Economie

Nouveau modèle de développement: Des pistes à explorer

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5418 Le 24/12/2018 | Partager
L’Etat doit prévoir des aides directes au profit des territoires marginalisés
Importance de concentrer les efforts de promotion touristique sur la destination Marrakech
La TVA, «un impôt absurde et injuste»
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Driss Benhima, ex-PDG de la RAM et ancien wali, a estimé que le nouveau modèle de développement ne devrait pas s’inscrire dans une logique de rupture. Pour lui, il faut prendre en compte qu’une politique publique n’est pas une addition de priorités. C’est plutôt une convergence d’analyses et de stratégies du modèle dans lequel nous voulons inscrire le pays (Ph. Bziouat)

La refonte du modèle de développement continue de faire des vagues. C’est au tour de l’association Ribat Al Fath de se greffer sur ce sujet. L’Association, présidée par Abdelkrim Bennani, a organisé une conférence, jeudi dernier à Rabat, en vue de formuler des pistes à explorer dans la mise en place d’une nouvelle stratégie de développement au Maroc.

Le président de cette association a mis en avant les différents dysfonctionnements qui caractérisent le modèle en vigueur. C’est le cas notamment du ralentissement de la croissance, le manque de diversification des exportations, la lenteur du rythme d’industrialisation, la montée du chômage…

Au-delà du diagnostic, largement partagé, de nouvelles pistes sont proposées dans le cadre du processus de réforme. Driss Benhima, ex-PDG de la RAM et ancien wali, a souligné que le nouveau modèle de développement ne devrait pas s’inscrire dans une logique de rupture. Il a précisé «qu’il faut prendre en compte qu’une politique publique, ce n’est pas une addition de priorités. C’est plutôt une convergence d’analyses et de stratégies du modèle dans lequel nous voulons inscrire le pays», a-t-il expliqué.

Benhima a insisté sur une série de postulats en marche. Il s’agit d’acquis à préserver dans le nouveau modèle, mais avec l’introduction de mesures correctives. C’est le cas notamment de l’ouverture du pays sur le marché mondial et de l’initiative privée en tant que moteur de croissance. Mais l’économie libérale, adoptée par le Maroc depuis des décennies, doit fonctionner dans le respect de ses principes fondamentaux, a-t-il dit. Il s’agit notamment de l’équité fiscale, de la régulation des marchés et de la bonne gouvernance. Avec l’aubaine démographique qui s’offrait au Maroc il y a plusieurs années, le pays aurait pu atteindre des taux de croissance d’au moins 7%.

«Si nous ne l’avons pas fait, c’est que nous n’avons pas respecté les fondamentaux du modèle libéral», a expliqué l’ancien wali de Casablanca. Aujourd’hui, il a appelé à introduire plus d’équité fiscale. Idem pour le renforcement de la régulation des marchés. «L’absence de la régulation de la concurrence pénalise la compétitivité des entreprises marocaines et l’attractivité du pays».

Pour ce qui est de l’intégration des territoires marginalisés, l’Etat «n’a plus les moyens industriels et économiques pour le faire», a-t-il précisé. Par le passé, certaines initiatives publiques s’inscrivaient dans cette logique. Par exemple, l’OCP avait lancé les mines de Benguerir et de Youssoufia, exclusivement dans l’intérêt des populations de la région, selon Benhima.

Aujourd’hui, le privé ne peut pas prendre le relais, parce que l’entreprise décide où elle va s’installer. «Difficile d’imaginer un opérateur ouvrir une usine de textile dans une zone où la température atteint 45°», a-t-il indiqué. D’où l’importance de prévoir des subventions directes aux territoires et au profit des activités qu’elles peuvent porter, a-t-il expliqué.

Benhima a également estimé que l’Etat doit revenir sur le terrain pour redynamiser certains secteurs, notamment celui des mines, dans la zone frontalière avec l’Algérie. Pour le secteur touristique, il a estimé «qu’il faut concentrer davantage d’efforts sur la destination Marrakech, jusqu’à atteindre 20 millions de touristes».

De son côté, Tarik El Malki, économiste et enseignant-chercheur à l’Iscae, a proposé une série de réformes transverses, favorisant un interventionnisme intelligent de l’Etat et permettant de tirer meilleur profit de la régionalisation avancée. L’une des principales réformes à mener concerne le domaine fiscal, selon El Malki. Celui-ci a pointé un problème de rentabilité de l’impôt. Pour lui, la TVA est un impôt «absurde et injuste». Il a également plaidé pour une baisse drastique de l’IS pour les PME. L’administration publique doit également subir, selon El Malki, «un choc de simplification réglementaire».

Secteurs porteurs

La relance de l’économie nationale dans le cadre de la refonte du modèle de développement passe par le renforcement de certains secteurs porteurs. Des pistes ont été proposées dans ce sens par Tarik El Malki. Parmi les secteurs à fort potentiel, il a notamment mis l’accent sur les activités de l’économie numérique. Il a estimé que ce secteur pourra participer à hauteur de 5% du PIB. Idem pour les énergies renouvelables et l’agriculture. Pour le secteur industriel, les différents intervenants lors de cette rencontre ont insisté sur les acquis du Plan d’accélération. Actuellement, l’idée est de «l’accompagner d’une meilleure territorialité», a souligné El Malki.

M. A. M.

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