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    Analyse

    Eaux et forêts: «La répression n’est pas la solution»

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5512 Le 09/05/2019 | Partager
    Délits forestiers: à peine 5% des jugements sont exécutés
    Contrats d’exploitation: des usagers qui veillent sur le domaine
    L’exonération fiscale fait défaut aux campagnes de sensibilisation
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    «Il y a des calculs un peu mystérieux qui font la somme des surfaces incendiées depuis un demi-siècle pour établir le nombre d’hectares de forêts perdus définitivement (voir page suivante). C’est une aberration. Toutes les forêts sont reboisées. L’ingénieur forestier doit promouvoir des techniques rendant l’espace plus solide et plus résistant», insiste le Haut commissaire aux Eaux et forêts, Abdeladim Lhafi (Ph. Bziouat)

    - L’Economiste: Pourquoi le bilan 2018 de la lutte contre les feux de forêts n’intègre pas les statistiques des délits, personnes appréhendées, motif du forfait, jugements...? 

    - Abdeladim Lhafi: C’est un problème dans tout le bassin méditerranéen. En France par exemple, beaucoup d’incendies de forêts sont d’origine inconnue. Une partie d’entre eux pourrait être liée à des phénomènes naturels. C’est assez rare au Maroc qu’un feu de forêt soit par exemple déclenché par la foudre. La majorité des incidents sont d’origine humaine (53 cas en 2016).
    La Gendarmerie royale dispose de statistiques sur les personnes appréhendées pour les grands incendies. Et où l’on relève que 90% des feux de forêts touchent 5 hectares. L’espace forestier est ouvert aux usagers (coupe de bois, activité pastorale, apiculture, randonnée…). Ce qui rend sa protection plus difficile.  

    - Mais il y a des gardes forestiers…   
    - Vous avez 9 millions d’hectares de forêts et 3.000 gardes forestiers (tous grades confondus). Il est impossible pour un agent de surveiller 100.000 ha à lui tout seul. La sensibilisation des usagers reste extrêmement importante. Ce qui nous intéresse, c’est de limiter les incendies criminels.

    - Vous dépensez entre 5 et 10 millions de DH pour les capsules de sensibilisation. Avez-vous réclamé une exonération fiscale en 2019?
    - Nous demandons tous les ans une exonération fiscale pour les campagnes de sensibilisation.
    Le gouvernement la prend en considération et sollicite par écrit les opérateurs audiovisuels publics. Des réductions nous sont accordées jusqu’à 75%. Mais les chaînes télé renvoient les Eaux et forêts aux annonceurs.
    En tant qu’opérateurs privés, ces derniers restent redevables de 25% de taxes à l’Etat. Nos campagnes reviennent finalement très chères avec cette taxation. Il est difficile d’avoir ainsi assez de passage durant les grandes heures d’écoute. Or, le prime-time (de 20h50 à 22h30) permet de toucher un plus grand nombre de téléspectateurs.La sensibilisation à la protection du patrimoine forestier doit être gratuite. Un aménagement fiscal spécifique est nécessaire au nom de l’intérêt général.  

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    - Où en êtes-vous avec votre projet d’une loi spéciale pour les feux de forêts?
    - Il existe déjà des dispositions de droit commun, comme dans le volet pénal. Lorsqu’il s’agit de négligence, il faut produire des dispositions particulières. Le volet répressif n’est pas la solution. En matière de délits forestiers, la moitié des infractions sont jugées puisqu’on parvient à identifier les fauteurs présumés.
    Par ailleurs, environ 5 à 6 % des affaires jugées sont exécutées. Les personnes condamnées sont souvent démunies. Les bergers par exemple ne sont pas souvent les propriétaires du troupeau. A quoi servira une amende ou une contrainte par corps contre une personne qui n’a ni les moyens ni la responsabilité directe des faits?

    - Quelle alternative pour les Eaux et forêts?  
    - La sensibilisation et l’organisation des populations. Au Moyen Atlas, nous avons lancé une politique de coopératives (bois et apiculture notamment) ou d’associations pastorales. Les contrats qui les lient aux Eaux et forêts intègrent comme engagement la surveillance du domaine forestier. Du moment que l’usager tire son revenu de la forêt, il en est protecteur. C’est une politique qui commence à donner ses résultats et que nous voulons promouvoir. L’expérience d’une administration qui protège et une population qui détruit n’a rien donné. Nous sommes passés d’une vision répressive à une vision partenariale. Le pénal est réservé à des cas de criminalité comme le défrichement des terres en vue de les exploiter pour des cultures illicites.

    Propos recueillis par Faiçal FAQUIHI

     

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