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    Culture

    Le festival Gnaoua: Une belle histoire marocaine

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5527 Le 30/05/2019 | Partager
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    Pour Neila Tazi «Il est temps d’avoir un débat sérieux sur la place de la culture dans l’économie». La fondatrice du festival Gnaoua et musiques du monde est également présidente de la Fédération des industries culturelles et créatives (Ph. NT)

    Neila Tazi est la fondatrice du Festival Gnaoua et Musiques du Monde.  Elle en est également la productrice. Présidente de la Fédération des industries culturelles et créatives, parlementaire CGEM et membre de la commission de l’éducation, de la culture et des affaires sociales, elle se bat constamment pour mettre la culture au cœur des projets de développement au Maroc

    - L’Economiste: Le Festival Gnaoua et musiques du monde entame cette année sa 22e édition. Un festival qui a connu ses difficultés, ses hésitations, ses détracteurs mais qui fédère aujourd’hui, des visiteurs du monde entier. Quel est le secret de sa longévité?
    - Neila Tazi:
    Le festival s’est construit sur deux piliers essentiels, la passion et la transmission car, il faut le rappeler, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde a été créé dans la continuité d’un mouvement culturel majeur des années 70 et 80 porté par Nass El Ghiwane, Abderrahmane Paco, Tayeb Seddiki, Georges Lapassade etc…. des artistes et des intellectuels qui ont été de véritables précurseurs. Puis les années 90 ont été un tournant majeur avec des mutations sur le plan politique et social, et dans le domaine des libertés publiques et de la vie culturelle marocaine.  Cela est valable aussi du point de vue de la transition de la presse vers le pluralisme médiatique, la libéralisation du champ audiovisuel, l’ouverture sur les nouvelles technologies.
    Le festival est né dans ce contexte, il y a 22 ans, à un moment où le paysage culturel était peu éclectique, où les talents s’exprimaient trop souvent à l’ombre d’autres cultures occidentales ou arabes.
    Nous avons alors fait le pari de valoriser la richesse d’une culture populaire, une culture aux profondes racines africaines.  Au fil des années le festival a réussi à se perpétuer sans jamais se répéter.

    - Le festival a été considéré comme une bouffée d’oxygène par une jeunesse avide de liberté. Est-ce toujours le cas?
    - Le festival a toujours été porté par la jeunesse marocaine libre, créative, volontaire et assoiffée d’art et d’universalité́, une jeunesse qui commençait alors à explorer les multiples sphères de la création. Et nous sommes fiers et reconnaissants envers cette jeunesse qui continue, année après année, à témoigner tout son attachement à ce rendez-vous culturel unique.  Alors oui, le festival a connu ses difficultés et ses détracteurs, mais il a surtout eu un public formidable et des soutiens fidèles et convaincus qui nous ont permis de surmonter nos moments de doutes et de continuer à aller de l’avant. Le festival Gnaoua c’est avant tout une belle histoire marocaine. Une chaîne de confiance et de solidarité qui a réussi à traverser le temps, et en réalité nous ne sommes qu’au début, car il s’agit là d’un héritage que le public a soif d’explorer encore davantage.

    -  Dans quelques mois, l’Unesco devra statuer sur la demande d’inscription de l’art des Gnaoua à la liste du patrimoine oral et immatériel de l’humanité. Un dossier que vous avez initié depuis plusieurs années. Quelles seraient les répercussions sur les artistes et sur la musique Gnaoua?
    - C’est aussi au début des années 90 que la notion de patrimoine culturel immatériel est apparue au sein de l’Unesco, et il faut rappeler que c’est en 1997 à Marrakech qu’a été défini le concept de «patrimoine oral de l’humanité». Or un patrimoine ne peut être considéré comme tel que lorsqu’il est reconnu par les communautés, les groupes et individus qui le créent, l’entretiennent et le transmettent. Au sein de l’Association Yerma Gnaoua nous travaillons de manière inclusive, pour informer les Gnaoua et les sensibiliser à l’ensemble des démarches entreprises. Rien ne peut être décidé sans eux. Cette inscription à la liste Unesco encouragera la confrérie à mieux s’organiser pour préserver sa tradition et sa mémoire, et enfin promouvoir son art. Cette inscription marquera le début d’une nouvelle ère pour l’art gnaoui, car la responsabilité de la préservation et de la valorisation de ce patrimoine deviendra collective. Mais son impact aussi sera collectif.
    Nous parlons d’une culture devenue motif de fierté pour tous les Marocains, c’est à nous tous d’enclencher une dynamique responsable et durable avec, au cœur de la dynamique bien sûr le ministère de la Culture. Je tiens d’ailleurs à souligner que l’actuel ministre de la culture a été au cœur de l’avancement de ce dossier cette année,  c’est aussi grâce à son implication que pourra enfin arriver l’aboutissement de ce travail, 22 ans après la création du festival et dix ans après avoir introduit la demande de préservation.

    - Vous êtes à la tête de la toute nouvelle fédération des industries culturelles et créatives de la CGEM. Pouvons-nous, enfin, espérer un «Plan émergence» basé sur la Culture au Maroc?
    - Cette nouvelle fédération a pour objectif d’œuvrer à améliorer l’écosystème de l’entrepreneuriat culturel, de porter la voix des acteurs économiques du secteur de la culture, et de contribuer à l’inscrire comme un des leviers du nouveau modèle de développement. Le potentiel est là, il reste à créer les conditions du décollage du secteur et d’enclencher une nouvelle dynamique. Les acteurs culturels ont besoin de mieux dialoguer entre eux ainsi qu’avec les pouvoirs publics. Le secteur a besoin d’une dynamique inclusive et d’une vision structurée, transverse et ambitieuse. Au-delà de nos convictions respectives, nous nous sommes appuyés sur les recommandations de l’avis du Conseil économique social et environnemental de 2016 sur «l’Economie de la Culture» qui appelle à élaborer de nouvelles politiques publiques en matière culturelle et à renforcer le partenariat public-privé.
    Dans les économies modernes la culture est une composante qui acquiert de plus en plus d’importance, elle participe à la création d’emplois et de richesse, à la cohésion sociale et la consolidation de l’identité nationale dans sa diversité et son unité́, mais aussi au rayonnement du pays à l’international. Il est temps d’avoir un débat sérieux sur la place de la culture dans l’économie, car oui la culture c’est du boulot!

    Propos recueillis par Amine BOUSHABA

     

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