×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Reportage

    Debdou: Un peu d’histoire

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5390 Le 12/11/2018 | Partager
    Fief des Mérinides et des Wattassides
    Un rayonnement sur plusieurs siècles
    debdou-7-090.jpg

    Les murailles de la kasbah mérinides datant du XIV siècle, entourant l’un des quartiers les plus anciens de la ville, témoignant des heures de gloire de la cité qui a connu un  rayonnement sans aucune mesure avec sa taille (Ph. Abo)

    «Men Beni Wattas Ma Bkaou Ennas» (depuis les Beni Wattas, il n’y a plus de gens de valeur. ndlr), c’est avec ce vieux dicton que les anciens debdoubis évoquent la gloire passée de la petite cité de Debdou, fief de la dynastie des Mérinides, puis de leurs cousins les Wattassides.

    De cette période persiste encore la kasbah entouré de sa muraille. Dans la partie est des remparts, l’historien Michel Lecomte signale dans son mémoire la présence d’une inscription presque effacée: «Ce pan du mur a été édifié par moi, Fatima Bent Abdelhaq la Mérinide, avec l’argent de sa dot».

    La cité connaîtra toutefois son heure de gloire avec les Banu Urtajjen, une famille berbère liée à la dynastie wattasside. Moussa Ben Hammou annonce la dynastie de ce qu’on peut appeler les «rois de Debdou», dont on connaît la liste par Léon l’Africain. Nous sommes en l’an 1430, c’est une période qui marque l’apogée de Debdou dans l’histoire. Cette époque est liée par la tradition orale à la dynastie mérinide bien qu’elle lui soit postérieure.

    Ainsi Nahum Slouschz, archéologue, historien et orientaliste hébraïsant,  précise que l’on ne sait pas grand-chose sur l’origine de ce souverain, mis à part le fait qu’un clan juif en porte le nom. Dans son essai, «Les Juifs de Debdou»,  paru dans la Revue du monde musulman, Paris, 1913, Slouschz raconte: «De fondation très ancienne, Debdou a joué un rôle important dans l’histoire du Maroc, occupant une place stratégique entre Fès et Tlemcen qui a fait d’elle l’enjeu de luttes dynastiques.

    Lors de la répartition effectuée par Abd Al Hakk (1196-1218) entre les tribus mérinides, elle échut aux berbères Banu Urtajjen qui, chargés de couvrir Fès contre les entreprises des Abd Al Wadides de Tlemcen, en firent la capitale de leur fief; cela lui valut d’être dévastée en 1364-5 par le roi de Tlemcen.

    debdou_8_090.jpg

    Dans les ruelles du mellah, plusieurs maisons de style andalou, dont certaines datant du 17e siècle, sont en ruine faute de restauration et de réhabilitation du quartier historique (Ph. Abo)

    Cependant vers 1430, un des chefs des Banu Urtajjen réussit à fonder à Debdou une petite principauté dont les seigneurs conservèrent leur indépendance à l’égard des Wattassides et concurrencèrent même le projet en 1499 de s’emparer de Taza…

    A la fin du siècle après l’avènement de Mawlay ‘Abd Al Aziz (1894) et durant la révolte du prétendant Bu Hamara, un Berbère nommé Bu Hasira essaya de s’y rendre indépendant, mais en 1904, la ville et ses environs se rallièrent à Bu Hamara, à l’instigation du Juif du nom de Dudu B. Hayda qui fut nommé caïd de Debdou et profita de cette circonstance pour exercer des représailles contres ses ennemis, les Juifs d’origine andalouse».

    L’expulsion des Juifs et Musulmans d’Espagne surtout suite aux massacres de 1391, en particulier à Séville, va amener du sang neuf au Maroc, et notamment à des villes telles que Tlemcen, Fès, Sefrou et Debdou qui vont recevoir les colonies de Juifs sépharades. La particularité de Debdou était justement d’abriter une importante communauté juive issue de ces exilés. Cette population, majoritaire et représentant jusqu’à 70% de la population totale dans la cité, va permettre à cette ville de continuer à rayonner encore durant plusieurs siècles d’un point de vue culturel et religieux.

    Debdou va ainsi connaître un rayonnement sans aucune mesure avec sa taille. D’autant plus qu’elle se trouve aux frontières de «la sublime porte» (l’empire Ottoman) occupant la région de Tlemcen et des portes de l’empire chérifien qui touche l’Espagne. Pour empêcher que les Ottomans s’en emparent, la vallée a conservé, selon l’historien français Michel Leconte,  encore un certain temps une importance militaire avec un enjeu important pour ces deux empires. Comme en témoignent les correspondances établies entre le roi de Debdou, l’Espagne et le Portugal.

                                                                                

    Restaurer la mémoire

    debdou_9_090.jpg

    La synagogue Slat Cohanim, récemment restaurée par des membres de la communauté juive  de Debdou, montre l’intérêt de plus en plus évident pour le patrimoine historique de la cité (Ph. Abo)

    Sur les 14 synagogues que comptait la ville, deux sont encore debout et accueillent encore les visiteurs juifs, rares mais toujours fidèles à la ville. Elles ont été restaurées par des donateurs originaires de Debdou. Une troisième est en cours de restauration tout comme l’ont été les deux cimetières juifs gardés et toujours bien entretenus, dont certaines tombes datent des XV et XVIe siècles. Mais cela ne saurait combler l’état de décrépitude de certaines maisons laissées à l’abandon.

    Plusieurs appels, destinés aux autorités, ont été lancés par des associations locales pour la réhabilitation du mellah et des vestiges mérinides. La kasbah, elle, a bénéficié d’un projet solidaire lancé par l’association Compagnons bâtisseurs Centre Val de Loire, en partenariat avec l’association marocaine Kasbah pour le développement et l’entraide sociale, pendant le mois d’août 2017. 

    Une douzaine de jeunes bénévoles français et des bénévoles de l’association marocaine ont travaillé durant 20 jours à rénover un lavoir traditionnel et valoriser leur patrimoine par le balisage d’un chemin pédestre et l’aménagement d’un point de vue panoramique.

    A.Bo

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc