Analyse

Pas de trêve pour la bataille de l’eau

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5339 Le 29/08/2018 | Partager
Construction de barrages, dessalement et recyclage des eaux usées, les 3 fronts ouverts
L’économie de la ressource en irrigation, une nécessité
Un seul responsable pour optimiser la gestion
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Le pays dispose de 140 barrages de différentes capacités mobilisant entre 5 et 18 milliards de m3 selon les années. Cela ne suffit pas pour faire face aux besoins croissants de l’agriculture, de l’industrie, du tourisme  et des populations. La solution réside aujourd’hui dans le recyclage et le dessalement de l’eau de mer (Ph. L’Economiste)

La gestion de l’eau n’est plus une affaire à «déléguer». C’est désormais le ministère de l’Equipement, du transport, de la logistique et de l’eau qui en est seul responsable. Le secrétariat chapeauté par Charafat Afilail ayant été supprimé le 20 août dernier.

Le communiqué diffusé à cet effet par le Cabinet royal, précise «que cette décision vise l’amélioration de la gouvernance des chantiers de l’eau, de leur efficacité ainsi que le renforcement de la cohérence et la complémentarité entre les services et établissements concernés». En clair, il sera question de plus de centralisation dans l’objectif d’accélérer les chantiers. Ces derniers ne font pas défaut mais restent pour la plupart sur du papier.

L’onde de choc a été ressentie durant les  trois dernières années. Avec une alternance des déficits pluviométriques et des retards des précipitations. D’où de faibles écoulements et une réduction des apports d’eau aux barrages et de la recharge des nappes phréatiques. Signe avant-coureur, du changement climatique où le pays est entré de plain-pied.

Des perturbations d’approvisionnement en eau potable dans certains centres ruraux durant l’année 2017 et des restrictions au niveau de certains périmètres irrigués ont été enregistrées. La limitation des ressources en eau eu égard aux besoins importants et en continuelle augmentation commence à devenir préoccupante dans plusieurs bassins hydrauliques du pays, notamment ceux de la Moulouya, de l’Oum Er Rbia et du Souss et évidemment la région de Sud-Est où la sécheresse est structurelle.

A cet effet, et suite aux hautes orientations royales, une commission interministérielle a préparé un programme prioritaire proposant une tranche d’urgence sur le reste de l’année 2018 et une tranche d’accélération des investissements dans le secteur de l’eau pour renforcer l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation durant la période 2018-2025 notamment au niveau des zones les plus touchées par le déficit hydrique. (Voir encadré ci-contre).

Il y a donc urgence! Déjà l’année dernière, des habitants à Ouezzane et Ouarzazate ont dû manifester contre la soif. Or, si Ouarzazate est sujette au stress hydrique, Ouezzane est si proche du plus grand barrage du pays: Al Wahda. Et le projet d’alimentation en eau potable de la ville à partir de ce barrage remonte à 2008. Mais les résultats se font toujours attendre.

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«De fait, 37 villes et centres urbains sur les 681 agglomérations gérées par l’ONEE souffrent de perturbations de l’approvisionnement en eau potable», avait reconnu Saâdeddine El Othmani devant les membres du Parlement.

Pour ce qui est des communes non couvertes par l’ONEE, des mesures provisoires ont été prises dans une trentaine d’entre elles, basées sur la mise en place de systèmes hydriques intégrés, tels le forage des puits et l’installation de réservoirs équipés de matériel de pompage.

Ces opérations alternatives ont poussé le gouvernement à revoir le Plan national d’eau. Les retenues des  140 barrages ainsi que les eaux souterraines ne permettent plus de faire face aux besoins des populations, de l’agriculture, du tourisme et de l’industrie. La solution, selon la tutelle, réside dans le dessalement de l’eau de mer et le recyclage des eaux usées.

Deux axes sur lesquels le pays a pris beaucoup de retard. Rien qu’au niveau de la réutilisation des eaux usées, «pas moins de 325 millions de mètres cubes seront captés», avait estimé le chef du gouvernement lors d’une séance parlementaire. A cet effet, il est prévu la réalisation de 28 stations d’épuration d’eau.

