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    Dossier Spécial

    Jeunes: Comment remobiliser une génération désabusée

    Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5565 Le 26/07/2019 | Partager
    Education, emploi, santé... «un système qui ne profite qu’aux riches»
    Les politiques complètement has-been
    Confiance, écoute, respect, des urgences pour les réhabiliter dans leur environnement
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    Ils sont 43% des jeunes âgés entre 15 et 24 à croire en un avenir meilleur pour le pays et 42% à avoir un avis négatif. Toutefois, l’optimisme augmente avec l’âge

    Le Souverain a su négocier le virage du printemps arabe. Alors que les pays voisins s’embrasaient les uns après les autres, le Roi Mohammed VI a fait appel à son peuple pour une décision inédite: un référendum pour changer la Constitution, et faire de ces fondamentaux une nouvelle démarche vers la démocratie. Ce nouveau cadre institutionnel a aussitôt placé le Maroc au-dessus  de la mêlée.

    En effet, la nouvelle constitution, applaudie autant par les Marocains eux-mêmes que par le reste du monde, a consacré la démocratie et fait du Maroc un exemple dans le Maghreb. Elle a traduit de grandes avancées (le droit de la liberté, amazigh langue officielle, l’identité marocaine plurielle et composite, des instances de gouvernance...). Le nouveau cadre a été perçu comme une nouvelle étape dans le processus de parachèvement de la construction de l’État de droit. 

    A l’origine de ce changement, le Mouvement du 20 février 2011 dont on ne parle presque plus aujourd’hui. Mais depuis qu’est-il devenu? Où sont passés ces manifestants? «Ces jeunes ont été aspirés par la société. Les uns travaillent, d’autres ont immigré et certains opèrent dans le secteur informel. Les leaders du Mouvement, eux, ont été récupérés par le système», explique Mustapha Sehimi, politologue et avocat au barreau de Casablanca. «Fait intéressant, cette génération ne présente aujourd’hui aucune spécificité particulière. Personne ne revendique aujourd’hui le statut contestataire de 2011. En revanche, un héritage demeure, celui de l’esprit du 20 février», analyse-t-il.

    Cet esprit-là perdure et alimente la dynamique de contestation dans le pays, mais sous d’autres angles et dans de moindres mesures... pour l’instant. Le sentiment de révolte est toujours présent, se nourrissant du sentiment de rejet, de désespoir et de frustration chez les jeunes. «Il faut rester vigilant car si les circonstances qui ont poussé ce mouvement à voir le jour se réunissent à nouveau, les jeunes d’aujourd’hui pourraient ressortir encore une fois», relève Mohssine Benzakour, psycho-sociologue.

    Depuis le Mouvement du 20 février, les foyers de contestations ne se sont pas véritablement éteints dans le pays. Les manifestations du Hirak d’Al Hoceïma et de Jerada en témoignent. «Nous avons vécu d’autres secousses ces dernières années.

    Lors du changement à l’heure d’été, la situation a été mal gérée au départ et aurait pu exploser», souligne Benzakour. Cette décision parachutée par le gouvernement, à la dernière minute, sans consultation préalable des parties concernées, a en effet provoqué un tollé auprès des parents et des élèves. Des centaines d’écoliers et lycéens étaient sortis manifester dans plusieurs villes pour afficher leur mécontentement face à cette décision, scandant des slogans provocateurs qui reflètent leur mal-être profond.

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     L’enquête  L’Economiste/ Sunergia réalisée au dernier trimestre 2018 démontre que 59% des jeunes âgés entre 15 et 24 ans sont les plus motivés à quitter le pays. Cette volonté d’immigrer est également très présente chez les femmes (48%), contre 31% chez les hommes

    «Plus récente encore, la grève des étudiants en médecine était une bombe à retardement», ajoute l’expert en sociologie. «Aujourd’hui, la vie sociale et la dynamique sociale s’expriment sur les réseaux sociaux et non dans des partis politiques ou des centrales syndicales. En dehors du champ institué. Conséquences, la perte accentuée et progressive de crédibilité des structures de représentation (parties politiques, syndicats ...)», indique le politologue.

    La campagne de boycott, déclenchée via les réseaux sociaux en avril 2018 et qui exprimait un ras-le-bol généralisé des citoyens, est aussi un exemple de protestation de la nouvelle génération. Boycotter et se mobiliser sur les réseaux sociaux ne demandent ni autorisation, ni argent, ni compétence, ni prise de risque en sortant dans les rues.

    «C’est une autre forme de conscience sociale. Nous n’avons plus besoin de lire de grands livres ou de grands savants et penseurs. Il suffit qu’une idée atteigne les émotions ou touche de près le quotidien de tout un chacun pour qu’elle mobilise», souligne Benzakour.

    Par ailleurs, un fossé se creuse entre les jeunes et les politiques. Un fossé dû à un manque de communication et à l’incompréhension. Les jeunes se retrouvent ainsi en perte de repères et s’enfoncent petit à petit dans une bulle les isolant de leur environnement immédiat. «Le sentiment le plus répandu chez la jeunesse est celui de la «hogra» (traduisez: atteinte à la dignité)», regrette le psycho-sociologue.

    Une situation dont les causes sont l’injustice, les inégalités et la précarité. Ce sont d’ailleurs les termes employés par les jeunes (16 à 29 ans) sondés par le cabinet d’études Sunergia en avril 2018. A travers cette enquête, ils ont dressé un portrait sombre de leur pays. Un système qui ne profite qu’aux riches, pas d’accès à une éducation de qualité, ni à un emploi stable, ni  à un système de santé convenable, et peu de chances de réussite.

    Ces jeunes ont ainsi exprimé un mal-être profond, celui d’une «jeunesse désabusée». «Malheureusement, notre système est défaillant. On n’ouvre pas les portes à ces jeunes d’une manière officielle (médias, politiques, familles...) pour qu’ils s’expriment. Il y a toute une mentalité qu’il faut revoir», déplore Benzakour.

    Le psycho-sociologue insiste sur le côté psychologique et l’encadrement de cette population. «Ils ont besoin que l’on leur fasse confiance, les  respecter, les écouter et j’entends «par écouter» répondre à leurs besoins pour leur permettre de s’exprimer et d’exceller. L’avenir du pays est entre les mains de ces jeunes. Mais les a-t-on préparés à prendre cette responsabilité?», déplore le psycho-sociologue.

    Tilila EL GHOUARI

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