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    Analyse

    Le Maroc à la frontière du stress hydrique

    Par Ali ABJIOU | Edition N°:5511 Le 08/05/2019 | Partager
    Le pays loin de la zone de confort, les niveaux critiques seront atteints dès 2020
    Le plan national de l'eau remis à jour à l'horizon 2050
    3 nouveaux barrages prévus dans le Nord, fortement impacté par les besoins industriels
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    Malgré de fortes précipitations (à l’exception de la région d’Al Hoceïma qui souffre d’un climat semi-aride), la région du Nord ne profite pas de manière efficiente des volumes d’eau, une bonne partie de cette richesse part en mer

    L’eau est une ressource rare et le Maroc est bien placé pour le savoir. Le pays est passé par diverses périodes de sécheresse lors des dernières décennies qui ont mis à mal ses ressources hydriques. La mise en place d’une politique visionnaire de gestion hydraulique avec une place de choix accordée aux barrages a permis de réduire les retombées, mais le danger le guette toujours.

    En mars dernier, l’ONU a présenté son rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau pour l'année 2019. Le Maroc y est classé avec les pays à la lisière du stress hydrique dont le taux se situe entre 25 et 70%. Le danger le guette pourtant, car deux de ses voisins c, l’Algérie et la Tunisie, sont fortement touchés par ce stress et affichent des taux supérieurs à 70%.

    Concernant les ressources en eaux de surface, le potentiel hydrique du Maroc est estimé,́ en année moyenne, à près de 22 milliards de mètres cubes par an, soit l’équivalent de près de 700 mètres cubes par habitant et par an, inférieur au seuil de 1.000 m3/hab/an, communément admis comme seuil au-dessous duquel des pénuries et des crises latentes d’eau apparaissent, selon un rapport de décembre 2017 du Conseil économique, social et environnemental (CESE).

    Le Maroc détient la 19e place des pays de la région Mena les plus menacés de pénurie d’eau. A plus court terme, le stress hydrique commencera à atteindre des niveaux critiques au Maroc dès 2020, prévoyait ainsi le rapport du CESE, qui recommandait de déployer le Plan national de l’eau (PNE) et de le mettre à jour à un horizon de 2050 en y intégrant les incidences du changement climatique.

    Le gouvernement n’a pas tardé à suivre le pas et le projet de décret 2.18.339 relatif au plan d’orientation de l’aménagement intégré des ressources hydriques et au plan local de gestion des eaux a été adopté en juin 2018.

    Il s’agit d’un plan national à près de 300 milliards de DH dont l'objectif principal est d'éradiquer les problèmes dus à la pénurie de l'eau potable et les problèmes d'irrigation. Il sera doublé d’un programme d’urgence pour parer aux cas les plus critiques.

    Les premières actions concernent le Nord où les besoins sont de plus en plus grands. C’est le cas pour l’alimentation en eau potable des populations, mais aussi pour satisfaire les besoins des grands projets industriels tels que Renault ou encore la future Cité Tanger Tech, des projets qui «requièrent un renforcement de la capacité d’approvisionnement en eau», selon un communiqué du cabinet royal à la suite d’une séance de travail consacrée à la problématique de l'eau, le 18 avril dernier.

    Parmi les premières mesures prises, figure la mise en place de schémas d’interconnexions et surtout la construction de trois nouveaux barrages dont le plus grand est celui de Bni Mansour (province de Chefchaouen) avec une capacité de plus d’un milliard de mètres cubes.

    Lors des deux dernières décennies, le Maroc a construit trente barrages portant le nombre de ces ouvrages hydrauliques à 144, mais malgré tout, le risque de manque d’eau a augmenté sensiblement en raison d’aléas naturels et de la hausse de la demande en eau.

    La situation est d’autant plus critique au nord et au nord-est du pays avec des besoins importants, qui doublent en été. La demande en eau pour le compte des grands investissements industriels n’est pas à prendre à la légère car elle conditionne en grande partie l’aboutissement et la concrétisation des projets de ce genre, créateurs d’emploi et de richesse.

    Eau potable: L’incident de Tétouan

    Parmi les zones les plus exposées au Nord, Al Hoceïma qui, malgré le fait d’être proche de la mer, connaît un climat semi-aride. Mais d’autres régions du Nord ont connu elles aussi des épisodes de manque d’eau, dus à des problèmes d’ordre technique, comme Tanger dans les années 90 ou Tétouan en 2016. La ville avait en effet vécu plusieurs mois avec des rationnements en eau, suite au retard de l’entrée en service du barrage oued Martil. La retenue des ouvrages alimentant la ville était passée sous la barre des 10% à près de 7 millions de m3, un volume qui était loin de satisfaire ses besoins qui atteignent les 38 millions de mètres cubes par an. La prochaine entrée en service du barrage Martil dont la retenue est de 120 millions de m3 devrait réduire les épisodes de crise. Il devrait aussi garantir une alimentation annuelle de 70 millions de m3 annuels à Tétouan et environs pour un coût de 1,6 milliard de DH. Oued Martil servira à la sécurisation de l'alimentation en eau potable et industrielle de la région au-delà de l'horizon 2030 et à l'irrigation d'un périmètre agricole de 1.000 hectares. Le barrage permettra aussi, selon le ministère de l'Equipement, du Transport, de la Logistique et de l'Eau, de protéger Tétouan et la vallée de Martil contre les inondations occasionnées par les violentes crues de l’oued du même nom.

                                                                

    Les défis des urbanisations marocaines

    Les villes marocaines font face à différents défis en matière d’accès à l’eau potable, selon le rapport du CESE: «Réussir la transition vers des villes durables». Parmi eux:

    - Une bonne gestion des quantités d’eau potable reçues: malheureusement une grande partie de l'eau potable introduite dans le réseau de distribution des villes est perdue à cause des fuites. Dans certaines villes, les taux de déperdition atteignent les 45%, d’où la nécessité de doubler d’efforts dans la maintenance des réseaux de distribution.

    Un bon approvisionnement en eau potable bien planifié et anticipé, permettant d’éviter les crises temporaires d’adduction en eau de courte ou moyenne durée avec tout l’impact social et économique sur les résidents de certaines villes.

    La réutilisation des eaux usées et des eaux de pluies: les volumes annuels des rejets des eaux usées des villes ont fortement augmenté au cours des trois dernières décennies atteignant les 700 millions de m3 aujourd’hui. De plus, avec l’extension urbaine, la masse d'eau de pluie de ruissellement est de plus en plus importante.

    Les eaux usées à épurer et les eaux de pluie à collecter sont devenues un bien trop précieux pour ne pas en profiter. D’où la nécessité d’installer, au moins pour les nouveaux lotissements, des réseaux séparatifs et la généralisation des stations d’épuration.

    Ali ABJIOU

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