Tribune

Boycott, séries TV, politique...: Sujets brûlants des soirées ramadanesques

Par Mohamed BENJELLOUN | Edition N°:5291 Le 11/06/2018 | Partager

Mohamed Benjelloun est historien de formation, ancien directeur de l’Office des changes, ex-directeur central à Bank Al-Maghrib et conseiller du président Alami à la Banque commerciale du Maroc, devenue Attijariwafa bank, et ancien élève de l’Institut d’études politiques de Paris (Ph. L’Economiste) 

C’est un devoir que de se rendre visite entre proches, amis et connaissances en ce mois sacré de Ramadan, souvent dans l’attente du ftour. J’ai été surpris par la quasi-unanimité à propos des sujets débattus au cours de ces visites.

Ils sont au nombre de quatre et à quelques nuances près dans cet ordre: il s’agit des programmes télévisés en dehors des prières «Taraouih» suivies avec ferveur, du boycott de certains produits, de l’agressivité de nos détracteurs de l'extérieur et enfin du retour de la politique politicienne par des courants de l’intérieur. Comment présenter en toute probité ce dialogue spontané entre hôtes visiteurs et visités?

Côté pièces théâtrales télévisées, le pire semble être ce moment offert sur la nationale après la rupture du jeûne afin de détendre un public de tout âge; pari perdu car il ne faut pas confondre le comique avec le style loufoque et lubrique (déformations de la bouche et du visage, convulsions, mimiques gratuites).

Le comique s'intègre dans l’épaisseur d'un personnage, symbole de la sincérité et de la pureté originelle, toujours en bute avec les forts. C'est ainsi que le cinéma a rendu célèbres des stars tels Adil Imam, Ismael Yassine, Abderraouf, Jamal Debbouz, Gad El Maleh, De Funes, Fernandel, Jerry Lewis, etc. Curieusement ce sont les pièces policières qui ont eu le plus de succès sur la nationale, la recherche de la vérité étant une vertu collective.

Le boycott de certains produits de consommation de masse a été bien compris quoique dans la confusion. Tout un chacun reconnaît l'écart croissant entre les plus hauts et les plus bas revenus et de même au niveau des fortunes entre les plus nantis et les moins nantis mais en même temps l’on ne voit pas de formule magique dans l’immédiat en vue de remédier à ces inégalités, et ce tout en respectant dans l'intérêt général et selon la volonté des élus de la nation les équilibres macroéconomiques.

La politique monétaire veillant sur le taux de change et l’inflation intègre aussi les objectifs de la politique économique, à savoir un développement réel (sans course entre les salaires et les prix). Aucun ajustement ne peut se faire que dans ce cadre et sans ralentir le rythme acquis ou la maîtrise de nouvelles technologies devant nous permettre de rester dans le sillage des partenaires internationaux.

Au chapitre de l'incompréhension dans la confusion de ce boycott s’inscrit cette interrogation: à quoi servirait-il de nommer comme indésirables des personnes élues par leurs pairs et parmi les plus actives sur le plan national qu’international ou de mettre à l’index des sociétés qui offrent le plus d’employabilité dans leur secteur?

Aussi spontané soit-il, ce mouvement aurait dû utiliser le canal de la pluralité syndicale et partisane prévue par la Constitution afin d’éviter des bévues aussi contre-productives. Avec une  crédibilité entamée, il va être récupéré par des détracteurs de l’extérieur et de l’intérieur.

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Manifestation des salariés de Centrale Danone, au lendemain de l’annonce par la direction du groupe de la suppression de postes due à la crise engendrée par le boycott (Ph. Bziouat)

Maintenir la confiance

Les données de l’agressivité accrue de nos détracteurs de l'extérieur sont bien connues car la crédibilité du Maroc, de l’ONU, de l’UA et de l’UE progresse et se confirme. La mission de la Minurso prolongée de 6 mois vise à ne plus chercher à gagner du temps car la solution est dorénavant politique autour d’une autonomie interne dans le respect de la souveraineté marocaine. *

Certains observateurs évoquent la prochaine réunion de l’UA en Mauritanie en juillet avec d’éminents participants (ONU, le président Macron…).

Ce rapprochement entre la Mauritanie et le Maroc pays voisins (bientôt partenaires au sein de la Cedeao) va renforcer la motivation afin d’assurer la libre circulation des personnes et des biens au poste douanier de Guerguerat. Les deux pays étant également engagés et déterminés à lutter contre le terrorisme international, et ce dans l’intérêt de tout le continent. Mais face à toute menace aventureuse, le Maroc n’a pas hésité à organiser des manœuvres militaires avec une haute participation étrangère.

L'existence au sein de notre nation d'un capital à la fois de piété et de réalisme rationnel autorise cette conclusion: la pénurie ne se répartit pas; seule une production quantitative et qualitative conséquente peut être mieux distribuée entre stratifications sociales et sur le territoire (régionalisation avancée); faut-il encore que tous les agents économiques de ce pays maintiennent leur confiance sans faiblesse en sa stabilité politique, son économie, sa monnaie.

Aubaine et prétexte

Cette protestation contre les prix de certains produits fournit aubaine et prétexte à des détracteurs de l’intérieur pour faire renaître une politique politicienne pouvant bénéficier cette fois d’une audience populaire. Les deux instigateurs des courants extrémistes du PJD et de l’Istiqlal (Nizar Baraka et Karim Ghellab ne s’y associent pas) s’efforcent de provoquer une crise gouvernementale et des élections anticipées... Il faut donc ne laisser entrevoir aucune autre issue à une situation qualifiée aussi de «grave et dramatique»... La coalition gouvernementale reste solidement unie autour de son chef Saâdeddine El Othmani, l’élection de Hakim Benchamach comme SG du PAM (opposition officielle) semble la conforter car ce dernier ne s’associe pas aux manœuvres politiciennes.

 

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