Tribune

Innovation: Pourquoi le Maroc doit entrer dans la course

Par Hicham IBN EL MELIH | Edition N°:5334 Le 15/08/2018 | Partager

Entrepreneur et Ingénieur SupOptique

Pour s’affirmer sur le plan de la mondialisation dans les futures décennies et construire une économie pérenne, le Maroc doit miser sur l’innovation. Trois piliers sont essentiels à la mise en place d’un système innovant, générateur d’emplois et compétitif sur le plan international: l’entrepreneuriat, la recherche et l’éducation.

En effet, la recherche ne peut se faire sans formation et l’acquisition de compétences au préalable, et débouche sur le dépôt de brevets qui peuvent s’avérer cruciaux pour répondre à des besoins sur le marché et permettre à des entreprises marocaines de se développer sur la durée et gagner en compétitivité.

Aujourd’hui, le Maroc s’avère être à la traîne dans ces trois domaines comme l’attestent le faible nombre de brevets délivrés chaque année, l’investissement dans la R&D et une production d’articles scientifiques modeste. Cependant, le quantitatif ne doit pas être l’unique critère, les productions de la recherche marocaine doivent présenter un intérêt innovant pour pouvoir avoir un impact sur la production et l’industrie nationale.

Il faudra faire preuve de pertinence pour cibler les efforts nécessaires en identifiant les domaines dans lesquels le Maroc pourra présenter un avantage compétitif compte tenu de ses ressources, de sa population (les MRE notamment) et des marchés présentant un fort potentiel futur, puis attribuer les moyens adéquats dans la recherche (constitution de laboratoires, financement des équipes de recherche, réduction d’impôts pour les entreprises investissant dans la R&D, attribution de bourses plus conséquentes et nombreuses pour des thèses) et dans l’éducation (mise en place de parcours de formation et de spécialisation dans ces domaines, favoriser la formation professionnelle et technique pour les métiers liés).

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La mise en place d’une structure d’analyses et d’élaboration de telles stratégies permettrait donc de rendre les efforts beaucoup plus fructueux. Cette même structure pourrait également identifier les secteurs dans lesquels la diaspora marocaine est active à l’étranger et mettre à profit cette dernière en jouant le rôle de relais avec les milieux d’innovation au Maroc: mettre en relation chercheurs scientifiques et entrepreneurs au Maroc avec leurs homologues marocains à l’étranger.

Cette structure pourra alors travailler de concert avec les institutions chargées de l’enseignement, de la formation professionnelle et de la recherche à l’échelle nationale pour décider des directives à suivre et obtenir de meilleurs résultats sur le long terme. Les grandes entreprises marocaines pourraient également être engagées dans ce réseau, et apporter leur aide aux start-ups émergentes.

Pour engager la recherche scientifique marocaine sur la scène internationale, la seule solution réside dans le mimétisme: les Etats-Unis ont imposé un véritable monnayage des chercheurs de pointe à l’échelle internationale, et c’est ainsi que de nombreux prix Nobel migrent vers les Etats-Unis en contrepartie de sommes importantes (hors salaire).

De tels chercheurs permettraient de donner un nouveau souffle à la recherche et à l’enseignement marocains en formant autour d’eux de nouveaux laboratoires ou départements universitaires, mais cela demandera des investissements importants et la nécessité de mettre en place un cadre qui sera favorable au développement de leurs travaux.

Dans le secteur privé également, les entreprises doivent saisir l’importance d’investir dans la R&D. Même s’ils ne sont pas rentables sur le court terme, ils peuvent déboucher sur l’accès à de nouveaux marchés ou l’acquisition d’un avantage compétitif sur un marché où elles sont déjà positionnées.

La recherche ne bénéficie pas d’une bonne aura auprès des jeunes marocains: seulement 14% des thésards en 2014 se prédestinaient à la recherche. De plus, le nombre de thèses soutenues reste très limité bien qu’en augmentation (1.105 en 2014 contre 785 en 2006).

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Les opportunités de carrière dans la recherche publique ne sont pas suffisamment alléchantes pour la jeunesse marocaine, des financements plus importants sont donc vitaux! Par ailleurs, l’appétence pour la recherche doit être cultivée depuis  très tôt dans les cursus scolaires (des travaux obligatoires doivent être instaurés pour cultiver les aptitudes liées au travail en groupe, à la résolution de problèmes de façon autonome et à la créativité scientifique) jusqu’aux études doctorales où seulement 60% des thésards sont membres d’un laboratoire de recherche, le reste ne bénéficiant donc pas d’un environnement favorable à la recherche: 82% n’ont jamais publié durant leur parcours doctoral! L’accent doit être mis également sur l’enseignement de la langue anglaise qui s’impose comme un standard de communication international notamment pour la collaboration des équipes de recherche et les publications scientifiques.

L’écosystème entrepreneurial ne s’avère malheureusement pas particulièrement plus établi que celui de la recherche au Maroc. Même si les démarches administratives liées à la création d’entreprise ont été facilitées ces dernières années, le problème réside tout d’abord dans un manque d’initiatives favorisant la création de start-ups dans les milieux universitaires, d’incubateurs, de concours pour porteurs d’idées où ces derniers pourront rencontrer acteurs de l’économie et investisseurs...

Malgré l’action timide de quelques fonds d’investissements et quelques événements organisés dans les grandes villes, il n’y a pas suffisamment de sensibilisation et d’encadrement. Les idées de start-ups ne naissent que de rencontres entre diverses disciplines, divers acteurs économiques et entre personnes expérimentées et jeunesse dynamique et ambitieuse. Il faut donc créer des environnements favorables à la profusion d’idées par le regroupement des structures d’enseignement, de recherche et d’industrie au sein de clusters cohérents.

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