mondial assez complexe et imprévisible.

    Il faut dire que les intervenants sont de classe mondiale: Lionel Zinsou (ancien Premier ministre du Bénin), Jean-Louis Borloo (ancien ministre d’Etat français), Aminata Touré (ancienne Première ministre et présidente du CESE du Sénégal), Paulo Portas (ancien ministre des Affaires étrangères du Portugal)… Et surtout la guest star et invité d’honneur, Nicolas Sarkozy, ancien président de la République française, qui a marqué l’événement par la qualité de ses analyses, son éloquence habituelle et la profondeur de ses propos. 

    C’est ce qui a marqué la 2e Université d’été de la  CGEM dont l’objectif est d’engager une grande réflexion, voire un sursaut vers un nouveau modèle de développement dans un esprit de rupture. Pendant deux jours, l’entreprise a été au cœur des débats et d’analyses pertinentes. La thématique retenue cette année: «L’entrepreneuriat: axe central du modèle de développement» s’inspire fortement des orientations des derniers discours du Souverain.

    D’ailleurs, la particularité de cette édition est qu’elle s’est  tenue sous le haut patronage royal. «Cette édition est exceptionnelle, car elle coïncide avec les 20 ans de règne et le débat national en cours sur le modèle de développement», souligne Salaheddine Mezouar, président de la  CGEM.

    C’est une sorte de bilan de 20 années de réformes, de projets de développement, de volontarisme, de succès mais aussi… d’échecs, tient à préciser le patron des patrons. «Force est de constater que la situation demeure difficile pour nos entreprises, difficile pour nos concitoyens, sur fond de croissance atone et d’accès faible à l’emploi.

    Les inégalités sont devenues insupportables, les systèmes de redistribution grippés et le fardeau trop lourd pour les classes moyennes. Notre système éducatif est défaillant et l’informel prend ses aises à défaut d’être combattu ou intégré», soutient le patron des patrons. Plus encore, le moteur de l’entrepreneuriat marocain est en panne. A peine 25% des investissements proviennent du secteur privé. Or, à l’international c’est plutôt le privé qui drive les investissements.

    «Nous sommes en train de rater le coche de la nouvelle économie et des startups», poursuit Mezouar qui, en même temps, appelle à la mobilisation générale, un sursaut collectif et des réponses audacieuses et systémiques. Ce qui passe par la consistance des stratégies sectorielles, la mise à jour des facteurs de compétitivité, l’amélioration de l’environnement des affaires, le soutien à l’entrepreneuriat ou encore un meilleur suivi des accords de libre-échange mieux négociés.

    Et surtout une croissance inclusive et équitablement partagée avec de nouvelles opportunités jusque-là inexploitées dans les territoires et régions… Dans le même sillage, Mezouar admet que la CGEM doit dépasser son rôle traditionnel de «syndicat des patrons», pour constituer une force de propositions.

    «Nous avons une forte conviction: à lui seul, l’Etat ne peut garantir le développement de chacun. Du coup, l’entreprise doit prendre le relais, en toute responsabilité». Voilà en substance le préambule qui a planté le décor au démarrage de la 2e Université d’été de la Confédération patronale.

    Certes, le Maroc a engagé des efforts importants les 20 dernières années, notamment dans les infrastructures, routes, autoroutes, ouvrages d’art… Sauf que cela ne suffit pas. Il va falloir désormais investir autrement en mettant l’accent plus sur  le capital humain, l’éducation, la formation, les nouveaux métiers, la santé, l’intelligence artificielle… Selon des études, «85% des emplois de l’année 2030 n’existent pas aujourd’hui», tient à préciser Fathallah Sijilmassi, ancien SG de l’Union pour la Méditerranée.

    Pour Lionel Zinsou, c’est indéniable, le Maroc a réalisé de grands projets d’infrastructures (centrales solaires, projets Masen, TangerMed… ). Ce qui est exceptionnel! «Sauf que cela coûte beaucoup de capitaux, plus d’externalités et apporte moins de travail».

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    Près de 2.500 participants du monde des affaires et politique étaient présents à la 2e édition de l’Université d’été de la CGEM. L’objectif a été d’engager une grande réflexion, voire un sursaut vers un nouveau modèle de développement dans un esprit de rupture (Ph. F. Alnasser)

    Autre lecture, autre analyse (sur le Maroc) de Nicolas Sarkozy cette fois-ci: «Je n’ai pas beaucoup d’exemples avec des trajectoires où il y a eu autant de risques et autant d’étapes mesurées vers la modernité. Et je ne dis pas que tout a été résolu. Retenez que pendant la période du printemps arabe, le Maroc a donné une grande leçon de stabilité… Vous êtes un pôle de stabilité. Et c’est le meilleur atout du Maroc.

