×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Competences & rh

    Formation professionnelle: Voilà pourquoi tout est à refaire!

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5441 Le 29/01/2019 | Partager
    Un dispositif en total décalage avec les réalités socioéconomiques du pays
    Une pluralité d’intervenants déconnectés les uns des autres
    «Un sentiment d’autosatisfaction qui empêche une remise en question»
    effectifs_041.jpg

    Un gros effort a été déployé ces dernières années, afin d’élargir la capacité d’accueil de la formation professionnelle initiale. Le nombre d’inscrits a plus que triplé depuis 2000, essentiellement grâce à l’OFPPT, qui a augmenté ses effectifs de 87%. Toutefois, l’amélioration de la qualité du dispositif n’a pas suivi

    Il y a trois ans, on croyait que tout était sur les rails pour la formation professionnelle. Une stratégie nationale 2016-2021, adoptée après cinq ans de gestation, plus d’une centaine de mesures arrêtées, une vingtaine de conventions de mise en œuvre signées… Sauf que la stratégie est restée lettre morte, comme si elle n’avait jamais existé. S’il n’y avait pas eu de coup  de semonce royal, aurait-on avancé?

    Après l’ultimatum royal début octobre 2018, le gouvernement n’a pas pu livrer une vision de réforme qui tienne la route, même après la rallonge de quelques semaines dont il a bénéficié. Il continue jusqu’à aujourd’hui à travailler sur la révision de sa copie.

    Le chantier est, il faut le reconnaître, pour le moins complexe. L’état des lieux du secteur montre à quel point la situation est critique. Rater le coche encore une fois serait trop coûteux, sachant que le monde change à vitesse grand V, et que garder le statu quo serait fatal pour toute l’économie. Le Roi l’a bien compris.

    Mettre la pression sur le gouvernement était nécessaire pour accélérer la cadence et se diriger enfin vers la bonne voie. Mais tout dépendra du rendu du chef du gouvernement. Pour l’instant, rien ne filtre sur ce qui se prépare. Les journées de l’emploi et de la formation, initialement prévues avant fin 2018, sont reportées sine die, en attendant la réforme. Des rumeurs annoncent l’évènement pour mars prochain.

    Le dernier rapport du Conseil supérieur de l’éducation a remué le couteau dans la plaie, en soulignant les «dysfonctionnements structurels» du dispositif de formation professionnelle (voir aussi article page suivante). Cela fait des années que le patronat, confronté à la rareté des compétences, le clame haut et fort.

    Le verdict du Conseil est sans appel: Le système est en «déphasage avec la réalité des besoins économiques et sociaux du pays, à la fois sur les plans quantitatif et qualitatif, avec des taux d’insertion et d’emploi bas, comparativement à l’enseignement général». Le modèle en place, quant à lui, ressemble à «une imbrication de modes et d’approches de formation sans cohérence ni convergence».

    Entre intervenants, une «absence de coordination, se manifestant par des conflits d’intérêts» a été relevée. «Nous travaillons en silos, nous sommes tous en train d’improviser, chacun dans son coin. Il n’y a pas d’approche intégrée, cohérente, réfléchie, ou scientifique», regrette Mohamed Slassi Sennou, président du directoire de l’Observatoire des métiers et compétences des branches professionnelles de la CGEM, ancien président de la commission formation professionnelle.

    «Nous ne pouvons continuer ainsi. Une architecture gouvernementale doit se mettre en place pour couvrir toute la chaîne de valeur, depuis la détection de la compétence sur le marché jusqu’à sa production à l’endroit qu’il faut, et à l’instant qu’il faut», poursuit-il.

    0,5% du PIB

    Même au niveau du ministère de tutelle, le regroupement de l’Education nationale, de la Formation professionnelle et de l’Enseignement supérieur reste purement administratif. Entre les trois départements, il n’existe pratiquement aucune interaction.
    Le pire dans tout cela, c’est que les intervenants du système ne semblent pas être conscients de cette flagrante dissonance.

    Les experts du conseil notent «un sentiment d’autosatisfaction qui empêche une remise en question régulière des performances du dispositif de formation». Pour la réforme en cours, par exemple, toutes les parties prenantes n’ont pas été impliquées. «Personne ne nous a consultés. Juste après le discours royal dressant une feuille de route pour le secteur, nous avons envoyé à notre ministère de tutelle nos propositions afin de contribuer à la réforme. Nous n’avons eu aucun retour», déplore Abdeslam Benahra, président de la Fédération marocaine de l’enseignement professionnel privé (FMEP), également membre du Conseil supérieur de l’éducation.

    Les experts soulignent, en outre, «un investissement public peu rentable, avec des résultats très en deçà des espoirs portés par le secteur». «Ceci rend urgente une refondation du dispositif», insistent-ils. Les budgets investis, «insuffisants» et dont la gestion est «aggravée par un manque flagrant de rationalisation», partent ainsi en fumée.

    Le secteur a droit à une enveloppe de seulement 0,5% du PIB (1,5% en France), soit 3,1 milliards de DH. 78% vont à l’OFPPT. Le conseil pointe du doigt la difficulté d’identification de l’affectation effective de ces ressources, ainsi que l’absence d’un cadre comptable spécifique.  

    La formation professionnelle ne bénéficie même pas d’une définition claire de sa mission, et du rôle qu’elle est amenée à jouer dans le modèle de développement du pays. Traduction: Tout reste à faire.

    Les 2/3 des établissements privés ne sont pas accrédités

    centres_prives_041.jpg

    Avec environ 1.365 centres, le privé compte 2,5 fois plus d’établissements que le public. Toutefois, il n’accueille que près du sixième des effectifs de la formation professionnelle, avec 76.364 stagiaires sur un total de 433.007 en 2018

    Contrairement aux établissements publics de la formation professionnelle, les opérateurs privés ont vu leurs effectifs quasiment stagner. Sur les quinze dernières années, le nombre de leurs stagiaires a augmenté en moyenne de 1,8% par an, pour se situer à 76.364 en 2017-2018. Le public, lui, a progressé de 10% par an. En 2018, il gérait quelque 319.765 inscrits. En termes de centres de formation, le privé en compte environ 1.365, soit plus du double par rapport au public. Néanmoins, seul le tiers (455) des établissements, couvrant la moitié des stagiaires du privé, est accrédité. «L’accréditation est un acte volontaire des établissements. La loi 13-00 régissant le secteur n’impose aucune obligation dans ce sens», explique Abdeslam Benahra, président de la Fédération marocaine de l’enseignement professionnel privé (FMEP). «Par ailleurs, de nombreux établissements proposent des programmes de qualité, mais qui ne correspondent pas aux normes établies par les commissions nationales des différents secteurs de formation», avance-t-il. Dans son rapport, le Conseil supérieur de l’éducation se veut plus alarmiste. «Cela suscite des questions quant à la qualité de la formation du privé, et quant à la valeur des diplômes qu’il délivre», souligne le Conseil. Et d’ajouter: «L’intégration du secteur privé comme acteur actif dans la solvabilité de la demande économique et sociale de la formation professionnelle n’est pas réelle. Elle nécessite une véritable relance».

    Ahlam NAZIH

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc