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    Analyse

    Cluster solaire: Les projets pilotes à usage industriel

    Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5338 Le 28/08/2018 | Partager
    Agroalimentaire, chimie, métallurgie, tertiaire, automobile… les secteurs à fort potentiel
    Copag, Ciments du Maroc, Lebonlait, SMO Thermo, hôpital My Youssef... les premiers sites
    Production de la chaleur, du froid, de la vapeur et de l’électricité stockable
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    5 projets pilotes déjà opérationnels au Maroc font partie des pionniers de la technologie CSP au niveau international. A peine une centaine de projets sont recensés à travers le monde, dont 33 au Mexique, 19 en Inde et 4 aux Etats-Unis

    Les tout premiers process industriels à base d'énergie solaire sont déjà opérationnels. Le Maroc appartient d’ores et déjà au club très fermé de pays qui optent pour le solaire à concentration industrielle (CSP).

    Sur une centaine de projets recensés à l’échelle mondiale, cinq sont développés au Maroc aux côtés du Mexique (33), l’Inde (19), les Etats-Unis (4)... Le Maroc est aujourd’hui le 3e pays comptant le plus d’installations CSP (concentrated solar power) et CSH (concentrateur solar heat) pour des usages industriels et tertiaires au monde! Deux de ces projets de petite capacité opérationnelle ou en développement ont été soutenus par le cluster solaire via le programme Fast track 2 market (FT2M).

    Au-delà des installations bien connues du solaire à concentration (Noor Ouarzazate à titre d’exemple), cette technologie peut être installée à petite échelle pour subvenir à des besoins de procédés industriels (installation inférieure à 3 MW et 5.000 m2).

    Le solaire à concentration présente l’atout de produire une énergie stockable et utilisable sous différentes formes: électricité, chaleur, froid, vapeur… Le secteur industriel est un grand consommateur d’énergie (environ 27% de la consommation nationale), avec une grande variété nécessitant de la chaleur, du froid et de l’électricité. Cinq principaux secteurs sont particulièrement énergivores et donc prometteurs pour ce type d’installations. Il s’agit de l’agroalimentaire, la chimie, les produits minéraux non-métalliques, le textile ou encore le caoutchouc/plastique.

    En plus d’être une bonne alternative à l’énergie fossile, le développement des CSP recèle plusieurs atouts. Les caractéristiques de la technologie sont multiples. Elle est en mesure de fournir des kWh non seulement sans émanation de carbone, mais aussi fiables et sûrs, à un coût compétitif par rapport aux technologies traditionnelles.

    Par ailleurs, le CSP induit d'autres avantages tels que la sécurité énergétique, la réduction des émissions de CO2 et de la dépendance aux hydrocarbures... Les avantages sont aussi d'ordre socioéconomique (innovation, entrepreneuriat,  développement industriel local et création d'emplois). En effet, le développement d’une production locale est un ingrédient-clé pour améliorer les avantages économiques et la rentabilité des projets CSP.

    Pour démocratiser l’usage du CSP à des fins industrielles, le cluster solaire (lancé en 2014) accompagne le déploiement de cette technologie à travers 3 axes d’intervention. Cela passe par l’identification des besoins des industriels et des secteurs à fort potentiel d’intégration solaire à concentration. Il y a également un programme de subventions (small grant program) pour les projets éligibles. Ce volet est financé par la Banque mondiale.  L'enjeu est de faciliter la concrétisation de projets pilotes dans des entreprises industrielles marocaines. Quant au 3e axe, il porte sur l’organisation d’ateliers et de sessions de formation ad hoc.

