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    Tribune

    Terres collectives: L'enjeu du projet de 1 million d’hectares

    Par Ahmed KETTANI | Edition N°:5432 Le 16/01/2019 | Partager

    Ahmed KETTANI est ingénieur agronome.Dans sa carrière, il a dirigé plusieurs Officesrégionaux de mise en valeur agricole, lescélèbres ORMVA, qui ont transformé enleur temps le contexte agricole du Maroc.Il a été aussi Directeur central de l’élevageau Ministère de l’agriculture. Il a fait partiedes consultants de la FAO, la Food andAgricultural Organisation (Ph. Privée)  

    Lors de Son discours du 12 octobre 2018, Sa Majesté le Roi a annoncé la décision de lancer un programme de mise en valeur de 1 million d’hectares sur les terres collectives, à l’échelle de tout le pays, aussi bien dans l’irrigué que dans le bour.  Il importe de savoir que cette superficie représente les 2/3 des terres collectives de culture. 

    D’un autre côté, cette décision heureuse qui aura, si elle est bien appliquée, des impacts positifs sur le développement de ces terres et sur les revenus de leurs exploitants, mérite une large explication au public, par des débats organisés par les ministères concernés, à savoir ceux de l’Agriculture et de l’Intérieur. Ceux-ci devraient expliquer au public le contenu de la décision royale.  A notre avis, celle-ci porte sur quatre points essentiels:

    - La melkisation de ces terres;
    - Leur mise en valeur;
    - La scolarisation totale des enfants des ayants droit;
    - La formation professionnelle des adultes (voir encadré).

    I- La melkisation des terres
    Les ayants droit des terres collectives ne possèdent pas de titres de propriété sur ces terres.  Par conséquent, ils ne peuvent pas les mettre en valeur.  Tout au plus ils y pratiquent des cultures annuelles comme les céréales, ou des cultures maraîchères, et font de l’élevage ovin qui profite des restes de cultures ou des parcours avoisinants.

    Par conséquent, point d’arboriculture fruitière, point de bétail laitier, qui nécessitent des bâtiments d’élevage.  Car tout ceci fait appel à des investissements dont ils sont incapables.  Ils ne peuvent même pas avoir recours au crédit qui nécessite l’hypothèque du titre foncier qu’ils n’ont pas.  La melkisation résoudra tous ces problèmes.

    Cette décision royale était sollicitée depuis très longtemps par tous ceux qui avaient à se pencher sur la situation des terres collectives.

    Dès 1969, le dahir du 25 juillet avait décrété la melkisation des terres collectives des zones irriguées, quelque 300.000 ha. Cela faisait partie du code des investissements agricoles. Malheureusement ce dahir n’était appliqué que sur une très faible partie de ces terres à cause de la lourdeur des procédures et de leur complication, pendant que d’autres pays, comme la Tunisie, qui se sont penché bien plus tard que nous sur les problèmes de leurs terres collectives les ont melkisées intégralement en un temps record en utilisant un procédé très simple: des enquêtes possessoires. 

    D’ailleurs il nous paraît utile que les ministères chargés d’appliquer la décision royale puissent s’approcher des ministères tunisiens concernés pour s’informer de la méthode.

    II- La mise en valeur
    Mais la melkisation des terres collectives n’est qu’un pas, un grand pas certes, encore faut-il l’accompagner d’un programme de mise en valeur de grande envergure.  Celui-ci porte sur une réduction des superficies emblavées en céréales en faveur de l’arboriculture fruitière, et de l’élevage intensif.
    Il faudrait donner en location de grandes étendues de ces terres à des investisseurs qui viendraient avec leurs moyens assurer une production intense avec de hauts rendements et un encadrement des agriculteurs des collectifs environnants. L’action de l’Etat devrait toucher également les terres collectives de parcours.  Il faut se référer à l’étude réalisée en 1970, par la commission nationale de mise en valeur des parcours, qui a abouti à la création de périmètres avec une stratégie analogue à celle des périmètres irrigués.  Mais l’étude est restée dans l’ombre à cause des priorités données aux zones irriguées.

    III- La scolarisation des enfants des collectifs
    Il faut assurer une scolarisation intégrale des enfants et un appui financier sous forme d’aide aux parents pour les inciter à faciliter cette scolarisation. Ceci permettra de former une génération nouvelle capable de se perfectionner dans l’avenir et d’atteindre éventuellement d’autres horizons.

    Il faut aussi alphabétiser les adultes pour leur permettre de comprendre les messages techniques que leur apportent les agents de vulgarisation, et de lire les fiches de vulgarisation qui recommandent les semences appropriées, les conditions optimales des travaux culturaux, et les traitements des cultures et des récoltes afin de limiter les pertes. Cela ne peut qu’améliorer leurs performances, et leurs revenus.

    En conclusion, les terres collectives aussi bien de culture que de parcours abritent une population de 10  millions de personnes. Elles constituent un nid de pauvreté et d’ignorance, incompatible avec le projet de société démocratique, de justice sociale et de développement humain initié par Sa Majesté Mohammed VI depuis son accession au Trône.

    Elles méritent une action de grande envergure dans le cadre des directives royales concernant les couches les plus défavorisées.

    Former, développer, décongestionner...

    La formation professionnelle est aussi d’une grande importance, parce qu’elle permettra d’orienter les exploitants et leurs enfants sur divers métiers où ils pourraient développer leurs talents et qui pourraient leur procurer de meilleurs revenus que les terres où ils sont installés.  Ce qui permettra de décongestionner ces terres, et d’augmenter la taille moyenne par exploitant.
    D’autre part, l’exiguïté des parcelles nécessite une organisation commune des travaux agricoles et de la commercialisation des récoltes, d’où la nécessité de créer des coopératives de services.

     

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