Analyse

Valorisation des déchets: Les différents scenarii par filière

Par Nadia DREF | Edition N°:5292 Le 12/06/2018 | Partager
L’incinération reste la solution la plus compétitive
Des éco-taxes dans le pipe en application du principe pollueur-payeur
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Les solutions incinération, gazéification et pyrolyse ont un impact environnemental significatif, mais nécessitent des investissements importants

Pour rattraper le gap sur la valorisation des déchets, le Maroc veut développer des filières, pour entrer de plain-pied dans l’économie circulaire. Ce chantier lancé constitue le premier axe d’une stratégie de sortie à moyen et long terme de l’option de mise en décharge.

Le Secrétariat d’Etat chargé du Développement durable s’est engagé dans la mise en place de plusieurs filières pour la valorisation des déchets. À ce jour, huit filières ont été identifiées: batteries à plomb usagées,  pneus usés, huiles moteur, papier et carton, huiles alimentaires, déchets plastiques, résidus des équipements électriques et électroniques ou encore celle des débris de construction et de démolition.

Objectifs: promouvoir une gestion intégrée et durable des déchets, réduire le gaspillage des ressources naturelles, minimiser les impacts engendrés par les activités industrielles et mettre à niveau l’industrie nationale. L’Etat vise également la promotion des investissements et la création d’emplois avec une intégration sociale des récupérateurs ambulants, les chineurs et autres chiffonniers.

Plusieurs scénarios sont proposés pour organiser ces chiffonniers. Ils pourront être employés en tant que trieurs salariés au niveau du centre de tri ou réunis au sein d’une coopérative pour l’exploitation de cette unité en tant qu’intermédiaire.

«Le développement des filières ne sera viable que s’il préserve l’équilibre social. Il ne peut ignorer le secteur informel qui est déjà très actif dans le domaine du tri et du recyclage», précise la secrétaire d’Etat chargée du Développement durable. Le cas d’Oum Azza est un exemple à suivre.

Le défi réside dans l’élaboration des schémas de développement de ces filières avec une identification des mécanismes techniques, légaux, financiers et institutionnels nécessaires à leur mise en œuvre. S’y ajoute la fixation des mécanismes financiers de ces filières (recouvrement des coûts) avec les opérateurs concernés. D’où la décision de la tutelle de proposer pour la LF 2019 de nouvelles éco-taxes pour les pneus et lubrifiants.

Les recettes collectées devront financer ce programme «tri-recyclage-valorisation», promet Nezha El Ouafi.  La tutelle est appelée à renforcer le cadre juridique relatif à la mise en œuvre des filières et à mettre en place des actions de sensibilisation et de communication. Et pour cause, ni les industriels ni les ménages ne sont impliqués dans ce chantier. Les producteurs de déchets ont d’autres priorités qui l’emportent sur le souci environnemental malheureusement.

Deux cabinets conseils

Pour mieux maîtriser le processus de valorisation et du recyclage, le Secrétariat d’Etat s’appuie sur l’expertise de deux cabinets conseils, à savoir Novec (filiale de la CDG) et CID. Ces derniers sont tenus d’accompagner la tutelle dans la professionnalisation de la gestion du service de collecte/nettoiement, la réalisation des centres d’enfouissement et de valorisation, la réhabilitation des décharges sauvages, les opérations de tri-recyclage-valorisation, entre autres.

Pour la mise en place de centre de tri sélectif, le cabinet CID a retenu deux solutions. Le premier choix table sur le financement de l’Etat ( projet  public  et  /ou  de  développement  local). Le second vise un projet de collecte sélective en partenariat public-privé sous la forme de gestion déléguée.

«La collecte sélective reste un défi tellement complexe. Les communes sont invitées à évaluer en toute objectivité, avant toute prise de décision. De plus, un projet de collecte sélective bien planifié a toujours plus de chance de voir le jour et de durer qu’un projet conçu dans la précipitation», précise une étude du cabinet CID. Côté valorisation, Novec accompagne également la tutelle pour le développement des filières et le choix des meilleures voies de valorisation, selon la nature des déchets.

Le cabinet vient de présenter les différents scenarii existant sur la base d’études de benchmarking. Le bureau d’études a énuméré quatre solutions thermochimiques (incinération, hydrothermale, gazéification ou encore pyrolyse) et deux autres procédés biochimiques (méthanisation et bio-séchage).

L’incinération reste l’une des solutions les plus compétitives et pertinentes, avancent les experts de Novec. Cette technique permet de réduire l’espace de mise en décharge entre 70 et 80% en volume et en poids. Destruction des contaminants organiques (pathogènes...), concentration et immobilisation des contaminants inorganiques (cendre), réduction des gaz à effet de serre… sont autant d’avantages. Reste que le prix élevé freine les autorités dans la généralisation de cette technique.

Autre solution à explorer: la gazéification. Elle permet de convertir toute la matière organique en gaz de synthèse riche en H2 via un traitement thermique effectué à une température élevée en absence d’oxygène. «C’est une technique qui pourra apporter une solution pour le Maroc. Elle n’est pas introduite pour le moment, son coût d’installation et d’entretien est très élevé», confie Mohamed Chaïbi, président de la Coalition pour la valorisation des déchets (COVAD).

Et d’ajouter: «Les industriels doivent prendre leurs responsabilités et se soucier de la destination finale de leurs produits. D’autant plus qu’il est plus facile de suivre les déchets industriels. Le développement des filières de valorisation est un pas vers l’économie circulaire qui créerait de la richesse», fait valoir Mohamed Chaibi.

D’ailleurs, conformément aux bonnes pratiques internationales, la loi-cadre sur l’environnement et le développement durable a instauré le principe de  responsabilité élargie des producteurs (REP). Ce principe étend les obligations du producteur à l’égard d’un produit jusqu’au stade de son cycle de vie situé en aval de la consommation.

Mais il y a aussi la méthanisation. Ce scénario présente de nombreux avantages sur le plan environnemental, par rapport à d’autres modes de traitement biologique des déchets comme le compostage. La valeur énergétique du gaz (biogaz) produit par méthanisation est 4 fois plus importante que celle du gaz (syngaz) produit par gazéification, relève le cabinet Novec.

Par ailleurs, la carbonation hydrothermale permet de retirer l’eau de la biomasse et transforme le carbone en bio-charbon dans un réacteur fermé isotherme en l’espace de quelques heures.

 

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