Mais le dessalement d’eau de mer est jugé salvateur. L’exemple du projet d’approvisionnement  du Grand Agadir en eau potable est édifiant à cet égard. Il  permettrait  la mobilisation de 150.000 m3/jour. Des études sont actuellement menées pour généraliser ce modèle de projet à plusieurs régions du pays.

La réserve par habitant plonge de moitié  en 20 ans

Eaux superficielles: entre 50 et 150 milliards de m3 par an dont 5 à 18 milliards mobilisés  
Le disponible d’eau actuel atteint 750 m3/habitant contre 1.500 en l’an 2000 et 2.500 m3/habitant en 1980
1,3 million de personnes ne bénéficient pas d’accès direct à la ressource
140 ouvrages d’une réserve théorique de 17,5 milliards de m3  
75 millions de mètres cubes, la perte annuelle du fait de l’envasement des barrages
103 nappes phréatiques répertoriées dont 21 profondes
Leur potentiel est estimé à 4,2 milliards de m3
Elles couvrent 80.000 km2, soit 10% du territoire.

La construction des barrages s’accélère

Le  pays a adopté, depuis les années soixante, une politique de maîtrise des ressources en eau basée sur une gestion intégrée, planifiée, concertée et participative.
Cette politique a permis de disposer d’un patrimoine de plus de 140 barrages d’une capacité de stockage de 17,6 milliards de m3 en plus de 13 systèmes de transfert et des milliers de puits et forages pour l’exploitation des ressources en eau souterraines.
Ces grandes réalisations ont permis la généralisation de l’approvisionnement en eau potable, l’accompagnement du développement industriel et minier, l’irrigation de plus de 1,5 million d’hectares, la couverture d’une partie des besoins énergétiques et une  protection  des biens et personnes contre des inondations.
Par ailleurs, 14 grands barrages sont en cours de construction, avec une capacité supplémentaire de stockage de près de 3,5 milliards de m3. Outre ces efforts de mobilisation des eaux conventionnelles, le Maroc fait de plus en plus recours aux ressources en eau non conventionnelles pour assurer la sécurisation de l’approvisionnement en eau pour les différents secteurs usagers même en période de faible hydraulicité, notamment à travers le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées, est un axe majeur de la stratégie.

                                                                  

Feuille de route royale

Le Maroc multiplie les initiatives pour faire face à la menace de stress hydrique. Le Comité mis en place à cet effet lors du Conseil des ministres, tenu le 2 octobre 2017, a livré ses conclusions devant le Roi. C’est sur cette base que le Souverain  a donné ses instructions pour «la construction, dans les plus brefs délais, de barrages de différentes capacités ainsi que la mise en place de stations de dessalement d’eau de mer». 

Le tout accompagné d’une politique d’économie de la ressource. Trois axes complémentaires se distinguent. Le premier tient au traitement structurel à travers la planification préventive et la programmation de projets visant à mobiliser les ressources hydriques afin de répondre aux besoins en eau sur le moyen et le long terme. C’est l’objectif du Plan national d’eau et des plans directeurs d’aménagement intégré.

Le deuxième pilier est relatif à la gestion proactive et participative des réserves des barrages. Il s’agit d’impliquer toutes les parties prenantes pour être au fait des besoins des différents secteurs et d’en déterminer les priorités.

Le troisième axe s’articule, quant à lui, autour des mesures d’urgence pour faire face à la pénurie d’eau en cas de sécheresse et de fortes chaleurs. C’est le même scénario qui prévaut pour certaines régions du Sud. En somme, c’est ce dispositif qui sera accéléré. Avec à la clé, la poursuite du plan d’économie d’eau d’irrigation agricole et la sensibilisation des populations à rationnaliser la consommation de la ressource.

L’objectif de la feuille de route royale est d’accélérer  le renforcement des  infrastructures hydriques  à même de répondre aux besoins croissants en eau. Lors des 18 dernières années, 30 barrages de différentes tailles ont été réalisés.

Au-delà de l’importance de ces installations, le changement de comportement des consommateurs d’eau est également décisif. L’idée est de renforcer la prise de conscience des enjeux de l’exploitation des ressources hydriques. Une campagne de sensibilisation est prévue. Elle sera lancée par le gouvernement en partenariat avec les ONG.

 

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