    Le regard extérieur est très important. Car soi-même, on ne voit pas l’évolution de la société et du pays qui est le sien. Vous savez, sans la stabilité, il n’y a rien. C’est pour moi, le bien le plus précieux». Plus encore, «la stabilité et l’unité sont le trésor du Maroc. Cela vaut plus que tous les puits du pétrole au monde», soutient Sarkozy.

    Parmi les autres atouts, l’ancien président français évoque le 1er TGV en Afrique et dans le monde arabe, le potentiel exceptionnel du tourisme, la  démographie (35 millions d’habitants)… «L’avenir n’est pas à la division mais plutôt au rassemblement (ndlr: Maghreb-Méditerranée) et à l’union. Cela permet de baisser les coûts, d’accélérer le progrès et le développement, la mobilité et le rapprochement des peuples… Il y a un potentiel indéniable de sécurité et de développement économique». Aux yeux de l’ancien président: «Le Maroc a une opportunité à agir et un rôle stratégique à jouer pour se positionner en leader du sud de la Méditerranée… Je crois au partage et à l’échange, je ne crois pas aux sectes».

    Sarkozy évoque aussi l’importance de grands leaders en Afrique tels que Mohammed VI, Alassane Ouattara, Paul Kagame… «Le leadership est irremplaçable. Dans la société, il est très important d’avoir des hommes et des femmes qui savent prendre des risques».

    Dans le même sillage, l’ancien président français précise qu’il ne faut pas avoir peur des échecs. «Il n’y a pas de succès sans échec. C’est formateur». A ceux qui ont connu l’échec professionnel ou familial… il précise: «au fond, le bonheur est dans l’épreuve surmontée, jamais celle déviée».

    Dans le même ordre d’idées, il s’adresse aux entrepreneurs marocains: «La crise est un accélérateur de décisions. Elle permet d’enclencher des résolutions et apporte de nouvelles opportunités… Au même titre que dans la maladie, il y a une grâce. La maladie, soit elle vous détruit, soit elle vous change». Autrement dit, tout ce qui ne tue pas, rend plus fort.

    Aux yeux de Nicolas Sarkozy, le futur modèle de développement en Afrique devra se traduire par «une grande ambition, celle des infrastructures. Cela coûtera infiniment moins cher qu’une crise et des drames migratoires».

    «C’est la faute aux réseaux sociaux!»

    «Jamais le leadership n’a été autant contesté… Et c’est la faute aux réseaux sociaux», estime Nicolas Zarkozy. C’est insensé, s’est-il exclamé faisant allusion à Donald Trump: «Aujourd’hui, c’est plutôt Twitter qui sert d’instance de dialogue et d’arbitrage, de média officiel… Dans le nouveau monde médiatique, la seule chose qui compte, c’est… le buzz. On ne parle jamais des choses essentielles, mais de questions d’image et de populisme, sans plus». Pour Sarkozy,  le commerce mondial  dépend aujourd’hui du pied avec lequel se lève Donald Trump… Mais Boris Johnson est encore pire que Trump, «c’est un idéologue». Et d’ajouter: «Ce sont des gens, qui se baladent dans une pièce où il y a beaucoup d’odeur d’essence, avec des briquets allumés. C’est insensé!».

    «L’égalité, c’est la négation de la différence»

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    Nicolas Sarkozy aux côtés de Jean-Louis Borloo, ancien ministre d’Etat français (Ph. F. Alnasser)

    Pour l’ancien président de la République française, il faut arrêter avec les discours démagogiques autour de l’égalité. «Cette fascination de la gauche (ndlr: française) pour l’égalité est étonnante… Dans mon système de valeurs, il faut plutôt respecter la différence. Or, l’égalité est la négation de la différence. Le but d’une société n’est pas l’égalité, mais plutôt la justice. Ce qui est différent». Et  c’est la différence qui crée la richesse. «Tant qu’une société permet des trajectoires avec le droit de choisir, chacun selon son destin, ses ambitions et dans le respect des différences… elle sera riche, plurielle et apaisée. Il faut cultiver le droit à la différence, le respect des libertés de chacun quels que soient son âge ou son origine…» Et de conclure: «la différence n’est pas un risque de désagrégation de l’humanité ou de la société. Tout au contraire, la richesse d’une société est dans ses différences, son pluralisme, sa diversité…».

    Amin RBOUB

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