Analyse

Valorisation des déchets: L’informel absorbe près de 1 milliard de DH

Par Nadia DREF | Edition N°:5292 Le 12/06/2018 | Partager
Plus de 7 millions de tonnes collectées par an
90% des volumes ne sont pas recyclés

Le Maroc n’a plus le droit de négliger ses déchets. Les volumes produits devraient atteindre 12 millions de tonnes en 2020. Ils totalisent actuellement près de 8 millions de tonnes dont 6,5 millions produits par les ménages (85,2% des volumes collectés). Le reste est ventilé entre déchets industriels (dont une partie est dangereuse) et ceux médicaux.

A ce jour, 90% de ces déchets ne sont pas valorisés ni traités, ce qui aggrave la dégradation de l’environnement et la prolifération des maladies. Seules deux expériences de tri ont été réalisées dans le cadre du Plan national des déchets ménagers (PNDM). La plus réussie est celle du centre de tri au niveau de la décharge Oum Azza (Rabat). En revanche, l’expérience de collecte sélective au niveau de Benslimane n’a pas abouti.  

Très controversé, l'enfouissement

Dans la majorité des décharges contrôlées, l’enfouissement est la solution la plus pratiquée, mais elle reste controversée. «Malgré les précautions prises, l’enfouissement demeure une option dont les impacts environnementaux sont souvent difficiles à maîtriser. Cette solution consomme beaucoup d’espaces, souvent au détriment de terrains agricoles productifs et n’est pas sans risque», apprend-on auprès du Secrétariat d’Etat chargé du Développement durable.

Odeurs nauséabondes, lixiviat, risque de contamination des ressources en eaux et des sols (nappe phréatique), émissions de gaz à effet de serre… Autant de conséquences difficiles à faire accepter aux riverains des décharges contrôlées. C’est le cas de la décharge de Mediouna qui envenime la vie aux habitants de Mediouna mais aussi de Bouskoura.

Le département du Développement durable et le ministère de l’Intérieur ainsi que la région ont opté pour l’incinération sur un terrain de 35 ha alors qu’au départ 80 ha étaient prévus, vu l’accès difficile au foncier. «Avec l’accroissement continu du nombre de décharges, l’acceptation sociale de ces sites de stockage contrôlés est de plus en plus difficile», fait valoir le département de Nezha El Ouafi.

Faute d'installations spécialisées suffisantes de traitement et d'élimination des déchets industriels, notamment les déchets dangereux, ces derniers sont souvent stockés sur les sites industriels ou dans des décharges sauvages.

«Nous devons créer un modèle de développement créateur de richesse. Nous ne devons plus nous contenter de l’enfouissement, mais nous devons trier les déchets en amont et en aval, les traiter et les valoriser», soutient la secrétaire d’Etat chargée du Développement durable.

Une mission qui n’est pas de tout repos vu le poids de l’informel dans la filière de collecte des déchets ménagers et industriels. Ce circuit offre 12.000 à 21.000 emplois. Il pèse pour un chiffre d’affaires annuel de 850 millions de DH. A ce jour, les tentatives d’organisation sont très limitées.

La tutelle accompagne depuis quelques mois les collecteurs informels des batteries et les incite à se regrouper en GIE pour fournir de la matière première (plomb), notamment aux industriels automobiles et aéronautiques, entre autres. Une tendance qui commence à se développer et à se généraliser à toutes les villes. Reste que le pari n’est pas gagné.

Le Maroc ambitionne de recycler 20% de ses déchets générés à l’horizon 2022 et valoriser 30% des volumes sous différentes formes. Pour y arriver, l’Etat s’est résolu à développer la filière de « tri-recyclage-valorisation», avec des actions pilotes de tri.

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