Economie

Le gouvernement tente de défendre son bilan annuel

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5309 Le 06/07/2018 | Partager
Une opération «débrief» en l'absence de El Othmani
Beaucoup de généralités et aucune annonce concrète
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Critiqué pour avoir vanté «les réalisations de la 1re année» dans un contexte marqué par une montée des protestations, le gouvernement a tenté de s’expliquer. Pour Khalid Benomar, responsable du Comité de suivi du programme gouvernemental, l’idée est de miser sur «l’effet psychologique d’un message d’espoir, en disant que nous sommes sur la bonne voie» (Ph. Bziouat)

Quelques jours après avoir dévoilé le bilan de sa première année, le gouvernement a tenu une rencontre de débriefing pour s’expliquer sur certains aspects de ses «réalisations». Surtout après les critiques adressées à l’équipe de Saâdeddine El Othmani sur une série de dossiers, notamment sur le plan économique.

Cette rencontre, marquée par l’absence du chef du gouvernement, a été animée par des membres du Comité de suivi de l’exécution du programme gouvernemental. Pour Khalid Benomar, le responsable de ce staff technique rattaché à la Primature, «les mesures lancées durant la première année du mandat ne permettent pas un changement radical. Mais c’est un bon début».

Même son de cloche chez Mustapha El Khalfi, ministre en charge des Relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, qui rappelle qu’il s’agit d’une «année fondatrice». Au-delà du discours de propagande, les membres de ce Comité considèrent que «les indicateurs économiques lors de cette première année ne sont pas très bons, dans la mesure où ils ne favorisent pas un véritable décollage économique.

Mais ils ont permis de conforter la stabilité dans ce domaine». Par exemple, en termes de croissance, «le taux actuel ne répond pas aux attentes. Mais nous considérons que la situation n’est pas catastrophique, et peut s’améliorer», selon Benomar. Ceci est d’autant plus important qu’un taux élevé de croissance est incontournable pour résorber le chômage, qui a atteint des records.

Critiquée sur ce point, l’équipe d’El Othmani a estimé que «le taux de chômage n’a pas connu d’aggravation, mais plutôt une baisse de 10,7% à 10,5%». Mais cela cache mal le véritable problème lié à la baisse du taux d’activité chez les personnes en âge de travailler.

La situation est plus catastrophique chez les femmes avec un taux d’activité de moins de 25%, de l’avis même des membres de ce Comité de suivi. Le gouvernement est également interpellé sur le chômage chez les jeunes diplômés qui ne cesse de se creuser depuis quelques années. Le Plan national de l’emploi, mis en place pour atténuer ce problème, a été critiqué pour ses objectifs jugés trop ambitieux. Le gouvernement a expliqué comment il compte y arriver, mais sans convaincre.

L’objectif de 1,2 million de nouveaux postes à l’horizon 2021 est «la somme ajustée des créations d’emplois par les différentes stratégies sectorielles et des projets signés dans le cadre de la Commission nationale d’investissement», selon les explications du Comité de suivi.

Même si ses membres sont conscients que «l’effet de conjoncture peut influencer les créations d’emploi au cours de la même année», ils tablent sur un minimum de 200.000 postes par an. Cette nouvelle stratégie mise également sur le rôle des régions, dont «la valeur ajoutée apparaîtra rapidement». Mais cela nécessite un changement des mentalités des dirigeants de ces collectivités, est-il indiqué.

Pour ce qui est des mesures lancées en faveur de l’entreprise, les membres du Comité de suivi reconnaissent qu’elles restent «insuffisantes». Mais «certaines d’entre elles sont attendues par les opérateurs depuis plusieurs années», selon Benomar. Celui-ci a également pointé la «portée symbolique de certaines décisions, comme l’amnistie fiscale ou l’apurement des arriérés de la TVA, qui permettent de lancer un bon signal pour les entreprises».

Au niveau social, le gouvernement a été attaqué sur l’absence de mesures concrètes pour faire face à la cherté de la vie et à la détérioration du pouvoir d’achat. Pour l’équipe d’El Othmani, si les salaires n’ont pas augmenté, le gouvernement a réussi à maîtriser le taux d’inflation à 1%, au moment où les pays voisins sont à 4 et 5%.

«C’est décisif pour la protection du pouvoir d’achat», selon Benomar. Pour le soutien des catégories pauvres et la refonte du système d’octroi des subventions, il faudra attendre encore. Le gouvernement ne se penchera sur ce sujet qu’à partir de l’année prochaine.

Les priorités de l’année prochaine

Pour l’année prochaine, le gouvernement s’est fixé 5 grands chantiers prioritaires. En tête, la réforme des CRI, très attendue depuis qu’El Othmani a soumis les grandes lignes au Roi il y a quelques mois. «Le projet de loi est quasiment prêt», s’est contenté de dire Mustapha El Khalfi. Autre dossier qui traîne, que le gouvernement prévoit de traiter l’année prochaine, la mise en place de la charte de déconcentration. El Othmani avait annoncé à plusieurs reprises que ce texte sera bientôt introduit au circuit d’adoption. La refonte du système de ciblage des familles pauvres est le 3e chantier prioritaire du gouvernement. Cela devra s’accompagner de la mise en marche de l’élargissement de la couverture sociale au profit des travailleurs indépendants. La loi cadre de l’éducation et de la formation, qui permettra de mettre en œuvre la réforme proposée par le Conseil supérieur, ainsi que le déploiement de la stratégie de lutte contre la corruption constituent les deux autres priorités du gouvernement en 2019.

 

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