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Entreprises

La lettre des métallurgistes à Elalamy

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5496 Le 16/04/2019 | Partager
Une fédération «contre» la protection commerciale
Des produits de l’acier taxés à la Douane depuis cinq ans
Des opérateurs se plaignent d’asphyxie financière et industrielle
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Dans l’usine de Maghreb Steel à Ain Harrouda aux environs de Casablanca. L’unique producteur local de tôle (acier plat) essaie depuis quelques années déjà à dépasser des difficultés (Ph. Bziouat)

Une correspondance sans équivoque a été adressée le 1er février 2019 au ministre de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy. Les opérateurs de la construction métallique, navale, les transformateurs (comme les fabricants de fours), les tubistes «expriment à l’unanimité leur mécontentement et leur refus catégorique de toute mesure de défense commerciale», écrit la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (Fimme).

Avant d’en arriver là, des réunions ont été tenues avec les différents départements ministériels, notamment du Commerce extérieur. La fédération a voulu via ces échanges «trouver des équilibres adéquats» entre les intérêts de toute la corporation.

D’un côté les quelques gros producteurs du marché local qui sont en amont du secteur. L’acier plat (tôle) de Maghreb Steel et les produits longs des autres sidérurgistes, comme le fer à béton de Sonasid, bénéficient depuis 5 ans de mesures de sauvegarde ou d’un bouclier antidumping.

De l’autre côté, le gros du bataillon composé de chaudronniers, de fondeurs de métaux, de constructeurs métallique et naval, de tubistes, de tréfileurs, de soudeurs industriels... Ces entreprises en aval du secteur revendiquent aussi leur statut de porte-étendard «d’une industrie industrialisante», selon la formule du jeune président de la Fimme, Tarik Aitri.

Une grosse partie du monde de l’acier se retrouve touchée de plein fouet par la protection douanière décidée par le gouvernement. Leur fédération fait ainsi écho de ses inquiétudes au ministre de l’Industrie. Plusieurs rencontres ont été tenues auparavant avec de hauts fonctionnaires dont ceux de la Douane pour les «informer sur les contraintes et les risques graves que subira le secteur», poursuit la lettre qui dénonce les mesures de défense commerciale.

Des mesures qui émanent des règles du commerce international établies par l’OMC. L’institution, créée le 1er janvier 1995, se présente comme ayant «pour mission d’assurer l’ouverture du commerce dans l’intérêt de tous et de veiller au respect des accords de libre échange». A moins d’être légale, l’OMC est regardante sur les barrières tarifaires dressées contre les transactions commerciales transfrontalières.

Dans le cas de l’acier, le gouvernement a jugé bon de couper la poire en deux. D’où l’octroi d’un contingent d’importation destiné uniquement au fil machine et au fer à béton, pas à la tôle. Sa répartition en 2019 vient d’être dévoilée par le département du Commerce extérieur: 337.013,6 tonnes à 24 entreprises. Est-ce suffisant pour parer à l’asphyxie financière et industrielle dont se prévaut aujourd’hui la majorité des membres de la Fimme?  

«Malgré l’adhésion» initiale aux contingents, la fédération s’inquiète toujours des effets de la protection douanière. Son assemblée plénière du 11 avril à Casablanca a servi aussi à exorciser les vieux démons (Cf. L’Economiste n°4243 du 28 mars 2014).     

Dans sa lettre au ministre, la Fimme continue à appeler de tout son vœu «la révision d’une politique protectionniste qui n’aurait donné aucun résultat. Si ce n’est de mettre à mal le secteur (en aval) et d’avoir un impact néfaste sur le consommateur marocain». La réponse de Moulay Hafid Elalamy se fait toujours attendre depuis plus de deux mois.

Sur le plan juridique, son ministère a une marge serrée. Le Commerce extérieur est tenu, formellement du moins, par les règles de l’OMC. Mais d’un point de vue politique, le ministre a une plus grande latitude d’action.

  
F. F.

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