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    Justice

    Procès des événements d’Al Hoceïma: Une seconde sentence qui amplifie la controverse

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5305 Le 02/07/2018 | Partager
    Le fondateur de Badil Info condamné à 3 ans de prison ferme
    De curieux appels à la révolution à l’origine des poursuites
    Le syndicat de la presse «très choqué par un jugement très dur»
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    Même s’il n’a pas été poursuivi en tant que journaliste, la condamnation de Hamid El Mehdaoui suscite la consternation auprès d’une partie de l’opinion publique. La réaction des ONG de droits humains et de liberté de la presse est très attendue (Ph. Privée)

    La Chambre criminelle de Casablanca a condamné jeudi 28 juin Hamid El Mehdaoui à trois ans de prison ferme et 3.000 DH d’amende. Le fondateur de Badil Info n’a pas été poursuivi en sa qualité de journaliste. La justice l’a reconnu coupable de «non-révélation d’attentat contre la sûreté de l’Etat».

    Un délit réprimé par l’article 209 du code pénal. Son avocat, Mohammed Moussaoui, avait plaidé l’acquittement estimant les poursuites infondées et dénuées de preuves tangibles. Le dossier de son client a été disjoint de celui des 53 autres accusés ayant été poursuivis suite aux manifestations intervenues à Al Hoceïma depuis octobre 2016.

    Ces derniers viennent d’être condamnés à des peines de prison allant d’1 à 20 ans pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat (cf. L’Economiste n°5303 du 28 juin 2018). La sentence a suscité de fortes réactions auprès de l’opinion publique et celle prononcée contre El Mehdaoui relance de plus belle la controverse.

    Les tracas judiciaires du journaliste démarrent avec d’étranges appels, parfois anonymes, d’une personne qui «voulait mettre à feu et à sang» le Rif et sa capitale, Al Hoceïma (cf. L’Economiste n°5209 du 14 février 2018). Les 7 communications reçues seront à l’origine de l’accusation d’El Mehdaoui.

    Mis sur écoute, la police judiciaire a intercepté les appels reçus fin mai 2017 par le journaliste. Le parquet qui supervise l’enquête retient contre El Mehdaoui la violation de l’article 209 du code pénal. Celui-ci prévoit une peine de prison allant de deux à cinq ans et une amende pouvant atteindre 10.000 DH. Toute «personne ayant  pris connaissance de projets ou d’actes tendant» à porter atteinte à la sûreté de l’Etat est tenue d’en informer immédiatement «les autorités judiciaires, administratives ou militaires».

    Durant son procès, l’accusé se défend corps et âme d’avoir violé la loi. «Si la législation  pénale m’oblige à dénoncer des faits ou projets criminels, ce n’est pas pour aller raconter des balivernes aux autorités», plaide El Mehdaoui. «Une infraction imaginaire» est elle-même puni comme «outrage aux autorités publiques», selon l’article 264 du code pénal.

    Quelle fiabilité donner au contenu d’une communication? Telle est la grande question.  
    Un certain nombre d’appels est émis depuis les Pays-Bas par un certain Ibrahim Bouazati. Ce mystérieux personnage est de surcroît fiché par les Services de renseignements marocains. Il déclare à El Mehdaoui «avoir chargé son coffre d’armes en vue de les acheminer au Maroc via le port de Sebta pour faire la révolution»! Des chars d’assaut russes feraient partie de la cargaison!

    Face au juge Ali Torchi, l’accusé déclare être conscient d’avoir affaire à un interlocuteur «très douteux». Ce dernier se présente aussi comme un «milliardaire qui n’a plus de crédit» pour pouvoir continuer la conversation téléphonique! 

    La ligne coupe avant qu’un autre personnage aussi étrange que le premier contacte El Mehdaoui sous le prénom de «Noureddine». Il lui confie être le propriétaire d’un coffee-shop  ayant versé 160.000 euros à Nasser Zefzafi. L’existence de ce virement n’a pas été prouvée au cours de l’enquête. En tout cas la question n’a pas été posée dans le procès des événements d’Al Hoceïma. Les échanges avec El Mehdaoui se terminent par des promesses de hauts postes au pouvoir.

    L’accusé n’a cessé durant sa comparution de crier à l’injustice. Le juge d’instruction aurait «retiré des déclarations favorables» à sa cause. Quant au procureur du Roi, Hakim El Ouardi, l’accusé lui reprochera en pleine audience «d’avoir écarté 4 communications» de son dossier.
    Le jeune homme natif de Sidi Kacem a finalement écopé de trois ans de prison ferme.

    Le Syndicat national de la presse marocaine et la Fédération nationale de la presse et de la communication (affiliée à l’UMT) se déclarent d’ores et déjà «très choqués» par ce jugement «très dur». Ils expliquent leur position par le fait que Hamid El Mehdaoui a été condamné «sur la base de communications téléphoniques d’un inconnu».

    Tous les journalistes reçoivent au quotidien des appels. «Mais sans pour autant approuver leur contenu ou leur accorder une quelconque fiabilité». Les deux associations professionnelles souhaitent «la révision de ce jugement en appel» et assurent «continuer à suivre cette affaire».

     

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