Justice

Commission d’enquête parlementaire sur l’ONMT: Les grosses défaillances pointées par le rapport

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5318 Le 19/07/2018 | Partager
Un cadre juridique dépassé
Location du logement de fonction du DG à 50.000 DH par mois

Tout le tapage qui avait accompagné la création de la commission d’enquête parlementaire sur l’ONMT l’année dernière n’était que de la poudre aux yeux. La présentation du rapport par Wafae El Quadi, membre du groupe parlementaire UMT de la Chambre des conseillers, n’a relevé aucun détournement dans la gestion de deniers publics mais a mis à plat une situation de l’Office qui s’explique par l’accumulation de problèmes au cours d’une longue période. Finalement, le DG sortant de l’Office Abderrafie Zouitène, qui a fait l’objet de tirs croisés politiques, est sorti indemne de cette enquête parlementaire. Ses prédécesseurs sont également dans la même situation, même si la période de l’enquête s’est étalée de 2010 à 2017, qui n’a vu que deux DG se succéder à la tête de l’Office. En tout cas, la Commission d’enquête a relevé des aberrations relatives au statut de l’Office, géré selon un texte ancien de 40 ans, qui ne permet pas un meilleur accompagnement des défis et des évolutions rapides des marchés touristiques. Donc, il faut procéder à une refonte de ces textes. Idem pour la Commission de gestion, décidée par le Conseil d’administration en 1974, mais qui n’a jamais été activée. L’ONMT souffre de la complexité des procédures qu’il s’agit de simplifier et de moderniser pour être au diapason des pays à haute valeur touristique. D’ailleurs, la Commission a recommandé la nécessité de mettre en place un guide de procédure précis pour garantir une gestion financière moderne de l’Office. La Commission s’est également focalisée sur la gestion financière de l’ONMT, qui fait face à l’absence d’un budget constant pour le développement du secteur. Selon la vision 2020, l’Office devait se doter d’un budget de 1,3 milliard de DH par an pour mettre en œuvre son plan d’action. Dans la réalité, il n’a eu droit qu’à la moitié.

 
Augmentation non justifiée de certaines charges de fonctionnement 

Les dépenses de promotion y compris les programmes de communication et de partenariat ne représentent que 1,5% des recettes touristiques au moment où les standards internationaux imposent d’atteindre 3%, lit-on dans le rapport de la Commission. Wafae El Quadi a abordé le manque de rationalité des aides apportées à l’aérien. Elle rappelle que l’Office ne perçoit pas la totalité des taxes qui proviennent des nuitées, pouvant atteindre 190 millions de DH par an. Dans la réalité, les montants perçus ne dépassent pas 120 millions de DH, avec donc une perte de 70 millions de DH par an. 
En outre, la dette de l’Office a augmenté à cause du non règlement des échéances à temps, pouvant atteindre parfois 200 jours de retard. Ce qui impose au budget de l’Office de supporter des pénalités de retard. Le rapport a également relevé des dysfonctionnements dans la gestion des salons à l’étranger dans la mesure où les crédits affectés à cette mission ont augmenté alors que les surfaces louées ont rétréci. A cela s’ajoutent l’anarchie et la mauvaise gestion qui les caractérisent, note le rapport. Ce document a soulevé une augmentation non justifiée de certaines charges de fonctionnement, comme la location mensuelle du  logement de fonction du DG estimée à 50.000 DH. Idem pour la location des délégations à l’étranger qui coûtent 10 millions de DH par an. 
Au niveau de la gestion administrative de l’Office, la Commission a relevé un déficit des ressources dans les délégations à l’étranger, avec à peine 2 à 3 fonctionnaires par délégation, ce qui impacte négativement sa rentabilité. L’Office a été particulièrement épinglé sur son refus de remettre à la Commission d’enquête «les rapports des études réalisées à des prix exorbitants». Elle a relevé l’incapacité de l’Office à accompagner les développements du marché touristique sur le plan de la commercialisation. La communication et la coordination entre le ministre de tutelle, président du CA de l’ONMT, et le DG de l’Office, ne fonctionnent pas très bien. Un DG qui accapare seul les nominations des directeurs au niveau de l’Office. Comme elle a constaté l’absence de contrôle des ministères de l’Intérieur, des Finances et du Tourisme sur notamment les ryads et les maisons d’hôte. 
Un malheur n’arrive jamais seul: la Commission a constaté l’absence de comité chargé de la gestion des crises, la faiblesse de la transparence et de la concertation avec les professionnels.  L’impact de la publicité au cours des congés, période de pics des fréquentations touristiques, est négatif. Ces campagnes publicité doivent se concentrer sur les périodes de stagnation de l’activité. Pour la Commission, l’Office assume d’autres attributions comme l’aviation et les liaisons aériennes qui sont devenues les principales préoccupations au cours des ces derniers temps. Elle a mis le doigt sur l’absence de convergence dans les stratégies et les visions de l’Office, de la SMIT et de la RAM.
Afin de remédier à ces dysfonctionnements, la Commission a élaboré 9 recommandations dont la première a trait à la révision du cadre juridique organisant l’Office pour qu’il soit au diapason du marché touristique. Pour accompagner et mettre en œuvre les décisions du Conseil d’administration, il est impératif de réactualiser sa composition en renforçant la représentativité des professionnels et en instaurant un comité exécutif. L’idée est de développer le système de gouvernance de l’Office, en mettant en place une veille stratégique et un système de gestion des crises, sans oublier le contrôle et l’évaluation de la rentabilité. 
Par ailleurs, la Commission a recommandé d’unifier les instances publiques liées au secteur touristique au sein d’une seule structure. L’idée est de fusionner l’ONMT et la SMIT, avec comme but de généraliser cette mesure à l’ensemble des établissements publics chargés de promouvoir le Maroc.

Audition des responsables

La Commission d’enquête, présidée par Hassan Abbadi, parlementaire du PJD a examiné plusieurs documents comptables, un résumé du rapport de la Cour des comptes sur l’ONMT paru en 2013, en plus des exposés présentés au cours des séances d’audition. Ses membres ont écouté plusieurs responsables comme notamment le ministre du Tourisme, en tant que président du CA de l’Office, le directeur par intérim de l’ONMT, les directeurs successifs de l’office de 2010 à 2017, le directeur adjoint de la DEPP, et ancien représentant du ministère des finances au CA de l’Office, 3 représentants des professionnels au niveau du CA de l’Office. Sur cette liste, plusieurs présidents d’organisations sectorielles. La Commission a procédé à la rédaction de PV des réunions, en plus de l’enregistrement de 8 CD. Elle a travaillé pendant 42 heures réparties sur 20 réunions dont 9 consacrées aux séances d’audition sans compter le temps passé dans le dépouillement des documents et des rapports.

 

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