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    Economie

    Lutte contre les feux de forêts: Le Maroc confirme son expertise en Méditerranée

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5494 Le 12/04/2019 | Partager
    Avec 841 ha brûlés en 2018, il est l’un des territoires les moins touchés
    Retour sur une expérience qui inspire d'autres pays
    Face aux risques climatiques, un système de veille propre à chaque région
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    La superficie moyenne incendiée par feu connaît une tendance baissière sur toute la période analysée. Ceci dénote de l'amélioration significative des procédés de prévisions, d'alertes et d'interventions contre les feux de forêts, selon le Centre national de gestion des risques climatiques forestiers

    La saison des feux de forêts de 2018 est close: 841 ha incendiés en 2018. Plus de la moitié de la végétation brûlée est constituée de brousse, d’alfa… Les essences nobles, comme le thuya et le chêne, ont été moins touchées par les feux.  Ce bilan «satisfaisant» a servi de préambule au Centre national de gestion des risques climatiques forestiers. Son comité directeur s’est réuni le jeudi 11 avril à Rabat sous la présidence du haut-commissaire aux eaux et forêts, Abdeladim Lhafi.

    «De 1999 à 2018, la superficie incendiée a diminué de 13%. Passant ainsi de 3.372 ha par an à 2.928 ha par an. Des contraintes majeures continuent toutefois à peser sur le domaine forestier», reconnaît Fouad Assali, responsable du Centre national de gestion des risques climatiques forestiers. Ces contraintes sont liées à une sécheresse récurrente, à la hausse des températures, à la pression démographique et pastorale, au braconnage…

    A tel point que la durée de la saison des feux, qui va de mai à octobre, tend à s’allonger. Elle démarre désormais dès avril et va jusqu’à novembre.

    «Il y a eu des précipitations précoces durant l’automne 2019. Celles-ci ont été suivies par un manque de pluie en hiver. Conséquence, la végétation sèche était plus disponible, favorisant ainsi le risque d’éclosion des incendies», analyse l’ingénieur forestier Fouad Assali. Une augmentation de 15 à 20% a été déjà enregistrée par le centre de veille qu’il dirige! Ce sont 46 feux de forêts signalés de janvier à fin mars 2019. Ce qui a causé la destruction de 42 ha forestiers. 

    «Nous sommes face à un contexte marqué par une sensibilité accrue des espaces forestiers méditerranéens aux risques d’incendies. Aucun pays ne sera épargné par ces défis climatiques planétaires», insiste le Haut-Commissaire aux eaux et forêts.

    Avec 841 ha ravagés par les feux, le Maroc est le pays méditerranéen le moins touché en 2018 comparativement au Portugal, à l’Espagne, la France et l’Algérie. Encore faut-il savoir si ces pays méditerranéens disposent d’une réserve forestière plus grande que celle des 9 millions d'ha marocains. Ce qui est le cas sauf pour le Portugal, confirme la brigade anti-feu de forêts.  

    Nos voisins portugais ont été d’ailleurs beaucoup moins «chanceux» en 2018 : plus de 38.000 ha partis en fumée. Leurs équipes se sont déplacées en février 2019 à Rabat pour s’enquérir de l’expérience marocaine. «La clé, c’est la modélisation d’une cartographie des risques, la fluidité de l’information entre le site du feu et le centre de coordination et enfin une action rapide dès que l’alerte est donnée», assurent les Eaux et forêts comptant plus de 2.000 guetteurs.

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    Les Portugais ont été ainsi invités à développer leur propre algorithme de modélisation des risques. Les Tunisiens vont fort probablement leur emboîter le pas à Rabat en octobre 2019.   

    Une école marocaine confirme ainsi son statut depuis l’incendie le plus dévastateur de notre histoire forestière: 4.000 ha brulés en un mois aux environs de Chefchaouen. La catastrophe d’Izaren en 2004 a marqué les mémoires.

    L’acquisition des canadairs en 2011 et le développement deux ans plus tard d’une expertise, notamment aérienne, ont fini par faire le reste. L’entretien de ces avions anti-feu ne s'effectue plus à l’étranger.

    Les équipes des Eaux et Forêts préparent l’avenir. A commencer par la création d’une «modélisation de la propagation et du comportement du feu». Le Centre national de gestion des risques climatiques forestiers dispose déjà d’une base d’informations: nombre de feux, localisation, type de végétation, nature du relief, données météo… L’idée est de modéliser d’ici une année un système propre à chaque région.

    Celle du nord-est (Tanger, Tétouan et Al Hoceïma) servira de région pilote pour simuler une «propagation active» du feu. Manière de pronostiquer son évolution géographique, son comportement, notamment lorsqu’il vente. Ce projet sera appuyé par la suite par une unité spéciale. Ses membres seront mobilisés sur place dès que l’incendie touche plus de 4 ha.

    Cette unité aura pour rôle d’appuyer les sapeurs-pompiers, l’armée de l’air, les forces auxiliaires et les autres acteurs qui luttent contre les feux de forêts. L’unité des Eaux et Forêts sera en opération sur le terrain et va devoir anticiper l’évolution du feu.

                                                                                               

    Ce qui manque dans le bilan

    Les eaux et forêts ont d’autres chantiers qui relèvent de leur mission régalienne. C’est le cas de la reconstitution des terrains boisés atteints par les feux. Le bilan de 2018, présenté jeudi dernier à Rabat, n’intègre pas les résultats du reboisement. Il faut y remédier tout en y ajoutant les statistiques judiciaires sur les «pyromanes» appréhendés par la Gendarmerie royale. Ces données permettront d’affiner le suivi.

    D’autant plus que les eaux et forêt appellent à un recadrage de leur action régionale. «Il faut une adaptation territorialisée qui tient compte des contraintes liées notamment aux changements climatiques, à la nature des sols… Les ingénieurs forestiers doivent pouvoir intervenir en tenant compte de ces contraintes», préconise le haut-commissaire aux eaux et forêts, Abdeladim Lhafi.

    Des plantations plus résistantes et mieux adaptées aux données climatiques, géographiques… La forêt de demain se crée aujourd’hui. «Le cycle écologique est plus long que le cycle agricole ou politique», rappelle le haut-commissaire aux eaux et forêts. Son établissement dispose d’un budget de 200 millions de DH pour la prévention et la lutte contre les incendies de forêts. Il va falloir continuer à défendre les 9 millions d'ha du domaine forestier, voire les multiplier.

    Faiçal FAQUIHI

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