    Malgré les coûts relativement élevés de cette technologie, les industriels marocains sont de plus en plus conscients de son intérêt sur le long terme. Ils étaient d’ailleurs nombreux à assister à une séance (organisée le 24 juillet dernier) consacrée à la sensibilisation et l’explication de l’intérêt de la technologie, mais aussi à la présentation des modalités de participation au programme d'appui de la Banque mondiale. Après une étape de présélection, une dizaine d’industriels prometteurs pourront prétendre à un appui financier et technique pour le développement de projets CSP et CSH à hauteur de 1 million de DH. Ils viendront s’ajouter aux 5 projets pilotes déjà opérationnels chez Copag, Ciments du Maroc, Lebonlait, SMO Thermo ou encore l’hôpital My Youssef à Casablanca (voir aussi carte).
    Extraits de quelques témoignages et enseignements des précurseurs du CSP au Maroc:

    ■ SMO-Thermo: Le financement, principal frein
    «Le CSP est une technologie qui a de beaux jours devant elle au Maroc, notamment dans le cadre des divers projets de centrales initiés par le Maroc», souligne Hamza Baroudi, CEO de Peps. Selon Baroudi, un pays comme le Maroc devrait investir davantage dans l’industrialisation locale de ces composants.

    En 2012, Imperium Holding, acteur industriel à Marrakech, et la société NST ont décidé de créer Peps (Pour Et Par le Soleil). L’ambition de Peps est de pouvoir introduire, au Maroc et dans la région Mena, une technologie de traitement des déchets qui permet une valorisation propre et à forte valeur ajoutée, ainsi que l’industrialisation de cette technologie. L’innovation de la technologie SMO réside dans son utilisation du CSP pour réaliser une réaction de pyrolyse des déchets. La technologie SMO (Solaire Micro-Ondes) est originaire d’un brevet français déposé à l’international par la startup guadeloupéenne NST, spécialisée dans les énergies renouvelables.

    La pyrolyse est déjà utilisée dans la valorisation d’un certain nombre de déchets en Europe et aux Etats-Unis, mais  reste peu utilisée à cause de sa consommation en énergie qui impacte négativement la rentabilité des produits finis obtenus. «Le challenge qui a été relevé par nos équipes d’ingénieurs marocains et guadeloupéens consiste à utiliser le CSP pour pouvoir assurer une montée en température du réacteur par l’énergie solaire», témoigne El Baroudi.

    Les verrous techniques à surmonter pour réussir cette opération ont été très nombreux et importants mais ont tous été résolus avec succès grâce à l’acharnement et la persévérance des équipes. Une machine SMO est aujourd’hui capable de convoyer dans un réacteur CSP, initialement conçu pour faire chauffer de l’huile, des déchets solides de tout type. Le passage de ces déchets sous vide et à haute température dans le réacteur solaire permet leur transformation en charbon, qui est ensuite valorisé de différentes manières.

    «Pour ce qui est du volet financier, nous nous sommes vite aperçus que le projet sera très gourmand et que le Maroc n’est pas encore doté de programmes dédiés au financement des projet R&D de cette ampleur», poursuit Baroudi. L’entreprise a levé des fonds (25 millions de DH) avec ses partenaires guadeloupéens afin de  financer les travaux de recherche. «Le manque de financements constitue à ce jour le principal frein pour notre projet et la première cause du retard de notre arrivée sur le marché», est-il précisé.

    ■ Multicérame: La céramique, un secteur hautement énergivore
    Multicérame opère dans un secteur hautement énergivore: celui des carreaux de céramique. «Il faut atteindre des températures élevées de l’ordre de  600 à 1.200 degrés», explique Tarik Talbi, directeur management intégré. L’usage de l’énergie fossile est très coûteux.

    En effet, sa facture énergétique est de l’ordre de 120 millions de DH/an. Ce qui représente 40% du coût de revient. Multicérame a initié plusieurs projets de gestion d’efficacité énergétique: optimisation électrique, air comprimé, calorifugeage fours de cuisson, nouveaux brûleurs four, monitoring, optimisation de la consommation spécifique, mise en place des agitateurs mécaniques, projet Led... Ce qui lui permettra de réaliser un gain annuel de l'ordre de 12 millions de DH.
    Dans les années à venir, Multicérame compte  consolider son système Management Energie à travers la récupération de chaleur industrielle, des projets solaires (PV et CSP industriel) ou encore la possibilité d’utilisation du gaz naturel.

    Dès 2015, l’entreprise a entamé son projet CSP visant la production de la chaleur. «L’expérience a montré qu’il s’agit d’une technologie chère en termes d’investissement avec une période de retour sur investissement qui peut aller jusqu’à 14 ans», estime Tarik Talbi.

     

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